Espionnage: l'ancien patron d'Ikea France mis en disponibilité

L'ancien patron d'Ikea France, Jean-Louis Baillot, a été mis en disponibilité mercredi, à la suite des révélations de Mediapart. Une ancienne directrice des ressources humaines de la filiale française a subi le même sort. Il s'agit de «mieux pouvoir coopérer avec les autorités (judiciaires)», affirme l'actuel directeur général d'Ikea France. Lundi, Mediapart révélait que les méthodes employées par le groupe pour fliquer ses salariés étaient, dans un cas au moins, connus de Jean-Louis Baillot et de sa DRH.

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Le patron d’Ikea France, Jean-Louis Baillot, a lui-même cautionné et supervisé l’espionnage d’au moins une salariée. Mercredi 7 mars, à la suite des révélations de Mediapart, le groupe a annoncé qu'il le mettait en disponibilité, ainsi que son ancienne directrice des ressources humaines.

Mediapart révélait lundi que Jean-Louis Baillot, directeur général de la branche française de 1996 à 2009, désormais directeur des opérations commerciales à l’international, avait bien eu connaissance de certaines des méthodes mises en œuvre par le responsable de la sécurité d'Ikea France, Jean-François Paris, pour espionner des salariés du groupe. En 2008, d’après des documents en notre possession, Jean-Louis Baillot lit et réagit personnellement à l’évolution d’une enquête sur Virginie Paulin, salariée à un poste de direction.

En effet, Jean-Louis Baillot et Claire Hery, alors directrice des ressources humaines, sont persuadés qu'elle prend du bon temps au Maroc pendant un long arrêt maladie. Ils vont tout mettre en œuvre pour tenter de prouver ses fraudes supposées, en recherchant les traces de ses voyages, les preuves de son achat d’une maison à Essaouira et de supposés faux documents signés par des médecins parisiens.

Retrouvée par Mediapart, Virginie Paulin, 51 ans, ne comprend que maintenant toutes les facettes de cette histoire qui montre par ailleurs que la surveillance des salariés pouvait concerner tous les échelons de l’entreprise. Architecte de formation, Virginie Paulin commence à travailler à Ikea en 1997. Dix ans plus tard, en 2007, elle devient directrice adjointe du département Communication/Aménagement.

Virginie Paulin Virginie Paulin
Mais peu de temps après, elle tombe malade, victime d’une hépatite C qui la handicape lourdement. «J’ai continué à travailler un temps. Mais début 2008, j’étais vraiment trop exténuée. J’ai prévenu la direction, sans dire exactement de quoi je souffrais : je ne voulais être ni une pestiférée, ni un objet de pitié.»

L’arrêt maladie est renouvelé toute l’année 2008. A plusieurs reprises, avec l’accord de son médecin et de la sécurité sociale, assure-t-elle, Virginie Paulin part se reposer dans sa maison à Essaouira, au Maroc.

Pendant ce temps, la direction d’Ikea la soupçonne de mentir. Le 11 décembre, le responsable de la sécurité, Jean-François Paris, écrit à Jean-François Fourès, détective régulièrement employé depuis 2003 pour fouiller le passé des salariés, et lui donne les coordonnées de Virginie Paulin, «en arrêt maladie depuis plusieurs mois». Jean-François Paris écrit : «Par des sources externes, nous savons que la personne a passé des séjours au Maroc aux périodes suivantes :

– 10 juillet 2008 au 19 juillet 2008. Vols Easy Jet.

8 août 2008 au 29 août 2008. Vols Easy Jet.

22 octobre 2008 par vol Royal Air Maroc au 7 novembre par vol Easy Jet. 

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Cet article a été mis à jour mercredi soir, après l'annonce de la mise en disponibilité de Jean-Louis Baillot et Claire Hery. Ces derniers n'ont pas donné suite à nos appels.