Le Quotidien du médecin censure un livre critique sur les labos

Une publicité pour le livre Médicaments, effets secondaires : la mort, de John Virapen, qui devait passer dans Le Quotidien du médecin, leader de la presse médicale avec un tirage de 70 000 exemplaires, a été censurée au dernier moment par la direction du journal.

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Une publicité pour le livre Médicaments, effets secondaires : la mort, de John Virapen, qui devait passer dans Le Quotidien du médecin, leader de la presse médicale avec un tirage de 70 000 exemplaires, a été littéralement censurée par la direction du journal, révèle Le Figaro. John Virapen a été PDG de la filiale suédoise d’Eli Lilly, l’un des géants de la pharmacie mondiale, firme qui a commercialisé le Prozac. Son livre, édité par Le Cherche Midi, dresse un tableau très sombre des pratiques de l’industrie pharmaceutique, qu’il accuse de corrompre les gouvernements, les parlementaires, les agences de santé, les experts et… les médias médicaux. Bon nombre de ces pratiques ont été mises en évidence par l’affaire Mediator, mais Virapen apporte un éclairage intéressant, au-delà des frontières hexagonales. Plusieurs grands journaux ont publié des critiques de l’ouvrage, qui a été présenté au Grand Journal de Canal +. Mais Le Quotidien du médecin n’y a pas fait la moindre allusion. Le journal médical avait pourtant consacré un dossier entier (plutôt critique), au Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux des professeurs Bernard Debré et Philippe Even (qui a traduit et préfacé le livre de Virapen), également édité par Le Cherche Midi. L’éditeur, regrettant ce silence, a tenté d’y remédier en proposant au Quotidien du médecin de diffuser une publicité pour le livre. Dans un premier temps, cette publicité avait été acceptée, et Le Quotidien du médecin avait même consenti un rabais à l’éditeur, pour un quart de page qui devait paraître le 22 mai. Puis, de manière inattendue, Le Quotidien du médecin a changé d’avis et a décidé de ne pas diffuser la publicité du livre de Virapen. La seule explication donnée au Cherche Midi est un mail, assez sec, de la directrice de la publicité du journal, Sandrine Caporusso, selon lequel « l’annonce n’a pas été validée car cette publication ne correspond pas à notre ligne éditoriale ». Faut-il comprendre que la ligne éditoriale du Quotidien du médecin est incompatible avec la critique des laboratoires pharmaceutiques ? Le journal médical n’avait pas non plus traité le livre d’Irène Frachon qui révélait l’affaire du Mediator. Comme le rappelle Le Figaro, Gérard Kouchner, PDG du groupe qui édite Le Quotidien du médecin, avait été interrogé à ce propos par la mission d’information du Sénat, et avait eu cette réponse : « Nous ne faisons pas dans les chiens écrasés. »