Allemagne : nette victoire de la CDU sur l’extrême droite

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Les conservateurs surprennent en arrivant loin devant l’extrême droite AfD lors des élections régionales en Saxe-Anhalt. Le « cordon sanitaire » a fait plus que tenir. La campagne du candidat des conservateurs Armin Laschet pour la succession de Merkel est largement relancée.

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Berlin (Allemagne).– Soulagement dans le camp des démocrates allemands. Reiner Haseloff, ministre-président conservateur (CDU) de Saxe-Anhalt et héros de la soirée politique de dimanche en Allemagne, a gagné sans coup férir la dernière élection régionale avant les législatives de septembre et le départ de la chancelière Angela Merkel.

Alors que les derniers sondages publiés vendredi donnaient encore un coude-à-coude de 29 % pour la CDU contre 28 % pour le parti d’extrême droite AfD, les électeurs du Land de Saxe-Anhalt ont finalement voté dimanche 6 juin à 37,1 % en faveur de la liste de M. Haseloff (+7,4 % par rapport aux élections de 2016), et « seulement » à 20,8 % pour celle d’Oliver Kirchner, tête de liste de l’AfD (-3,4 %)*.

Reiner Haseloff, candidat de la CDU et son épouse à l’issue du scrutin régional, le 6 juin. © Bernd Von Jutrczenka / DPA / AFP Reiner Haseloff, candidat de la CDU et son épouse à l’issue du scrutin régional, le 6 juin. © Bernd Von Jutrczenka / DPA / AFP

À droite, on note aussi le retour du parti libéral qui, avec 6,5 %, revient au parlement régional après dix ans d’absence. Ce retour est important car le FDP est un partenaire potentiel sérieux pour une future coalition. Additionnés, les scores de la droite régionale, des extrêmes au centre, représentent près de deux tiers des suffrages exprimés (participation de 61,5 % pour 1,8 million d’électeurs).

Ce qui implique en retour que la gauche est l’autre perdante du scrutin. Les sociaux-démocrates et la gauche radicale de Die Linke perdent du terrain avec respectivement 8,4 % (-2,2 %) et 11 % (-5,3 %). Enfin, les Verts, très attendus dans une région où ils n’ont jamais été très forts, évitent de justesse la stagnation avec 5,9 % (+0,8 %).

Que retenir de ces évolutions après une élection polarisée sur le match « CDU vs. AfD » ? Dimanche, Reiner Haseloff a donné le sens premier de sa victoire :  « Une ligne rouge a été placée à droite. C’est la victoire des démocrates », a-t-il déclaré. Le ministre-président de Saxe-Anhalt sait de quoi il parle.

Depuis l’arrivée fracassante de l’extrême droite sur la scène politique régionale en 2016, Haseloff se bat contre l’AfD mais aussi dans son propre parti, pour éviter toute collaboration avec l’extrême droite et maintenir un cordon sanitaire « républicain » avec une coalition de raison.

Ce qui a marché car les conservateurs n’ont pas seulement plus de 16 points d’avance sur l’AfD, ils ont aussi bloqué quatorze réélections directes sur quinze des candidats de l’AfD (députés élus selon un panachage entre candidats directs et candidats élus sur une liste régionale) qui perd ainsi de son assise locale.

Au niveau fédéral, la direction du parti conservateur était au bord de l’euphorie. « C’est un résultat exceptionnel », a expliqué le secrétaire général de la CDU Paul Ziemiak, qui a immédiatement souligné que cette victoire était aussi celle du président de la CDU et candidat conservateur à la succession d’Angela Merkel, Armin Laschet. « Il m’a déjà félicité et il était très content », a confirmé Reiner Haseloff.

Pour le président de la CDU, cette victoire est une bouffée d’air. Depuis l’annonce de sa candidature en janvier 2021, sa cote de popularité ne décolle pas vraiment. Sa nomination a aussi été difficile et violemment contestée par le ministre-président de Bavière Markus Söder.

Armin Laschet avait donc besoin d’une victoire pour relancer sa campagne. Et c’est ce qu’il l’a eu hier : « Pour l’Union conservatrice, ce jour pourrait être un tournant, car nous abordons maintenant les élections générales avec unité, une volonté de gagner et un esprit de combat », a résumé le parlementaire conservateur Carsten Linnemann.

Pour l’AfD, il est trop tôt pour parler de coup d’arrêt. Mais même si le recul de dimanche soir n’est que faible, un signal d’avertissement est clairement lancé. La radicalisation vers les extrêmes d’une bonne moitié du parti et ses incessantes querelles internes n’ont visiblement pas contribué à séduire plus avant l’électorat. 

Pour le politologue Tilman Mayer, de l’université de Bonn, l’AfD n’a toujours pas réussi à s’ancrer dans le paysage politique allemand, aussi parce qu’elle reste incapable de trouver des alliés : « Tout ce que l’AfD prend en main est considéré comme contaminé… Et la consolidation de l’AfD – comme les Verts et la gauche ont réussi à le faire jadis –, n’est pas vraiment en vue », écrit-il. À ce titre, il sera intéressant de voir comment l’AfD va tirer les conséquences de l’élection de dimanche.

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