Les preuves de la sauvagerie de proches du Front national

Par et Thierry Vincent

Mediapart s'est procuré neuf vidéos où l'on voit le chef du GUD à Paris, Logan Djian, agresser et violenter l'un des anciens responsables de ce groupuscule extrémiste. Mis en examen pour « violences aggravées », Logan Djian a vu sa détention provisoire levée contre une caution de 25 000 euros. Des enquêteurs s'interrogent sur l'origine de cette somme, qui pourrait être liée à une société créée par Axel Loustau, trésorier du micro-parti de Marine Le Pen, conseiller régional FN et responsable du FN dans les Hauts-de-Seine.

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Ce sont des images qui pourraient être gênantes pour Marine Le Pen. Elles mettent en scène un proche du Front national et du trésorier de son micro-parti, Jeanne : il s'agit de Logan Djian, le chef du GUD à Paris (Groupe Union Défense), un groupuscule d'extrême droite violent. Dans neuf vidéos, que Mediapart s'est procurées, le leader du GUD passe à tabac et humilie, le 9 octobre 2015, avec quatre militants, l'un de ses anciens camarades, qui finira à l'hôpital.

Mis en examen pour « violences aggravées » et placé en détention provisoire, Logan Djian a été libéré le 13 novembre contre le paiement d'une caution de 25 000 euros. D'après nos informations, des enquêteurs s'interrogent sur la provenance de ces fonds, et sur un versement concomitant d'une somme équivalente à la compagne de Logan Djian par la Financière AGOS, une société créée sous le nom de Financière SOGAX par Axel Loustau, le trésorier du micro-parti de Marine Le Pen. M. Loustau affirme n'avoir « strictement rien à voir avec ça ».

Ces neuf vidéos, d'une durée totale de huit minutes, montrent des actes qui pourraient être assimilables à des « traitements inhumains et dégradants » tels que définis par la Convention européennes des droits de l'homme dans son article 3 sur l'« interdiction de la torture ». Une véritable séance d'humiliation, d'une violence inouïe : nous avons choisi de ne diffuser que de très courts extraits de ces scènes, éliminant toutes les images qui sont dégradantes pour la victime (lire la « boîte noire » de cet article).

On y voit un jeune homme habillé BCBG, assis sur son canapé, chez lui. Cinq autres personnes sont présentes mais l'on n'en voit que deux à l'image : Logan Djian, chef du GUD à Paris, et un autre militant du GUD, Kleber Vidal, qui apparaît furtivement mais restera silencieux tout au long de la scène, sans porter de coups. L'homme qui filme est Loïk Le Priol, un militant du GUD lui aussi. Cet ancien militaire, étoile montante de la mouvance, vient de lancer sa ligne de vêtements « identitaires », Babtou solide, qui cartonne à l'extrême droiteLa victime n'est pas un inconnu : il s'agit d'E.K., un ancien chef du GUD passé ensuite au FNJ (Front national de la Jeunesse). 

Les faits ont lieu dans la nuit du 8 et 9 octobre. Il est une heure du matin. Sur les premières images, le groupe apparaît dans la rue et semble « répéter » la scène qui va suivre. « Là, on arrive, donc là grosse mise à l'amende, un peu comme j'avais fait... », dit Logan Djian alors que la vidéo s'interrompt. Dix minutes plus tard, nouvelle vidéo : la bande se trouve au domicile de la victime. Le jeune homme semble dans un état second. Il a passé le début de soirée avec Loïk Le Priol, comme il le dira plus tard dans les vidéos.

Logan Djian assène une première claque à E.K. « On est cinq », le prévient-il. « T'as parlé, faut assumer », accuse-t-il. Il lui propose alors de se lever pour un combat à « un contre un ». L'agressé refuse. Il se prend alors un violent coup qui le propulse par terre :

Document Mediapart

La même accusation revient sans cesse : la victime aurait « trop parlé ». « Tu vas payer pour tout ce que t'as dit », lui lancera notamment Loïk Le Priol. À qui ? À la police ? À d'autres militants d'extrême droite ? Pourquoi ? La vidéo ne permet pas de le dire.

