Dossier: Sciences-Po, la fuite en avant et les scandales

Les personnels de Sciences-Po réclament la démission des dirigeants

Réunis ce mercredi en assemblée générale, plus d'une centaine de salariés de Sciences-Po ont voté une résolution demandant la démission de Jean-Claude Casanova et Michel Pébereau. La procédure de passage en force pour imposer leur candidat Hervé Crès à la tête de l’école est pour eux nulle et non avenue.

Lucie Delaporte

14 novembre 2012 à 18h05

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Dans le feuilleton qui agite leur école depuis des mois, on ne les avait jusqu’ici pas beaucoup entendus. Les personnels de Sciences-Po, toutes catégories confondues, enseignants chercheurs et personnels administratifs, se sont réunis ce mercredi en assemblée générale pour définir, pour la première fois, une position collective face à la grave crise que traverse l’institution. La récente désignation au forceps d'Hervé Crès pour succéder à Richards Descoings ne passe toujours pas.

À l’issue de cette AG, une résolution a été adoptée à l’unanimité des quelque 120 participants, moins une abstention, pour demander la démission des dirigeants à qui incombe « la responsabilité » des dysfonctionnements de Sciences-Po. Une équipe dirigeante qui a, juge également le texte, « manqué à ses devoirs vis-à-vis de Sciences-Po, à commencer par celui qui consiste à adopter un comportement exemplaire lorsqu’on a l’honneur de présider aux destinées d’une institution qui forme les futures élites économiques, politiques et sociales du pays ». 

Hervé Crès © 

Estimant qu’une « nouvelle page de l’histoire de Sciences-Po (devait) s’ouvrir », les personnels de Sciences-Po demandent donc « aux deux présidents, Jean-Claude Casanova et Michel Pébereau, de se retirer tous deux des conseils qu’ils dirigent ». Le texte souligne par ailleurs qu’« on ne peut pas vanter les mérites de l’éthique de responsabilité sans l’appliquer d’abord à soi-même ».

Pour ces personnels, la procédure qui a abouti à imposer leur candidat, Hervé Crès, à la tête de Sciences-Po n’a aucune valeur : « Nous ne nous sentons pas engagés par les décisions du 29 et 30 octobre (date du CA de la Fondation nationale des sciences politiques et du conseil de direction de l’institut d’études politiques) et nous réclamons l’organisation d’une nouvelle procédure. »

« Je suis très contente de ce qui vient de se passer », déclarait à la sortie de l’AG la politologue Nonna Mayer, « on l’attendait depuis longtemps ».  De fait, la très faible réaction des personnels de Sciences-Po aux scandales révélés dans la presse, à commencer par les enquêtes de Mediapart (lire ici notre dossier complet), ne laissait pas d’étonner.

« Beaucoup à l’extérieur ne comprennent pas quelle est notre position », a regretté Ariel Colonomos, chercheur au CERI.  « “On a peur de parler”, on est choqués mais on n’ose pas le dire, ce sont des choses qu’on entendait dans les couloirs. Mais s’il devient courageux de s’exprimer alors on a un vrai problème! » a insisté Karoline Postel-Vinay, directrice de recherche au CER-Sciences-Po, à l’origine avec d’autres salariés de Sciences-Po de l’organisation de l'AG. « C'est quand même dommage que dans une institution comme la nôtre qui étudie toutes sortes de régimes politiques, on assiste à ces réactions qui sont le fondement des régimes autoritaires », a, de son côté, ironisé Ewa Kulesza, directrice exécutive du CERI.

Et à entendre les personnels de Sciences-Po, réunis dans la salle de conférence de la rue Jacob à l’heure de la pause déjeuner, la parole avait en effet bien besoin d’être libérée.

Monarchie absolue

« Nous assistons à un processus de succession digne de la monarchie absolue », a par exemple lancé l’historienne Claire Andrieu en ouverture des débats, dénonçant aussi le secret et l’opacité qui règnent sur le fonctionnement de l’école. Un autre enseignant s'emporte, lui, contre le « mépris ou la violence institutionnelle » de la direction face aux interrogations légitimes des personnels, toujours restées sans réponse. « Quand on s’aperçoit qu’il y a un trou de 600 000 euros dans la comptabilité de la fondation, qui sont utilisés pour autre chose (la mission lycée confiée à Richard Descoings a été payée par Sciences-Po - ndlr), il faut changer de métier ! » s’est indigné le même enseignant.

« Il est important d’adresser aujourd’hui un message à notre ministère de tutelle qui a eu le courage de demander le report du processus de désignation pour attendre les conclusions de la Cour des comptes », a également plaidé Claire Andrieu. La Cour doit en effet rendre dans quelques jours un rapport très attendu sur la gestion calamiteuse de Sciences-Po ces dernières années. Pour un intervenant, chaudement applaudi, l’adoption de cette résolution vise aussi à « rétablir l’honneur des personnels de Sciences-Po » dont le silence, jusque-là, pouvait valoir consentement.

Le texte de la résolution adoptée est en ligne sur le site pétition publique.

© 

Lucie Delaporte


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