Pékin enterre la semi-autonomie de Hong Kong

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À Hong Kong, la loi sur la sécurité nationale qui entend réprimer le « séparatisme », le « terrorisme », la « subversion » et la « collusion avec des forces extérieures et étrangères » est entrée en vigueur. Signifiant la fin du « un pays, deux systèmes ».

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Le 1er juillet 1997 avait marqué le retour de Hong Kong, colonie britannique depuis 1843, dans le giron chinois et inauguré l’ère du « un pays, deux systèmes » – une enclave capitaliste disposant d’un haut degré d’autonomie au sein du géant communiste. Mais le 1er juillet 2020 sonnera le glas de cette solution pragmatique imaginée au début des années 1980 par le père des réformes chinoises, Deng Xiaoping, et la première ministre britannique Margaret Thatcher.

Cette semi-autonomie – Pékin se chargeant des affaires diplomatiques et militaires – devait subsister jusqu’en 2047. Mais l’opposition croissante des Hongkongais, en particulier les plus jeunes, à l’emprise de Pékin, a conduit la Chine à renier tous ses engagements et à mener ce coup de force. Comme l’a expliqué le South China Morning Post, « seulement une poignée de délégués de Hong Kong à la législature nationale ont vu le projet de loi avant son adoption, un sujet de conflit majeur, beaucoup dans le territoire dénonçant le manque de transparence au vu des conséquences profondes de la législation ».    

Une affiche en faveur de la loi sur la sécurité nationale dans le métro de Hong Kong le 29 juin 2020. © Isaac Lawrence/AFP Une affiche en faveur de la loi sur la sécurité nationale dans le métro de Hong Kong le 29 juin 2020. © Isaac Lawrence/AFP
La « mère-patrie », gouvernée par le Parti-État, en a assez des foucades de cet enfant agité. L’heure du châtiment a sonné : une loi sur la sécurité nationale qui entend réprimer le « séparatisme », le « terrorisme », la « subversion » et la « collusion avec des forces extérieures et étrangères » – avec des peines allant jusqu’à la prison à vie et un jugement sans jury dans les cas où des secrets d’État pourraient être révélés – est entrée en vigueur mardi soir à 23 heures (17 heures à Paris) à la suite de son adoption à l’unanimité à Pékin par le Comité permanent de l’Assemblée nationale populaire à l’issue d’une session de trois jours et de sa signature par le numéro un chinois Xi Jinping. Depuis son arrivée au pouvoir en 2012, ce dernier a fait taire toutes les voix critiques et mis au pas les non-Han, l’ethnie majoritaire, dans les régions du Tibet et du Xinjiang. 

En 2003, comme le prévoyait l’article 23 de la Basic Law (la mini-Constitution), une loi sur la sécurité nationale avait été annoncée par le premier chef de l’exécutif, Tung Chee-Hwa, membre de l’élite et fils d’une famille d’un industriel shanghaïen ayant fui le continent lors de la prise de pouvoir par les communistes. Mais il avait dû reculer en raison de l’opposition d’une majorité de la population. Un demi-million de personnes avaient défilé le 1er juillet pour obtenir son retrait.  

Mardi, peu après l’adoption de la loi, l’agence officielle Chine nouvelle (Xinhua) a publié un texte de décryptage. Globalement, si l’on en croit l’un des principaux organes de la propagande chinoise, l’objectif est de défendre le « un pays, deux systèmes », car, depuis 1997, « les forces destructrices intérieures et extérieures n’ont cessé de s’ingérer et de casser “un pays , deux systèmes”. »

« En particulier depuis l’année dernière et la “tempête de l’amendement” [les grandes manifestations déclenchées par le projet d’extradition vers la Chine – ndlr], les actes et les paroles indépendantistes s’exposent sans scrupules, la violence radicale choque, les crimes terroristes apparaissent jour après jour. Cela piétine sérieusement le règne de la loi et l’ordre social, détruit sérieusement la stabilité et la prospérité de Hong Kong et pose un défi sérieux au principe de base de “un pays, deux systèmes” » 

Cette volonté de criminaliser les opposants explique la décision prise par certains d’entre eux, parmi les plus connus, juste après l’adoption de la loi, de démissionner de leur formation politique pour la protéger. 

Ainsi, plusieurs dirigeants de Demosisto, dont Nathan Law, Jeffrey Ngo, Agnes Chow et Joshua Wong, le jeune militant devenu la bête noire de Pékin, qui a déjà passé plusieurs mois en prison, ont annoncé quitter le parti – qui revendique le droit à l’autodétermination pour les Hongkongais, c’est-à-dire la capacité pour ses habitants de décider de leur destin sans que cela ne signifie l’indépendance, contrairement à ce qu’affirme Pékin.

Ils avaient fondée Demosisto (du grec demos, le peuple, et du latin sisto, se tenir debout) en 2016, deux ans après avoir été les meneurs du mouvement des parapluies. Les protestataires, qui avaient occupé plusieurs quartiers de Hong Kong pendant près de trois mois, réclamaient notamment l’instauration d’un véritable suffrage universel, comme s’y était engagée la Chine. 

Sur les réseaux sociaux, Joshua Wong a expliqué vouloir continuer la lutte de manière individuelle. « Je resterai pour défendre ma maison, Hong Kong, jusqu’à ce qu’ils me réduisent au silence, m’oblitèrent de cette terre. Si bientôt ma voix ne se fait plus entendre, j'espère que la communauté internationale continuera de défendre Hong Kong et intensifiera ses efforts concrets pour défendre notre dernier bout de liberté », a écrit Wong.

© joshuawongcf

Un autre militant, Lester Shum, figure du mouvement des parapluies, s’est montré résolu à ne pas baisser les bras. Il a appelé à ne pas renoncer à se battre dans un texte publié sur son compte Facebook. Pourquoi la Chine a-t-elle recours à cette loi, a-t-il demandé. Parce que, juge-t-il, les Hongkongais ont résisté et ils continueront à le faire. « Demain ne sera pas la fin de Hong Kong », écrit-il, ajoutant : « En vingt-trois ans, les Hongkongais n’ont pas succombé à la tyrannie. » « Cette ville n’est absolument pas morte », a-t-il lancé. 

Traditionnellement, le 1er juillet, si les autorités célèbrent la rétrocession lors de cérémonies officielles, les démocrates manifestent, eux, dans la rue. Cette année, la police a cependant interdit tout rassemblement en raison de la pandémie de coronavirus et des risques de violence.

Comme l’a souligné Lester Shum dans son texte, la mobilisation de mercredi sera un test, alors que Hong Kong est devenu un sujet de tensions croissantes entre la Chine et les États-Unis. Washington a annoncé une série de sanctions à l’encontre des responsables chinois, des banques ou des entités publiques coupables à ses yeux de mettre fin aux libertés dont jouit encore l’ancienne colonie britannique ou de se rendre complices.

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