La France honteuse

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Le projet de loi Besson et l'adoption par une poignée de députés UMP de la mesure sur la déchéance de nationalité déshonorent la droite française. Nous voilà plongés dans les thématiques d'une droite nationaliste, chauvine et xénophobe. Du jamais vu depuis la naissance du Front national. Parti pris.
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Il faut exceptionnellement utiliser des formules peut-être solennelles ou grandiloquentes. Mais elles disent l'importance de ce qui se joue dans ce pays. Il faut bien parler de honte, de dégoût même, après ce qui s'est passé ce jeudi à l'Assemblée nationale.

L'UMP s'est déshonorée en adoptant le scandaleux article 3 bis du projet de loi Besson qui crée deux catégories de Français. Les «bons Français», formule obscène utilisée la veille par le ministre de l'immigration et de l'identité nationale, et les Français suspects, Français en CDD, qui ont acquis la nationalité depuis moins de dix ans. Elle pourra désormais leur être retirée s'ils sont condamnés pour meurtre d'agents dépositaires de l'autorité publique.

Cette mesure, voulue et annoncée par Nicolas Sarkozy, a été adoptée à la sauvette (75 voix contre 57 – lire ici l'article de Carine Fouteau) et dans la lâcheté de députés fuyant leurs responsabilités d'élus pour ne pas prendre part au vote. Certes, des parlementaires UMP ont dit leur malaise, leur désaccord. Le Nouveau Centre s'est doctement interrogé, lui qui aime tant mettre en avant sa culture d'«équilibre» et ses valeurs humanistes. Puis il s'est couché, comme d'ordinaire.

Le courage des parlementaires de droite, nombreux à être en désaccord avec cette mesure, fut de prendre la fuite en désertant l'hémicycle. Il faut donc saluer les trois hommes qui, à droite, ont fait le choix de voter contre : Pierre Méhaignerie, Jean-Philippe Maurer et Étienne Pinte. On notera au passage que les parlementaires villepinistes, toujours prompts à protester dans les couloirs de l'Assemblée, n'ont pas voté contre cette mesure.

De cette déchéance de nationalité, qui brise l'égalité de tous devant la loi, inscrit dans la législation la création de catégories de citoyens, vise directement les citoyens d'origine étrangère, tout ou presque a été dit. D'abord, la démagogie d'une mesure pratiquement inapplicable, ce qu'a reconnu Eric Besson : «Cet article est une symbolique forte. Ce n'est pas parce qu'il s'appliquera peu que sa symbolique républicaine sera atténuée», avait expliqué Eric Besson.

Ensuite, l'inconstitutionnalité d'une telle mesure au regard de l'article 1 de la loi fondamentale. Olivier Duhamel, constitutionnaliste, l'explicite dans l'appel «Nous sommes tous français» lancé avec quatre autres signataires et relayé par Mediapart (à lire ici). «Nous sommes membres d'une nation qui, selon l'article 1er de sa Constitution, “assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion”. Nous sommes citoyens d'une république qui refuse de discriminer les Français selon leur origine, quelle qu'elle soit. Nous appartenons à un peuple qui, en proclamant solennellement son attachement aux droits de l'homme, se souvient que cette sélection entre Français selon l'origine fut celle du régime raciste de Vichy», dit le premier paragraphe de cet appel.

La « symbolique républicaine » ou plutôt la République de M. Besson, qui a fait de la traîtrise un engagement politique, n'est pas la nôtre. Elle n'est pas celle de ces millions de Français, de droite comme de gauche, pour qui une ligne ne peut être franchie : celle d'une alliance avec l'extrême droite, dans des thématiques qui plongent au cœur de ce qui ne fut pas la République mais «l'Etat français», celui de Vichy.

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