Violences policières sur mineurs à Paris: les familles demandent d’autres poursuites

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Malgré le renvoi en correctionnelle de quatre policiers, les conclusions du parquet et de l’IGPN ne satisfont pas les familles et les avocats des 18 adolescents qui avaient porté plainte après une longue série de violences policières commises dans le XIIe arrondissement.

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Le 29 mai dernier, le parquet de Paris avisait par courrier les avocats de 18 jeunes ayant porté plainte en décembre 2015 contre un groupe de policiers parisiens (lire nos enquêtes ici, et encore ) que quatre de ces fonctionnaires étaient renvoyés en correctionnelle pour des faits de « violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique », pour les uns, et de « violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique avec arme », pour les autres.

Trois gardiens de la paix et un brigadier-chef en fonction au commissariat central du XIIe arrondissement parisien sont concernés, et devraient comparaître prochainement en correctionnelle pour trois affaires distinctes dans lesquelles les victimes étaient mineures au moment des faits.

Toutes ces affaires se sont déroulées dans un triangle délimité par le boulevard Diderot, la rue de Reuilly et l’avenue Daumesnil, dans l'est parisien. Les policiers mis en cause appartiennent au Groupe de soutien des quartiers (GSQ), dont l’écusson représente un tigre, et sont accusés de harceler les adolescents qui traînent souvent dans les parages, notamment sur l’allée Vivaldi, près de l’église Saint-Éloi, rue Érard et sur la dalle Rozanoff.

Le commissariat du XIIe arrondissement. © DR Le commissariat du XIIe arrondissement. © DR
La première des trois affaires de violences retenue par le parquet s’est déroulée près de la piscine Jean-Boiteux, le 5 juillet 2014. Après un contrôle de police assez animé sur des copains à lui, un jeune de 17 ans dit avoir été « attrapé » et menotté sans explication, frappé d’abord d'un coup de tête dans un véhicule de police, puis giflé et frappé à coups de poing au commissariat, avant d’être relâché. Il a fourni un certificat médical.

La deuxième affaire, survenue avenue Daumesnil le 3 janvier 2015, concerne le même adolescent. Il dit avoir été plaqué contre un mur par un policier, avoir subi un étranglement et une clef de bras, et reçu un coup de poing à l’œil gauche. C’est sa mère qui a mis fin à cette scène violente en arrivant sur les lieux. Un certificat médical a également été produit à l'appui de la plainte.

La troisième affaire s’est produite le 3 mai 2015, allée Vivaldi. Lors d’un contrôle où elle veut s'interposer entre l’un de ses copains et un policier violent, une adolescente de 14 ans dit avoir été poussée à terre à deux reprises, frappée à coups de matraque et aspergée à bout touchant de gaz lacrymogène. Des photos des contusions et blessures ainsi qu'un certificat médical ont été fournis par sa famille. Voici son témoignage. Un policier « me dit de dégager en me traitant de sale pute, et me pousse avec ses deux mains au-dessus du torse, violemment, dans les buissons. Je suis tombée sur les fesses et ma tête a heurté des barrières », se souvient-elle. L’adolescente se relève. « J’étais choquée des faits, et dès que je me suis relevée », le policier « a enchaîné des coups de matraque, uniquement sur ma cuisse gauche, je ne peux pas donner le nombre de coups mais il y en avait beaucoup », dit-elle. L’adolescente est de nouveau poussée et tombe contre un tronc d’arbre. Elle crie sa colère et un autre policier arrive. « Ce policier-là m’a aspergée de gaz lacrymogène à bout portant au niveau de mes yeux, et pendant au moins dix secondes. »

Mais au terme de l’enquête préliminaire, une quarantaine d’autres faits du même ordre, dénoncés par les adolescents et leurs familles, ont été classés sans suite par le parquet, au motif qu’il n'y avait pas assez d'éléments pour caractériser les infractions. En accord avec les familles, les avocats des plaignants, Slim Ben Achour et Félix de Belloy, soutenus par la fondation Open Society, ont donc décidé de demander à la justice de rouvrir le dossier, selon des informations obtenues par Mediapart. Ils vont adresser, ce 12 juillet, un recours contre le classement sans suite de plusieurs faits dénoncés au procureur général de la cour d’appel de Paris, Catherine Champrenault (la supérieure hiérarchique du procureur de Paris, François Molins), en lui demandant de faire engager d’autres poursuites par le parquet.

Outre plusieurs cas de violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique, les avocats visent les délits de discrimination (en raison des contrôles d’identité au faciès subis par les jeunes), d’abus d'autorité, d'arrestation arbitraire, enlèvement, détention illégale et séquestration (en raison des arrestations, transports répétés des adolescents au commissariat et retenues au motif de vérifier leur identité), et d’atteintes et agressions sexuelles (en raison des fouilles sur les parties génitales effectuées sur la voie publique et des fouilles à nu au commissariat).

Les témoignages et les récits circonstanciés des adolescents, que ce soit auprès de leurs éducateurs, de leurs avocats ou devant l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), sont concordants et parfois étayés par d'autres éléments. Ils n'ont toutefois pas pesé assez lourd face aux dénégations des policiers mis en cause.

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