« On va pas te lyncher. À un contre un, toi et moi », le défie Logan Djian. « Mais tu vois bien que t'es dix fois plus costaud que moi », réplique le jeune homme, apeuré. « T'es qu'une merde..., l'insulte l'homme qui filme, Loïk Le Priol. [...] C'est toi l'idole du fascisme ? C'est toi le patron du GUD ? Mais t'es personne regarde-toi !, poursuit Le Priol. Allez lève-toi, assume pour une fois ! Porte tes couilles ! [...] T'es un putain de Français, vas-y assume ! [...] T'oses même pas te lever. [...] Le peu de Français que t'avais en toi tu l'as même pas porté tes couilles. » « Dernière chance de te lever ou bien on te fout à poil », prévient Logan Djian. « Si tu veux faire le canard devant nous, comme le Hammerskin [organisation skinhead néonazie – ndlr] ! », ajoute Le Priol.

Sur les images suivantes, la victime est à terre, Djian la contraint à se déshabiller : « Ou on te tabasse, ou tu le retires », vocifère Djian. « Enlève ton pull pédé », surenchérit Le Priol. L'agressé est alors traîné de force dans sa chambre. « Je t'en supplie », implore-t-il.

À gauche, la victime et Logan Djian. À droite, la victime est emmenée de force dans sa chambre. © Document Mediapart À gauche, la victime et Logan Djian. À droite, la victime est emmenée de force dans sa chambre. © Document Mediapart

Dans l'obscurité, on ne voit rien à l'image mais on entend le son. Djian et Le Priol commencent à le déshabiller de force. « Arrêtez-vous ! », supplie la victime à plusieurs reprises, en gémissant. « Tout se paye. Tout se paye », rétorque Loïk Le Priol. « Arrête de jouer ta pute », « Arrête de jouer ta salope », lui répondent les deux agresseurs. « Magne ta chatte putain, t'attends quoi pour te foutre à poil, dépêche-toi ! », hurle Le Priol. Djian et Le Priol le pressent avec un décompte : « Neuf, huit – dépêche-toi –, sept, six, cinq, quatre, trois, deux, un ... » On entend des bruits de coups. « Tu te mets à poil, tu te dépêches, ordonne Logan Djian. Tu enlèves ta chemise, tu enlèves ton foulard. » « Tu te dépêches ou on te pend avec, espèce d'enculé, on te pend avec ! », rajoute Le Priol, surexcité. Nouveaux bruits de coups. Les insultes grossières fusent : « Magne ta chatte espèce de tarlouze. »

Voici le son de cette scène :

Document Mediapart

Sur la vidéo suivante, la victime apparaît dans le salon, agenouillée, totalement nue, le visage ensanglanté. Logan Djian le menace de faire circuler la vidéo humiliante s'il parle de cette affaire : « Écoute-moi, cette histoire, elle ne reste qu'entre nous, elle ne circulera pas, pas comme les autres [...]. Maintenant, si on a des infos autres que nous qui circulent sur ça, la vidéo va circuler, et évidemment tu sais ce qui va se passer. » « Maintenant, si ça t'a pas servi de leçon, on reviendra », prévient le chef du GUD, en lui assenant un coup de pied au visage et en le traitant de « petite salope ». 

La victime, agenouillée, le visage ensanglanté. © Document Mediapart La victime, agenouillée, le visage ensanglanté. © Document Mediapart

« Tu sais que j'en ai buté plus d'un des mecs là-bas, tu le sais ? », lance Le Priol, ancien militaire. « Le coupe-gorge, ça va très vite, tu le sais ? [...] Lâche mon couteau, sinon je te plie la main », vocifère-t-il en frappant l'ancien chef du GUD, et en le menaçant avec un couteau placé sur sa gorge. « Arrête », implore encore la victime, terrorisée.

