A la veille du Brexit, l’Irlande du Nord est dans l’impasse

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Depuis janvier, l’Irlande du Nord n’a plus de gouvernement – le délai à ne pas dépasser était fixé ce lundi. Une situation alarmante alors que le lancement des négociations pour le Brexit est attendu mercredi. Si un exécutif n’est pas bientôt formé, l’Irlande du Nord ne pourra pas faire entendre sa voix.

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Belfast (Irlande du Nord), envoyée spéciale.-  Cela faisait dix ans que l'Irlande du Nord n'avait pas connu de crise politique aussi importante. Depuis la démission, début janvier, de Martin McGuinness (décédé le 21 mars dernier), alors vice-premier ministre et dirigeant du parti nationaliste Sinn Féin en Irlande du Nord, l’une des quatre régions constitutives du Royaume-Uni n'a plus de gouvernement. Et les négociations pour la formation d'un nouveau gouvernement ont à nouveau échoué ce lundi. 

À l'origine de la décision de Martin McGuinness, se trouve un scandale politique impliquant la première ministre (unioniste), Arlene Foster, accusée d’avoir mal géré un programme de subventions publiques pour les énergies renouvelables, à l’époque où elle était ministre de l’économie. Depuis décembre, le Sinn Féin demande sa démission. Ce à quoi elle s’oppose.

Or l'Accord du Vendredi saint de 1998, qui a posé la première pierre vers la paix après plus de trente ans de conflits intercommunautaires, dits les « Troubles », stipule que l'exécutif doit être dirigé par un parti représentant les intérêts des catholiques nationalistes, favorables à la réunification avec l'Irlande, et un autre représentant les protestants unionistes, qui veulent rester sous la Couronne britannique. Si l'un des deux s’arrête, l'Assemblée se trouve aussitôt dissoute.

Des élections législatives anticipées ont donc eu lieu le 2 mars dernier : le Sinn Féin, nationaliste, et le DUP, unioniste, qui se partagent le pouvoir depuis presque dix ans, y ont obtenu moins de mille voix d'écart – le DUP, qui a perdu sa majorité pour la première fois depuis 1921, dispose de 28 députés sur 90, le Sinn Féin de 27. Les deux partis avaient trois semaines pour former un gouvernement et nommer un premier ministre et un vice-premier ministre. Une réponse était attendue pour ce lundi. Selon Arlene Foster, ex-première ministre, le DUP « était déterminé à former un gouvernement de coalition aujourd’hui, mais le Sinn Fein a quitté la table des négociations ». « Nous sommes arrivés en fin de course », avait prévenu dès dimanche soir, Michelle O’Neill, dirigeante du Sinn Féin.

Depuis ces derniers jours, la presse nord-irlandaise, positive jusqu'au milieu de la semaine dernière, n'y croyait plus. « L’optimisme diminue alors que l’échéance approche », titrait samedi 25 mars le Belfast Telegraph, quotidien unioniste de Belfast, la capitale du comté. « Les espoirs d’arriver à un accord à Stormont disparaissent alors que les discussions continuent », écrivait le même jour The Irish News, journal nationaliste. Le correspondant politique John Manley développe : « Si les postes clefs de l’exécutif restent inoccupés [lundi] à 16 heures, alors la législation dicte que le secrétaire d’État doit appeler à une élection dans un “temps raisonnable”. » C'est-à-dire sûrement en juin prochain. Le secrétaire d'État – britannique – James Brokenshire doit prononcer un discours et faire connaître sa décision ce mardi. Trois options s'offrent à lui : prolonger la période de négociations, convoquer de nouvelles élections ou décréter le retour à une « administration directe » de la province par Londres.

À Belfast, personne ne veut de nouvelles élections. Ce serait la troisième fois que les Nord-Irlandais voteraient en un an pour des législatives. Accoudé au comptoir du pub Boyles, situé dans l’ouest de Belfast sur la Falls Road, l’un des quartiers catholiques de la capitale, Edward pense que s'il faut à nouveau voter, le Sinn Féin perdra le bon score réalisé début mars. Un regain de nationalisme ? Une envie de réunification avec l'Irlande ? Pour beaucoup, l'objectif était plutôt de se débarrasser d'Arlene Foster. 

C’est ce qui a motivé le vote d’Edward, ce « républicain » de 44 ans pro-Sinn Féin. Il n’est pas le seul à avoir montré son mécontentement dans les urnes. Dans la circonscription de Belfast-Ouest où il habite, la participation a été de 66,8 %, la plus élevée de la ville. Et selon lui, cela ne se reproduira pas une deuxième fois. Derrière le bar, Margareth Johns, 60 ans, souhaite elle aussi le départ de l’ancienne première ministre : « Je ne veux pas de Foster dans le gouvernement, qui nous compare à des crocodiles. » Référence à une phrase dite pendant la campagne par la cheffe du DUP. Opposée à plusieurs revendications du Sinn Féin, elle avait déclaré que « si vous nourrissez le crocodile, il reviendra vous en demander plus »La taulière de ce pub d'habitués, une habitante du quartier depuis toujours, soupire : « Cela ne changera jamais. Les unionistes ne veulent pas gouverner avec nous, les catholiques.

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