Au Mali, l'Europe désorganise les migrations traditionnelles

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Pour lutter contre l'immigration irrégulière, l'Europe exige des pays africains, y compris le Mali, qu'ils stoppent les migrants et découragent les départs. Au risque d'entraver des circulations, anciennes et fréquentes, entre les deux rives du Sahara.

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Les eaux mortelles de la Méditerranée ne suffisent plus à «protéger» l'Union européenne de l'Afrique. Hantés par l'immigration irrégulière, les États membres consacrent, chaque année, des centaines de millions d'euros à ériger de nouvelles barrières, toujours plus au Sud, pour endiguer les «flux de clandestins» en route vers le vieux continent. Du Maghreb aux pays d'Afrique sub-saharienne, ils construisent un dispositif de contrôle des territoires dont la conséquence est d'entraver les migrations Sud-Sud, largement majoritaires dans les mouvements de population.

Pour barrer le passage à quelques dizaines de milliers d'Africains, les Vingt-Sept freinent les déplacements de millions d'autres, au mépris du «droit de quitter tout pays, y compris le sien» inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948.

 

Devant la délégation de l'UE, Bamako, mai 2010. © Carine Fouteau Devant la délégation de l'UE, Bamako, mai 2010. © Carine Fouteau

 

Documentée par le groupe de recherche Migreurop, l'externalisation de la politique migratoire européenne consiste à impliquer les pays d'émigration et de transit dans la lutte contre l'immigration irrégulière, devenue prioritaire depuis le sommet des chefs d'État à Séville en 2002. Au nord du Sahara, les mesures mises en œuvre visent à stopper les départs, au sud du Sahara, à les décourager.

Au Mali, cette emprise est plus récente qu'au Maroc ou en Libye. Ce pays d'émigration intéresse particulièrement l'UE car il devient une zone de transit, en raison de sa situation géographique et de sa législation accueillante. Les ressortissants des 15 pays membres de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cedeao) peuvent y entrer sans visa et y résider sans titre de séjour, en vertu des accords de libre circulation signés en 1979, 1986 et 1995. Comme des accords de libre circulation des personnes ont également été signés avec l'Algérie et le Maroc, le passeport malien est recherché et fait l'objet de trafic.

Affiche anti-migratoire, Bamako, mai 2010. © Carine Fouteau Affiche anti-migratoire, Bamako, mai 2010. © Carine Fouteau

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Cette série de reportages, réalisés à Bamako du 22 au 29 mai 2010, étudie l'état des relations entre le Mali et la France, cinquante ans après la fin de la colonisation, au travers des nouvelles pratiques de mobilité. Pas d'escale dans la région de Kayes, d'où vient la majorité de la diaspora malienne installée en région parisienne. Ces liens sont connus et représentent mal la diversification des routes migratoires au cours de la dernière décennie. Pas de focus non plus sur les départs vers l'Europe, minoritaires au regard des circulations Sud-Sud.

Malgré mes demandes répétées, je n'ai pas eu accès au consulat français. Le quai d'Orsay a refusé que je m'entretienne avec le responsable de la politique des visas. Motif: le ministère des affaires étrangères ne souhaite pas avoir à se justifier des mesures décidées par le ministère de l'immigration. Les représentants de la délégation de l'Union européenne et de l'ambassade des États-Unis m'ont, en revanche, reçue de manière transparente.

En amont, plusieurs chercheurs m'ont aidée à préparer cette série. Parmi eux, Isaline Bergamaschi, Emmanuelle Bouilly, Florence Brisset, Benoît Hazard, Clara Lecadet et Johanna Siméant. Des militantes associatives aussi: Sarah Belaïsch, Brigitte Espuche et Gwenaëlle de Jacquelot. À Bamako, merci à Moussa Ba, Ferdaous Bouhlel-Hardy, Alassane Diabaté, Birama Diakon, Samba Tembely et Aminata Traoré pour les conseils et les contacts.

Pour mémoire, 1 euro = 650 francs CFA.