La victime à terre, menacée par un couteau. © Document Mediapart La victime à terre, menacée par un couteau. © Document Mediapart

Sur la dernière vidéo, le jeune homme est totalement allongé sur le dos. Les agresseurs le forcent à se lever, et à danser, nu, plusieurs dizaines de secondes, sur l'air de la « Macarena ». « Les petites mains là, bouge-les ! », ordonne Logan Djian. « Que chaque seconde de cette vidéo soit balancée sur YouTube, juste pour le plaisir, le jour où tu parleras », lâche Le Priol. « Sinon, elle reste entre nous. Elle reste que pour moi. C'est Loïk Le Priol qui a cette vidéo. » « Tu bouges bien en plus, comme une petite salope, comme tu es en fait. » La vidéo s'arrête sur ces mots. 

La victime atterrira à l’hôpital, et déposera plainte le lendemain. Ses blessures ont été constatées par les unités médico-judiciaires (UMJ). Dans sa plainte, le jeune homme mentionne cette vidéo, mais les perquisitions n'ont pas permis à la justice de mettre la main dessus.  

Logan Djian et Loïk Le Priol posent avec l'un de leurs camarades. Photo mise en ligne sur le compte Facebook de Logan Djian le 11 septembre 2014. Logan Djian et Loïk Le Priol posent avec l'un de leurs camarades. Photo mise en ligne sur le compte Facebook de Logan Djian le 11 septembre 2014.

Le 14 octobre, des interpellations ont lieu et le parquet de Paris ouvre deux jours plus tard une information judiciaire pour « violences aggravées » avec préméditation, usage d'une arme en réunion, et entraînant une incapacité totale de travail supérieure à huit jours. Parmi les cinq mis en cause, deux sont mis en examen et placés en détention provisoire, comme Marianne l'a révélé : Logan Djian et Loïk Le Priol. Le 3 novembre, un arrêt de la chambre de l'instruction ordonne leur libération en contrepartie du paiement d'une caution de 25 000 euros chacun. Dix jours plus tard, les deux militants sont libres. Mais son contrôle judiciaire interdit à Logan Djian de se rendre en Île-de-France et le contraint de fixer son lieu de résidence à Dijon. 

Contactés, ni la victime, ni Loïk Le Priol, ni Logan Djian n'ont voulu s'exprimer sur cette agression et cette vidéo.

Questions sur le rôle du trésorier du micro-parti de Marine Le Pen

Logan Djian et Loïk Le Priol (assis) le 29 juillet 2014, à Paris. © Compte Facebook de Loïk Le Priol. Logan Djian et Loïk Le Priol (assis) le 29 juillet 2014, à Paris. © Compte Facebook de Loïk Le Priol.
Dans les milieux d'extrême droite, on entend avec insistance que c'est un proche de Marine Le Pen qui aurait avancé les 25 000 euros de caution nécessaires à la libération de Logan Djian : Axel Loustau, le trésorier de son micro-parti Jeanne, conseiller régional FN tout récemment promu secrétaire départemental du FN dans les Hauts-de-Seine. Contacté, M. Loustau affirme n'avoir « strictement rien à voir avec ça » et dénonce « un mélange de mensonges, d’amalgames et d’approximations ».

D'après nos informations, des enquêteurs s'interrogent sur la provenance de ces fonds. Un versement concomitant de 25 000 euros de la société Financière AGOS à Jessica Guillemard, la compagne de Logan Djian, a attiré leur attention. Créée en 2007 par Axel Loustau et sa femme, sous le nom de Financière SOGAX, cette holding familiale a été rebaptisée Financière AGOS en mai 2015. M. Loustau n'apparaît plus dans les statuts depuis le printemps 2015, mais il a conservé officieusement le contrôle de cette structure dont il a confié la présidence à l'une de ses proches. 

