Les personnels de Sciences-Po réclament la démission des dirigeants

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Réunis ce mercredi en assemblée générale, plus d'une centaine de salariés de Sciences-Po ont voté une résolution demandant la démission de Jean-Claude Casanova et Michel Pébereau. La procédure de passage en force pour imposer leur candidat Hervé Crès à la tête de l’école est pour eux nulle et non avenue.

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Dans le feuilleton qui agite leur école depuis des mois, on ne les avait jusqu’ici pas beaucoup entendus. Les personnels de Sciences-Po, toutes catégories confondues, enseignants chercheurs et personnels administratifs, se sont réunis ce mercredi en assemblée générale pour définir, pour la première fois, une position collective face à la grave crise que traverse l’institution. La récente désignation au forceps d'Hervé Crès pour succéder à Richards Descoings ne passe toujours pas.

À l’issue de cette AG, une résolution a été adoptée à l’unanimité des quelque 120 participants, moins une abstention, pour demander la démission des dirigeants à qui incombe « la responsabilité » des dysfonctionnements de Sciences-Po. Une équipe dirigeante qui a, juge également le texte, « manqué à ses devoirs vis-à-vis de Sciences-Po, à commencer par celui qui consiste à adopter un comportement exemplaire lorsqu’on a l’honneur de présider aux destinées d’une institution qui forme les futures élites économiques, politiques et sociales du pays ». 

Hervé Crès Hervé Crès

Estimant qu’une « nouvelle page de l’histoire de Sciences-Po (devait) s’ouvrir », les personnels de Sciences-Po demandent donc « aux deux présidents, Jean-Claude Casanova et Michel Pébereau, de se retirer tous deux des conseils qu’ils dirigent ». Le texte souligne par ailleurs qu’« on ne peut pas vanter les mérites de l’éthique de responsabilité sans l’appliquer d’abord à soi-même ».

Pour ces personnels, la procédure qui a abouti à imposer leur candidat, Hervé Crès, à la tête de Sciences-Po n’a aucune valeur : « Nous ne nous sentons pas engagés par les décisions du 29 et 30 octobre (date du CA de la Fondation nationale des sciences politiques et du conseil de direction de l’institut d’études politiques) et nous réclamons l’organisation d’une nouvelle procédure. »

« Je suis très contente de ce qui vient de se passer », déclarait à la sortie de l’AG la politologue Nonna Mayer, « on l’attendait depuis longtemps ».  De fait, la très faible réaction des personnels de Sciences-Po aux scandales révélés dans la presse, à commencer par les enquêtes de Mediapart (lire ici notre dossier complet), ne laissait pas d’étonner.

« Beaucoup à l’extérieur ne comprennent pas quelle est notre position », a regretté Ariel Colonomos, chercheur au CERI.  « “On a peur de parler”, on est choqués mais on n’ose pas le dire, ce sont des choses qu’on entendait dans les couloirs. Mais s’il devient courageux de s’exprimer alors on a un vrai problème! » a insisté Karoline Postel-Vinay, directrice de recherche au CER-Sciences-Po, à l’origine avec d’autres salariés de Sciences-Po de l’organisation de l'AG. « C'est quand même dommage que dans une institution comme la nôtre qui étudie toutes sortes de régimes politiques, on assiste à ces réactions qui sont le fondement des régimes autoritaires », a, de son côté, ironisé Ewa Kulesza, directrice exécutive du CERI.

Et à entendre les personnels de Sciences-Po, réunis dans la salle de conférence de la rue Jacob à l’heure de la pause déjeuner, la parole avait en effet bien besoin d’être libérée.

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