Roger Vailland (2/3) : « Drôle de jeu », le roman vrai de la Résistance

Il a fallu une cure de désintox à l'héroïne, à la fin de l'hiver 1942, pour que Roger Vailland s'engage dans la Résistance. Il en tirera son premier roman, Drôle de jeu, où les résistants sont certes portraiturés en implacables combattants, mais aussi en jouisseurs, menant grand train avec l'argent parachuté de Londres. Une description iconoclaste de la Résistance, plébiscitée dès 1945 par les anciens résistants pour son réalisme.

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En 1943, je fis la connaissance de Roger Vailland, dont je devins l’ami. Après la libération, il m’offrit Drôle de jeu, récit à peine romancé de notre relation. “J’ai choisi pour votre personnage le pseudonyme de Caracalla. J’espère qu’il vous plaira.” Aujourd’hui, pour retracer une aventure qui fut, par ses coïncidences, ses coups de théâtre et ses tragédies, essentiellement romanesque, ce pseudonyme imaginaire a ma préférence sur tous ceux qui me furent attribués dans la Résistance », écrit Daniel Cordier, ancien secrétaire de Jean Moulin dans la clandestinité, en préambule de ses mémoires, Alias Caracalla (Gallimard, 2009). Le succès éditorial du livre a eu la bonne fortune d'attirer l'attention sur Drôle de jeu, convainquant son éditeur historique de le rééditer en poche. Ce premier roman de Vailland, paru à l'automne 1945, est un de ses plus forts. De ses plus dérangeants aussi, en une époque où l'on panthéonise les résistants. Dans Drôle de jeu, ces derniers sont portraiturés en implacables combattants, certes, mais aussi en jouisseurs, menant grand train avec l'argent parachuté de Londres. Le plus étonnant est que cette description pour le moins iconoclaste de la Résistance ait, à l'époque, été plébiscitée par les anciens résistants pour son réalisme.