Interrogé par Mediapart, Logan Djian n'a pas démenti ces informations, se contentant de préciser que « Loustau n’a plus rien à voir avec ça » puisqu’il n’est plus actionnaire de la Financière AGOS. « Comment savez-vous tout ça ? […] Je ne veux pas parler de ça, je n’ai rien à vous dire », a-t-il répondu avant de raccrocher. Lors de notre second appel, M. Djian s'est fait menaçant : « Votre boulot de mange-merde, de petite salope, on vous répondra pas, OK. […] Tout ce que tu vas sortir, fais bien attention, c'est pas une menace, je t'emmènerai devant les tribunaux. Donc, fais bien attention espèce de petite merde […]. Les putes, je les traite comme des putes », a-t-il prévenu, dans un flot d'insultes. 

Après cette conversation, l'un des auteurs de ces lignes a reçu huit coups de fil anonymes, mêlant mauvaises plaisanteries et menaces, l'un expliquant « on a ton adresse »Sollicitée, sa compagne Jessica Guillemard n'a pas répondu.

Axel Loustau (de dos) avec E.K., la victime (à sa droite) et Logan Djian (devant le cortège du GUD), lors du traditionnel défilé de l'extrême droite radicale, le 13 mai 2012, place de la Concorde, à Paris. © Reflexes Axel Loustau (de dos) avec E.K., la victime (à sa droite) et Logan Djian (devant le cortège du GUD), lors du traditionnel défilé de l'extrême droite radicale, le 13 mai 2012, place de la Concorde, à Paris. © Reflexes

Devenu chef d’entreprise après ses années de militantisme au GUD, Axel Loustau, 45 ans, a créé un groupe de sécurité privée, Vendôme Sécurité, qui embauche des militants de la mouvance d’extrême droite, et travaille – notamment mais pas seulement – pour le Front national. Ces dernières années, son engagement jamais renié au GUD, sa mise en examen dans l’affaire du financement du FN et plusieurs provocations lui ont fait mauvaise publicité (lire ici, , ou encore ). « On est des radicaux, mais on est aussi des hommes d’affaires, vous nous avez fait perdre 40 % de notre chiffre d’affaires », reprochait l’année dernière à Mediapart l’intéressé. Pour éviter que son nom ne nuise à ses affaires, plusieurs sociétés, gérées par des proches ou des membres du réseau des anciens du GUD, ont été créées, notamment Colisée Sécurité, qui a pris le relais de Vendôme Sécurité.

Axel Loustau, tout récemment promu secrétaire départemental du FN dans les Hauts-de-Seine, lors d'une réunion de sa fédération, avec Florian Philippot, le 12 mars 2016. © Compte Twitter d'Axel Loustau Axel Loustau, tout récemment promu secrétaire départemental du FN dans les Hauts-de-Seine, lors d'une réunion de sa fédération, avec Florian Philippot, le 12 mars 2016. © Compte Twitter d'Axel Loustau
Le trésorier du micro-parti de Marine Le Pen assure aujourd'hui avoir « revendu toutes [ses] boîtes pour [se] consacrer à 100 % à la politique ». Il apparaît pourtant encore dans plusieurs sociétés, d’après des documents du tribunal de commerce consultés par Mediapart. Et il entretient encore des liens étroits avec la Financière AGOS.

Créée en 2007, cette holding familiale – acronyme d'Axel (Loustau) et de ses proches  – était domiciliée dans ses bureaux, place Léon-Deubel, dans le XVIe arrondissement de Paris. Au printemps 2015, M. Loustau sort de l'actionnariat de cette société, rebaptisée Financière AGOS, et c'est l’une de ses proches qui en prend la présidence : Emmanuelle Gaillard-Bailet. La jeune femme n’est autre que sa secrétaire, promue responsable administrative de son groupe de sécurité.

C’est d’ailleurs dans les bureaux d’Axel Loustau et de Colisée Sécurité, place Léon-Deubel, que Mediapart a pu la joindre. Questionnée sur le versement de 25 000 euros de sa société Financière AGOS, Emmanuelle Gaillard-Bailet ne dément pas, mais abrège immédiatement la conversation en promettant de nous rappeler. Ce qu’elle ne fera pas malgré notre relance.

