Affaire DSK: les féministes craignent un retour de bâton

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Alors que Dominique Strauss-Kahn, accusé de viol, pourrait bénéficier d'un non-lieu, les féministes s'inquiètent d'un éventuel retour de bâton, fait de remise en cause de la parole des victimes et des droits des femmes. Un «backlash» à la hauteur de l'exposition médiatique de leurs thèses ces dernières semaines.

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Cela faisait si longtemps que les féministes n'avaient pas occupé le haut du pavé. Surtout pour parler de violences sexuelles et de harcèlement − des thématiques peu présentes dans le débat public français. Non sans raison, plusieurs craignent aujourd'hui que le non-lieu dont pourrait bénéficier Dominique Strauss-Kahn, accusé de viol par une femme de chambre à New York, ne conduise à refermer la parenthèse aussi brutalement qu'elle s'est ouverte.

De toute évidence, tous les ingrédients d'un «backlash», un retour de bâton similaire à ce que la journaliste américaine Susan Faludi a révélé de la contre-révolution patriarcale aux États-Unis dans un célèbre ouvrage justement intitulé Backlash, semblent réunis: une affaire surmédiatisée; un personnage célèbre; un possible scandale judiciaire si DSK est effectivement innocent; et une plaignante à la parole mise en doute, qu'une rumeur douteuse qualifie désormais de prostituée − soupçon plutôt récurrent dans ce genre d'affaires.

«Que ce soit clair, s'il n'y a pas eu viol, je suis contente, c'est une victime de moins», lâche d'emblée Caroline De Haas, cofondatrice de l'association Osez le féminisme, très médiatisée ces dernières semaines. «En aucun cas je ne me réjouirai qu'un homme soit accusé à tort pour servir des fins militantes», renchérit Laure Bereni, sociologue associée au CNRS et cofondatrice du collectif Clasches contre le harcèlement à l'université.

Mais la façon dont les commentateurs ont semblé tourner la page de l'affaire DSK, sitôt connu le fait que le procureur ne jugeait plus la plaignante crédible, a littéralement soufflé les militantes féministes: «Les mêmes qui avaient eu des propos sexistes dans les médias mi-mai ont illico ressorti leurs clichés ringards sur ces féministes empêcheuses de baiser en rond qui voudraient brider la parole», constate Alix Béranger, jeune militante féministe.

«L''hypothèse d'un non-lieu pour DSK se traduit par un élan de compassion pour l'homme et une deuxième disparition de la plaignante. Et le procès s'avance déjà contre les féministes qui ont permis de délier les langues... On croit rêver!», s'étranglent Clémentine Autain (Front de gauche) et la journaliste Audrey Pulvar dans une tribune publiée dans Le Monde.

Vendredi 1er juillet, le journaliste Olivier Mazerolle lançait ainsi en direct sur BFM TV: «Et s'il a sauté une femme de chambre, on s'en fout!» Une sortie qui rappelle beaucoup le désormais célèbre «troussage de domestique» lancé par Jean-François Kahn après l'arrestation de DSK à New York, le samedi 14 mai. L'ancien journaliste s'en est d'ailleurs pris aux féministes dès vendredi, sur l'antenne de RMC: «Même si mes propos ont pu choquer, cela n'explique pas le lynchage incroyable dont j'ai été victime! Les féministes les plus extrêmes doivent aujourd'hui à leur tour se poser des questions sur les accusations qu'elles ont portées contre moi!»

Lundi, un sociologue du CNRS, Michel Fize, s'en est aussi violemment pris aux féministes dans une tribune publiée par Le Monde: «Votre erreur, mesdames, et elle est magistrale, aura été d'“instrumentaliser” Dominique Strauss-Kahn pour défendre votre cause, qui est, j'y insiste, juste et que je partage.» Et de poursuivre: «De même qu'il existe aujourd'hui des anti-sarkozystes primaires, comme il exista naguère des anticommunistes primaires, il existe aussi à présent des féministes que j'appellerai définitivement primaires. (...) Mesdames les primaires féministes, je n'aimerais pas être dans votre tête ce matin!»

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