14 Juillet: Emmanuel Macron tourne en rond

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Dans un entretien accordé mardi 14 juillet, le président de la République s’est encore répété, sans offrir le début du commencement d’une quelconque « réinvention ». Il a également défendu son ministre de l’intérieur, accusé de viol, avec lequel il dit entretenir « une relation de confiance d’homme à homme ».

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Il y a quelques jours, Emmanuel Macron avait « failli tout annuler à la dernière minute, de peur que sa prise de parole soit trop superflue », nous apprenait Le Figaro, la veille de l’entretien accordé par le président de la République à Léa Salamé et Gilles Bouleau. Son intervention du 14 Juillet, une première sous ce quinquennat, est venue confirmer cette crainte. Pendant plus d’une heure, le chef de l’État a déroulé le discours qu’il tient depuis plusieurs mois déjà, en conjuguant l’inconjugable : une promesse de « réinvention » sans changement de politique.

Comme il l’avait déjà formulé après la crise des « gilets jaunes », il a répété vouloir « passer davantage par le dialogue social, par l’association des élus » pour mener ses réformes. D’où le remplacement, a-t-il expliqué entre les lignes, d’Édouard Philippe par Jean Castex, jugé capable d’être « plus à l’écoute » que son prédécesseur. Pour sa part, Emmanuel Macron s’est contenté de reconnaître des « maladresses », recyclant le mea culpa qu’il émet, là encore, depuis 2018 : « J’ai sans doute aussi laissé paraître quelque chose que je ne crois pas être profondément », a-t-il dit.

Emmanuel Macron, le 13 juillet. © AFP Emmanuel Macron, le 13 juillet. © AFP

Sans surprise et malgré les évidences, le président de la République a rejeté toute forme de droitisation et défendu « l’équipe de gens compétents » qui entoure son nouveau chef de gouvernement, à commencer par le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, visé par une procédure judiciaire pour viol, harcèlement sexuel et abus de confiance qu’il aurait commis en 2009. « La cause féministe, je la partage », a-t-il assuré, avant de délaisser le terrain politique pour offrir une lecture purement juridique des choses. « Je suis aussi, de là où je me place, le garant de cette présomption d’innocence. »

Évitant de s’exprimer sur les questions éthiques qu’il avait pourtant inscrites dans le marbre de sa « charte des valeurs », le chef de l’État a balayé les mouvements de contestation, en rejetant ce qu’il qualifie de « démocratie d’opinion ». « Moi, vous savez, pour la France, je veux le meilleur de notre pays. Je ne veux pas le pire des sociétés anglo-saxonnes », a-t-il indiqué. Or, comme l’explique Beligh Nabli, maître de conférences HDR en droit public à l’Université Paris-Est Créteil, dans cet entretien accordé à France Culture, « l’exemplarité n’est pas une thématique proprement juridique, c’est une question à la fois d’éthique politique et de confiance démocratique ».

De ce point de vue, il est curieux d’écouter Emmanuel Macron questionner « la crise de confiance » que traverse le pays, sans s’interroger sur les conséquences de l’arrivée de Gérald Darmanin à Beauvau. Coincé par ses propres contradictions, lesquelles en disent long sur ses faiblesses politiques, le président de la République a même cru bon d’ajouter : « J’ai eu une discussion avec lui parce que c’est un responsable politique qui est intelligent, engagé, qui a été aussi blessé par ces attaques. Donc, il y a aussi une relation de confiance d’homme à homme, si je puis dire. »

Dans une syntaxe laborieuse, le chef de l’État a ensuite ressorti ses expressions fétiches  – « nouveau chemin », « j’ai fait ce que j’avais dit que je ferai », « patriotisme républicain » –, ainsi que les totems auxquels il s’accroche, dont la réforme des retraites. « Je crois que cette réforme est juste, a-t-il affirmé. Il faut peut-être lui donner un peu plus de temps. » Emmanuel Macron a également opposé un nouveau refus catégorique à l’idée « absurde » de rétablir l’impôt sur la fortune (ISF) ou de taxer davantage les plus hauts revenus. À peine a-t-il émis l’hypothèse de « décaler un peu » la suppression de la taxe d’habitation pour ces derniers.

