Corée du Nord, Iran: Trump et Macron étalent leurs divergences

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Intervenant tour à tour à la tribune de l’Assemblée générale de l’Onu, les présidents américain et français ont apporté des réponses opposées à la crise nord-coréenne et à l’avenir de l’accord sur le nucléaire iranien. Mais le discours de Donald Trump était émaillé de nombreuses contradictions.

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Donald Trump lui a ouvert un boulevard. Emmanuel Macron l’a emprunté sans hésiter. Intervenant l’un après l’autre à l’Assemblée générale des Nations unies, mardi 19 septembre à New York, les présidents américain et français ont affiché leurs visions du monde apparemment opposées. Le premier prône un « réalisme de principe » forgé à partir des États-nations et symbolisé par son slogan « l’Amérique d’abord », quand le second défend le « multilatéralisme » et prétend porter la voix des sans-voix. Surtout, au-delà des inévitables effets de manche, les États-Unis et la France ont affiché leurs désaccords sur deux dossiers majeurs : la Corée du Nord et le nucléaire iranien.

Trump a provoqué la sidération d’une grande partie de l’assistance mardi en reprenant ses propos volontairement provocateurs à l’encontre du dictateur nord-coréen Kim Jong-un, qu’il a de nouveau qualifié de « rocket man » (“homme-fusée”). Surtout, le président américain a prévenu que « les États-Unis ont une grande force et une grande patience ». Avant d’ajouter, menaçant : « Mais s'ils sont contraints de se défendre, nous n'aurons pas d'autre choix que de détruire totalement la Corée du Nord. »

Dans l’assistance, son secrétaire d’État Rex Tillerson est resté impassible, de crainte que ses mines, filmées régulièrement par les caméras, ne semblent trahir une dissidence. À ses côtés Nikki Haley, l’ambassadrice des États-Unis à l’Onu, n’a pas non plus quitté la tribune du regard, en écoutant le chef de la première puissance occidentale qualifier l’Iran « d’État voyou » et décrire l’accord sur le nucléaire iranien comme l’engagement le plus unilatéral et le plus embarrassant qu’aient eu à subir les États-Unis.

« Cet accord est une honte pour les États-Unis, et je ne pense pas que ce soit la dernière fois que vous en entendrez parler, croyez-moi », a prévenu Trump, qui pourrait dénoncer mi-octobre l’accord historique signé à Vienne en 2015 par son prédécesseur Barack Obama, après plus de dix ans de négociations. Une déclaration confortée par les propos de son secrétaire d’État sur la chaîne de télévision américaine Fox News : « Si nous restons dans l'accord iranien, il faut que des changements y soient apportés », a prévenu Rex Tillerson.

Mais c’est une autre image qui a fait le tour du Web, au soir du premier discours du président Donald Trump devant une Assemblée générale bondée de plus de 150 chefs d’État : celle du “chief of staff” de la Maison Blanche, John Kelly, censé incarner le retour à la sagesse, à l’ordre et au professionnalisme dans une administration raillée pour son chaos depuis huit mois. Sur la photo, le directeur de cabinet de Donald Trump baisse la tête, une main sur le front, dans une pose qui rappelle sa gêne à l’écoute des propos amènes du président sur le rassemblement néonazi de Charlottesville un mois plus tôt.

Peu après, à la même tribune de l’Assemblée générale, le président français Emmanuel Macron a pu aisément prendre le contre-pied direct de son homologue américain avec qui il avait, la veille, affiché sa complicité, deux mois après la présence de Donald Trump au défilé du 14 Juillet. Loin des fanfaronnades militaires proférées par le leader américain, Macron a appelé à des négociations avec la Corée du Nord. « Notre responsabilité avec tous nos partenaires, dont la Chine et la Russie, est de [la] ramener par la fermeté à la table des négociations [en vue] d’un règlement politique de la crise, a-t-il indiqué. La France refusera toute escalade et ne fermera aucune porte au dialogue, si les conditions sont réunies pour que ce dialogue soit utile à la paix. »

Le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian avait déjà expliqué, lors d’une rencontre avec la presse organisée à New York, que si la France avait voté en faveur du renforcement des sanctions contre la Corée du Nord, elle jugeait l’ouverture de négociations comme « la seule démarche possible ». « C’est une démarche qui ne nécessite pas d’action militaire significative », a précisé le ministre, en réponse aux menaces américaines.

Sur ce dossier, la France affiche d’ailleurs une plus grande proximité de vues avec la Russie qu’avec son allié traditionnel américain : vendredi, le Kremlin a indiqué qu’au cours de l’entretien téléphonique organisé entre Vladimir Poutine et Emmanuel Macron, les deux hommes se sont accordés sur « la nécessité de résoudre cette situation extrêmement compliquée exclusivement par des moyens politiques et diplomatiques, par la reprise de négociations directes ».

Mardi soir, à l’Onu, Macron a appuyé cet appel à négocier en défendant l’accord sur le nucléaire iranien menacé par les États-Unis, et dont la France est également signataire. « Regardons la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui, avons-nous, par l’absence de dialogue, mieux endigué la situation en Corée du Nord ? Pas une seule seconde. Partout où (...) le multilatéralisme se dote d’armes efficaces, il est utile », a expliqué le président français, qualifiant l’accord de 2015 avec l’Iran « d’accord solide, robuste et vérifiable ».

« Le dénoncer aujourd’hui, sans rien proposer d’autre, serait une lourde erreur. Ne pas le respecter serait irresponsable. Parce que c’est un accord utile, essentiel à la paix, à l’heure où le risque d’une spirale infernale ne saurait être exclu », a ajouté Macron. Le chef de l’État est en revanche favorable à un accord complété sur « l’activité balistique de l’Iran » et sur l’après-2025, période non couverte par le texte actuel.

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