Jusqu'à juillet 2014, le commissaire aux comptes d'AGOS était un autre proche de cette galaxie des anciens du GUD : Nicolas Crochet. Cet expert-comptable, proche de Marine Le Pen et lui aussi mis en examen dans l’affaire du financement du FN, est apparu comme commissaire aux comptes de plusieurs sociétés de ce réseau des anciens gudards.

Les liens étroits entre le FN et la « GUD connection »

Entre le GUD et le Front national, les frontières sont poreuses de tout temps. Aujourd'hui encore, plusieurs anciens du GUD entourent Marine Le Pen : Philippe Péninque, son conseiller officieux et ami, qui fut l'un des chefs du groupuscule ; son vieil ami de fac Frédéric Chatillon, leader emblématique du GUD dans les années 1990, devenu le principal prestataire du Front national avec son agence de communication Riwal ; Axel Loustau, qu'elle a propulsé en 2012 trésorier de son micro-parti Jeanne, un poste occupé avant lui par un autre ancien du GUD, Olivier Duguet. Ce groupe possède la haute main sur les finances de son micro-parti, comme Mediapart l'a raconté (ici et).

Certains personnages de cette nébuleuse ont d'ailleurs été candidats du Front national. Aux dernières élections régionales, le trésorier du FN, Wallerand de Saint-Just – qui aurait été proche du GUD « sans y avoir adhéré » – a mené la liste frontiste en Île-de-France. Dans les Hauts-de-Seine, Axel Loustau a été investi en troisième position, puis élu grâce à la démission de la numéro deux de la liste. D'autres proches de ce réseau figuraient sur les listes frontistes : la mère de M. Loustau, candidate dans les Hauts-de-Seine, ou encore la numéro deux dans le Val-de-Marne, Gorete Varandas, dirigeante d'une société domiciliée à la même adresse que le micro-parti Jeanne, et qui apparaît dans l'enquête sur le financement du FN.

Menée par le tandem Axel Loustau-Frédéric Chatillon, la « GUD connection » compte d'anciens militants du groupuscule reconvertis à la tête de PME travaillant en partie pour le Front national. Leur radicalité (lire ici ou ) et leur mise en examen dans l'affaire de financement du FN n'a pas empêché leur ascension. Axel Loustau a pris la tête du collectif patronal du parti et vient d'être promu patron du FN dans les Hauts-de-Seine. L'ancien gudard s'est même récemment vanté dans Le Parisien d’avoir « plus l’oreille [de Marine Le Pen] que d'autres », « pas parce que je suis son pote, mais parce que j'ai une compétence de chef d'entreprise ».

Logan Djian (au centre, crâne rasé) avec Éric Staelens, l'ancien chef du DPS, le service d'ordre du FN, lors d'un hommage de Marine Le Pen et Jean-Marie Le Pen à Jeanne d'Arc, place des Pyramides, à Paris, le 7 janvier 2012. © Mathias Destal Logan Djian (au centre, crâne rasé) avec Éric Staelens, l'ancien chef du DPS, le service d'ordre du FN, lors d'un hommage de Marine Le Pen et Jean-Marie Le Pen à Jeanne d'Arc, place des Pyramides, à Paris, le 7 janvier 2012. © Mathias Destal

Anciennes et nouvelles générations du GUD restent solidaires. Axel Loustau et son ami Frédéric Chatillon ont fait travailler Logan Djian dans leurs sociétés Riwal et le groupe Vendôme Sécurité, prestataires du Front national. Logan Djian apparaît d'ailleurs aux côtés du service d'ordre lors d'un déplacement de Marine Le Pen, le 7 janvier 2012 (photo ci-dessus).

Surnommé le « Duce », le jeune homme affiche un pedigree bien loin de la « dédiabolisation » que défend publiquement Marine Le Pen : crâne rasé, tatouage arborant le blason de la division SS Charlemagne, et un goût pour la bagarre. Gérant du « Crabe-Tambour », un bar associatif du XVe arrondissement où se retrouve la mouvance nationaliste, et fondateur de Securi Shop, une société d'équipement de sécurité, Logan Djian a organisé l'année dernière avec le GUD un congrès nationaliste européen réunissant des mouvements radicaux comme les néonazis grecs d’Aube dorée et les néofascistes italiens de CasaPound.

