Côte d'Ivoire: pourquoi Ouattara a été le relais efficace des intérêts français

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L'actuel président ivoirien n'a cessé de bénéficier d'un soutien actif de la France et des organisations internationales. Proche de Nicolas Sarkozy comme de plusieurs dirigeants de gauche, Alassane Ouattara, qui fut directeur général adjoint du FMI, a également ouvert le pays aux intérêts des grands groupes français. Troisième volet de notre série sur la situation en Côte d'Ivoire.

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Alassane Ouattara a bien été le candidat soutenu par la France lors de l’élection présidentielle de 2010 en Côte d’Ivoire qui l’a opposé, au second tour, à Laurent Gbagbo, président sortant. Cela n’a pas été officiellement revendiqué, mais tout l’indiquait. Il était alors présenté par les médias occidentaux comme un « technocrate », un « bon gestionnaire », sans beaucoup plus de détails. Pourtant, tout son parcours permet de comprendre combien il était et reste rassurant pour la France, qui cherche à sauvegarder ses intérêts géostratégiques et économiques en Afrique.

Lorsqu’il était chef de l’État ivoirien, Laurent Gbagbo, aujourd’hui jugé pour crimes contre l’humanité devant la Cour pénale internationale, a un jour expliqué : « Paris doit cesser de mettre son nez dans les affaires ivoiriennes. » Alassane Ouattara n’a jamais eu de telles velléités d’indépendance vis-à-vis de la France, dont la Côte d’Ivoire est le premier partenaire commercial au sein de la zone franc. Tout chez lui rassure l’establishment politique français, de droite comme de gauche (il a ses entrées aussi bien chez Les Républicains qu’au Parti socialiste). « Il parle comme les “Blancs”, s’habille comme eux, sait leur parler », observe un ancien diplomate. L’actuel président ivoirien possède depuis longtemps une résidence à Paris, avenue Victor-Hugo, et à Mougins, où il séjourne régulièrement.

Sarkozy et Ouattara, une vieille amitié. L'ex-chef de l'État français s'est rendu à Abidjan en mars 2016. © Reuters Sarkozy et Ouattara, une vieille amitié. L'ex-chef de l'État français s'est rendu à Abidjan en mars 2016. © Reuters

Fréquentant Alassane Ouattara depuis plusieurs décennies, les autorités françaises savaient, en misant sur lui en 2010, qu’il serait un allié précieux. Ouattara a, par exemple, toujours défendu l’existence du franc CFA, qui permet à la France de continuer à contrôler économiquement et politiquement ses ex-colonies africaines. Il l’a fait lorsqu’il était gouverneur, de 1988 à 1990, de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), assujettie au ministère français des finances. Puis lorsqu’il a été premier ministre de Côte d’Ivoire de 1990 à fin 1993. Il a alors préparé la dévaluation du franc CFA intervenue en janvier 1994 avec les autorités françaises – dont Nicolas Sarkozy, alors ministre du budget, qui est par la suite devenu un ami proche.

Depuis son installation à la présidence de la Côte d’Ivoire en avril 2011, Alassane Ouattara s’est affirmé comme le principal partisan du franc CFA en Afrique. En 2016, il a rappelé publiquement à l’ordre les économistes africains critiquant ce vestige de l’ère coloniale. En matière militaire, la France savait qu’elle pouvait aussi compter sur lui. Alors que Laurent Gbagbo souhaitait le départ de l’armée française de Côte d’Ivoire, Ouattara a demandé, dès son arrivée au pouvoir, à Paris de maintenir cette présence, permettant même qu’elle soit renforcée. Le nombre de militaires français positionnés à Abidjan a depuis été augmenté.

Le monde des affaires français a lui aussi toujours vu en Alassane Ouattara un partenaire fiable. Quand ce dernier était premier ministre, il s’est montré bienveillant pour les grandes sociétés françaises. Il leur a, entre autres, cédé à bas prix des entreprises publiques. À si bas prix que ses adversaires politiques l’ont accusé d’avoir bradé le secteur stratégique de l’eau et de l’électricité au profit du groupe Bouygues dirigé par son ami Martin Bouygues.

En accédant à la présidence, Alassane Ouattara n’a pas changé cette manière de faire : de grandes entreprises françaises ont gagné de nombreux contrats. Bouygues, par exemple, a remporté en 2012 le marché de la construction et la concession pour trente ans d’un nouveau pont à Abidjan. Comme au début des années 1990, la question de la transparence se pose régulièrement : les conditions d’attribution au groupe Bolloré du deuxième terminal à conteneurs du port d’Abidjan, en 2013, ont été très critiquées. Laurent Gbagbo n’avait pas fait mieux : il avait cédé de gré à gré à Bolloré la gestion du premier terminal à conteneurs du port en 2003. En 2016, pour la première fois dans l’histoire du Medef (Mouvement des entreprises de France), un de ses présidents s’est rendu en Côte d’Ivoire : Pierre Gattaz est allé à Abidjan avec 130 chefs d’entreprises françaises.

La proximité d'Alassane Ouattara avec le patronat français peut aussi se lire à travers les connexions et activités de sa femme Dominique, riche femme d’affaires d'origine française qui a bâti sa fortune grâce à sa relation privilégiée avec le président Félix Houphouët-Boigny. En 2015, elle a été l’invitée d’honneur en France de l’université d’été du Medef. En 2016, elle a convié Vincent Bolloré et Martin Bouygues au « gala » annuel de sa fondation Children of Africa, organisé à Abidjan. Carla Bruni-Sarkozy, Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Franck Dubosc, MC Solaar, Jamel Debbouze ont fait partie des nombreuses vedettes de l’audiovisuel et du showbiz français également présentes à cette édition 2016. Dominique Ouattara est très présente dans le monde des médias : elle est par exemple la marraine de la chaîne pour enfants de TV5 Monde, Tivi5Monde, lancée en juin 2016.

Les rapports d'Alassane Ouattara avec le patronat passent aussi par Jean-Marc Simon, ambassadeur de France en Côte d’Ivoire de 2009 à 2012. Reconverti dans les affaires dès sa retraite prise, Jean-Marc Simon est à la fois conseiller d'Alassane Ouattara et de plusieurs groupes français, dont Total et la Compagnie fruitière. Cette dernière est probablement reconnaissante envers Ouattara pour son implication dans le dossier des Accords de partenariat économique (APE) : il a beaucoup œuvré pour que les États d’Afrique de l’Ouest acceptent, en 2014, d’engager le processus de signature de ces accords de libre-échange négociés avec l’Union européenne, mais très critiqués par la société civile et des experts.

Grâce à ces APE, la Compagnie fruitière pourra continuer à exporter vers l'Europe ses bananes et ses ananas produits en Côte d’Ivoire sans avoir à payer de droits de douane. Le groupe américain Monsanto, dont l’ami de Ouattara, le milliardaire américain George Soros, est actionnaire, a aussi de bonnes perspectives. En juillet 2016, un projet de loi sur la biosécurité, qui ouvre la voie à l’utilisation des OGM, a été adopté en commission par l’Assemblée nationale ivoirienne.

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