14 juillet : Emmanuel Macron répond aux questions de Léa Salamé et de Gilles Bouleau. © Emmanuel Macron

Pour financer un plan de relance « d’au moins » 100 milliards d’euros et éviter « un maximum de plans sociaux », le président de la République entend s’appuyer sur des aides européennes et un endettement. Évoquant des « investissements légitimes » sur lesquels il espère « un retour », il a aussi souligné que la dette liée à la crise sanitaire serait « mise de côté » et amortie sur le « très long terme ». Il « est apparu sans réponses nouvelles, acceptant la baisse des salaires, avec le chantage aux licenciements, si cela s’accompagne d’un “dialogue social” », a déploré le Parti communiste français (PCF).

Souhaitant faire de « notre jeunesse » la « priorité de cette relance », le chef de l’État a notamment proposé un « dispositif exceptionnel d’exonération des charges pour les jeunes », destiné en particulier à favoriser l’embauche de salariés à « faibles qualifications, jusqu’à 1,6 Smic ». « Emploi jeune aidé : bricolage. Rendez-nous les emplois jeunes : 5 ans au SMIC ! », a commenté le chef de file de La France insoumise (LFI) Jean-Luc Mélenchon, sur Twitter. De façon générale, l’entretien d’Emmanuel Macron n’a convaincu aucun responsable de l’opposition.

Le patron des députés Les Républicains (LR) Damien Abad a regretté sur BFMTV qu’il n’y ait « quasiment rien eu […] sur la question de l’autorité de l’État ». Le président de la République ne s’est en effet guère attardé sur les sujets régaliens, qu’il avait déjà abordés lors de sa dernière allocution. « Nous allons tout reprendre et généraliser avant la fin du quinquennat, toutes les caméras piétons qui permettent […] de rétablir la confiance entre la population et la police », a-t-il simplement glissé, évoquant un dispositif dont il avait déjà vanté les mérites pendant sa campagne présidentielle, mais que l’ex-directeur général de la police nationale (DGPN), Éric Morvan, avait jugé inopérant en 2019.

Les Verts ont quant à eux noté l’absence de calendrier et de précisions, notamment budgétaires, sur les promesses du président de la République en matière de transition écologique. « Les mots ne masquent plus l’impuissance et l’inaction politique ! », a écrit l’eurodéputé Yannick Jadot. « Macron croit à “l’écologie du mieux, pas l’écologie du moins”. Pour l’écologie du moins, il en est responsable : moins d’espérance de vie du fait de la pollution. Moins d’emplois locaux et de bien-être du fait du retard dans la transition écologique », a ajouté le secrétaire nationale d’EELV Julien Bayou.

« Depuis le début de son quinquennat, Emmanuel Macron n’a jamais réalisé les rêves d’écologie avec lesquels il tente de nous endormir à chaque discours », a aussi indiqué Jean-François Julliard, le directeur général de Greenpeace France, qui a rappelé l’ensemble des promesses non tenues du chef de l’État pour le climat. Sur ce sujet, ce dernier a de nouveau salué les travaux de la Convention citoyenne et confirmé sa volonté de faire figurer l’impératif de lutte contre le changement climatique dans l’article 1 de la Constitution, en passant « le plus vite possible » par un référendum.

Alors que « l’épidémie repart quand même un peu », Emmanuel Macron a également souhaité « permettre à toute personne sans prescription médicale, même quand elle n’a pas de symptômes, si elle a un doute, une crainte, de pouvoir aller se faire tester ». Lui qui avait indiqué, mi-avril, que tester l’ensemble de la population « n’aurait aucun sens », a donc fait discrètement évoluer son discours. C’est aussi le cas sur la question des masques, dont le port ne servait à rien il y a encore quelques semaines, mais qui deviendra obligatoire « dans tous les lieux publics clos » à compter du 1er août.

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