Logan Djian faisant une quenelle avec Dieudonné. Logan Djian faisant une quenelle avec Dieudonné.

Il est aussi apparu faisant une quenelle avec Dieudonné, ou aux côtés de militants des Jeunesses nationalistes et du groupuscule pétainiste et antisémite l'Œuvre française.

Bruno Gollnisch avec Logan Djian (à sa droite), dans le bar de ce dernier, le Crabe-Tambour, à Paris, le 18 juin 2015. © Capture d'écran Facebook publiée par Marianne. Bruno Gollnisch avec Logan Djian (à sa droite), dans le bar de ce dernier, le Crabe-Tambour, à Paris, le 18 juin 2015. © Capture d'écran Facebook publiée par Marianne.

Logan Djian avec Marion Maréchal-Le Pen, le 5 octobre 2014, en marge d'un rassemblement de la « Manif pour tous ». © Facebook de Logan Djian Logan Djian avec Marion Maréchal-Le Pen, le 5 octobre 2014, en marge d'un rassemblement de la « Manif pour tous ». © Facebook de Logan Djian
Peu de responsables frontistes osent s’afficher publiquement avec Logan Djian, à l’exception de l’eurodéputé Bruno Gollnisch, qui s’est rendu, le 18 juin dernier, à son « apéro-débat » au « Crabe-Tambour », ou de la députée Marion Maréchal-Le Pen, qui posait avec lui lors de la dernière « Manif pour tous », le 5 octobre 2014, alors que le chef du GUD assurait la sécurité dans le cortège.

À Paris, les frontières sont plus floues encore entre le GUD et le Front national de la Jeunesse (FNJ). Il n'est pas rare que de jeunes gudards et de jeunes frontistes se retrouvent dans des bars du XVe arrondissement. Cette porosité s'est affichée au gala des 40 ans du Front national, en décembre 2012. Sur une dizaine de clichés, en possession de Mediapart, de jeunes gudards et frontistes posent ensemble, parfois même avec Marion Maréchal-Le Pen et Julien Rochedy, alors président du FNJ.

Lors du gala des 40 ans du Front national, le 8 décembre 2012, à Paris, de jeunes frontistes posent avec deux militants du GUD. Sur la photo de gauche, on voit Julien Rochedy (portant un nœud papillon) et Marion Maréchal-Le Pen (en haut). © Reflexes Lors du gala des 40 ans du Front national, le 8 décembre 2012, à Paris, de jeunes frontistes posent avec deux militants du GUD. Sur la photo de gauche, on voit Julien Rochedy (portant un nœud papillon) et Marion Maréchal-Le Pen (en haut). © Reflexes

Julien Rochedy ne renie pas cette proximité. « Oui ce sont des amis », nous répond-il quand on l'interroge sur ses liens avec Logan Djian et Loïk Le Priol, en ironisant sur « ces individus, qui, à trois ou quatre en France, menacent gravement et dangereusement la démocratie et la République :-) ». En janvier encore, l'ancien patron du FNJ faisait sur Twitter la publicité de la ligne de vêtements de son « pote » Loïk Le Priol :

Julien Rochedy fréquente aussi les anciens du GUD et s'est associé avec le tandem Loustau-Chatillon, au sein d'une société de communication politique qu'il a créée en janvier 2015 : ASDALL–Ewing Com. Cette toute jeune structure est désormais gérée par Axel Loustau lui-même. « Les actionnaires, ce sont des amis qui ont voulu m’aider au départ, mais finalement, je suis parti sur d’autres projets. J'ai quitté cette société qui n'a eu aucune activité », explique l'ancien président du FNJ. ASDALL est domiciliée à une adresse bien connue de la « GUD connection » : au 34, boulevard Exelmans, dans le XVIe arrondissement de Paris. C’est dans cette société de domiciliation qu'apparaissent Les Presses de France, la nouvelle société d'Axel Loustau prestataire du FN, mais aussi… la Financière AGOS.

