Une famille littéraire (2/6): Elsa Morante, une grand-mère de combats

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Au sujet de cette romancière et écrivaine née en 1912, Silvia Avallone parle de « la plus grande figure féminine du XXe siècle en Italie ». Elsa Morante est l'écrivaine des tensions et transgressions dans un monde décrit avec une précision de peintre hyperréaliste. Deuxième article d'une série de six qui tenteront de composer la famille de plume de Silvia Avallone.

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La jeune romancière Silvia Avallone, dont nous avons évoqué au premier volet de cette série le poignant tableau de la société italienne actuelle, a souvent dit son admiration pour la poétesse, romancière et nouvelliste Elsa Morante (1912-1985), dans laquelle elle voit, avec l'actrice Anna Magnani, « la plus grande figure féminine du XXe siècle en Italie ». Dans notre promenade littéraire à la recherche de ses influences, Elsa Morante jouera donc le rôle de grand-mère spirituelle.
Elsa Morante naît et meurt dans le dénuement, intercalant judicieusement entre les deux une vie de voyages, de création et de passions, qui la voit fréquenter Alberto Moravia – qu'elle épouse –, Luchino Visconti et Pier Paolo Pasolini, et écrire une belle œuvre dans laquelle l'enfance occupe une place centrale. Sa mère est une institutrice juive de Modène, ce qui lui vaudra quelques inquiétudes quand Mussolini se mettra en tête de devenir antisémite en 1938. Son père est surveillant dans une maison de correction, mais aussi sicilien. Et totalement impuissant. Fâcheux handicap, qu'il ne veut pour rien au monde divulguer. Il choisit donc personnellement un compatriote, employé des chemins de fer de son état, pour féconder son épouse. Il le fera à quatre reprises avec succès. Mais la mère confie très tôt ce secret à sa progéniture. Elsa en concevra une longue méfiance à l'égard des figures paternelles, un des thèmes de L'Île d'Arturo, prix Strega – équivalent italien du Goncourt – 1957, roman très cher à Silvia Avallone. À 20 ans, Elsa Morante quitte le foyer familial, pour mener dans Rome une vie décousue, plus proche de la prostitution que du sublime de la bohème, et commence à publier des récits pour la jeunesse. Elle garde de son enfance dans les baraquements de Testaccio, dans la banlieue de Rome, un goût prononcé pour les personnages issus de milieux populaires, leur faconde et leur courage, leurs superstitions aussi.