Catherine Poulain écrit la liberté des «femmes du feu»

Par

Après Le Grand Marin, qui évoquait ses années de pêche en Alaska, Catherine Poulain revient avec Le Cœur blanc sur son expérience de travailleuse agricole dans le sud de la France. Où l’intensité de ces vies rugueuses est, une fois encore, terriblement sensible.

La lecture des articles est réservée aux abonnés.

Quand Catherine Poulain a fait irruption sur la scène littéraire avec Le Grand Marin, en 2016, la sensation a été immédiate : elle charriait avec elle tout un imaginaire qu’on pensait avoir perdu, celui de ces grands écrivains aventuriers du XIXe siècle, Herman Melville, Joseph Conrad… Comme eux, elle a vécu une vie de voyages extraordinaires faite de labeur éprouvant, avant de se retirer pour écrire des romans. Dans Le Grand Marin, Catherine Poulain s’inspirait des dix années qu’elle a passées en Alaska à bord de bateaux de pêche : un travail rude, dangereux, en compagnie d’hommes qui ne résistent pas à l’appel de la mer – ni à celui de l’alcool. Le roman a connu un succès considérable, il a reçu plusieurs prix, dont le prix Ouest-France Étonnants voyageurs. Le Cœur blanc, qui paraît cet automne, offre un contrepoint au premier récit : de la mer à la terre, de la glace à la brûlure du soleil, Catherine Poulain revient dans le sud de la France, sur les années de sa jeunesse au cours desquelles elle a été travailleuse agricole. Elle sait, une fois de plus, évoquer des vies rugueuses, parfois misérables, tout en traitant de ces hommes et femmes comme des êtres humains, c’est-à-dire comme des corps et des âmes qui aspirent à ce qui les dépasse, portent des désirs qu’ils ignorent eux-mêmes, brûlent d’un feu continu. Bref, Catherine Poulain sait sentir palpiter et la terre et le ciel. Ses deux héroïnes, Rosalinde et Mounia, partagent avec leur auteure une intensité, une liberté bouleversante : « des femmes du feu ». Au bord de la rivière où elles peuvent discuter, à l’écart des hommes, Rosalinde explique : « Et t’as raison Moune, faut avancer, elle a repris plus doucement, ne pas suivre interminablement le chemin qu’ont tracé les autres. Il faut être fidèle au monde plutôt qu’à un homme, le beau monde qui nous entoure, l’inconnu qui vous prend le cœur et les tripes. » À l’occasion de la parution de ce nouveau roman, entretien avec Catherine Poulain sur le courage de la fuite, l’aspiration à la brûlure, et le danger de lire quand il y a des loups.