Si Marine Le Pen refuse le qualificatif d'« extrême droite » et multiplie, depuis son arrivée à la tête du parti, les exclusions médiatiques de militants jugés trop radicaux – jusqu'à écarter Jean-Marie Le Pen lui-même –, elle continue de tolérer ce réseau des anciens du GUD et de promouvoir l'un de ses animateurs, Axel Loustau. Sollicitée, elle n'a pas répondu à nos questions. Contacté, le trésorier du FN, Wallerand de Saint-Just, assure n'avoir « jamais entendu le nom de Logan Djian ».

Si vous avez des informations à nous communiquer, vous pouvez nous contacter à l’adresse enquete@mediapart.fr. Si vous souhaitez adresser des documents en passant par une plateforme hautement sécurisée, vous pouvez vous connecter au site frenchleaks.fr.

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Mediapart tient à la disposition de la justice ces neuf vidéos, qui constituent un élément de preuve important de l'affaire et éclairent la déposition de la victime. Nous avons estimé qu'un bref extrait et des captures d'écran de ces vidéos devaient être portés à la connaissance du public. L'extrême violence et les sévices que ces documents montrent illustrent ce que peuvent être les méthodes de militants connus d'extrême droite, appartenant à une organisation politique, le GUD, qui a pignon sur rue depuis sa création en 1968. Ces méthodes, comme les propos tenus par les agresseurs, relèvent d'une information d'intérêt public.

Au nom du nécessaire respect de la victime, et de l'intimité de sa vie privée, nous avons décidé de protéger son identité – seules ses initiales et son ancienne fonction au GUD figurent –, ainsi que de flouter son visage.

Sur les huit minutes que comptent ces vidéos, nous ne rendons publique qu'une séquence d'une minute cinquante, montrant le début de l'échange entre la victime et ses agresseurs, ainsi qu'un extrait sonore (nous avons coupé les passages où la victime implore) et quatre captures d'écran sur lesquelles son visage ne peut être identifié. Nous n'avons pas publié le reste des images, qui sont dégradantes et humiliantes pour la victime.

Logan Djian a été joint à trois reprises. Il nous a répondu sur le sujet de sa caution, mais a rétorqué n'avoir « strictement rien à [nous] dire » s'agissant de l'agression et de la vidéo. Son avocat nous a répondu « ne rien avoir à [nous] dire ». Sa compagne Jessica Guillemard n'a pas non plus donné suite à nos sollicitations.

Contacté, E.K., la victime, nous a répondu ne pas vouloir s'exprimer. Sollicités via leurs avocats, Loïk Le Priol et Kleber Vidal n'ont pas souhaité nous répondre. « Je vous avoue être tout aussi abasourdi qu'en colère, a réagi Me Xavier Nogueras, l'avocat de Loïk Le Priol, au sujet de la vidéo. Mon client me demande de recourir à toutes les voies de droit pour poursuivre cette violation, d'autant que cette vidéo n'existe pas en procédure. »

Sollicité à plusieurs reprises, Axel Loustau a refusé notre demande d'entretien et s'est contenté d'un SMS. Nous lui avons envoyé une liste de questions par mail, auxquelles il a répondu en dénonçant des « mensonges » et en menaçant de poursuites judiciaires. Jointe dans les bureaux de la place Léon-Deubel, Emmanuelle Gaillard-Bailet nous a confirmé qu'elle était bien la présidente de la Financière AGOS (ex-Financière SOGAX), et a promis de nous rappeler, sans le faire. Lors de notre second appel, on nous a indiqué qu'il n'y avait « personne à ce nom-là »Contacté, Frédéric Chatillon nous a envoyé une photo de bombe insecticide en réponse.

Nous avons sollicité Marine Le Pen et Marion Maréchal-Le Pen à plusieurs reprises, et nous leur avons envoyé une liste de questions, sans obtenir de réponse.