Au programme (16). L’égalité femmes-hommes, grande absente des débats

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Les propositions des prétendants à l’Élysée sur les droits des femmes ont été largement ignorées. Mais elles illustrent parfaitement le positionnement politique de chacun. Plusieurs candidats ont totalement oublié le sujet.

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Il concerne la moitié de la population. Il est au cœur de la vie quotidienne, au travail, à l’école, dans la rue et même à l’Assemblée nationale. Mais il n’a été abordé dans aucun des débats télévisés : l’égalité femmes-hommes est, encore cette année, peu évoquée par les candidats à l’élection présidentielle, qui comptent seulement deux femmes pour neuf hommes. Leur programme sur les droits des femmes est pourtant un révélateur de leur ADN politique.

Il l’est aussi du machisme encore très prégnant dans les lieux de pouvoir (voir notamment le Machoscope de Mediapart). Trois candidats, Jean Lassalle, François Asselineau et Jacques Cheminade, n’ont même pas pris la peine de préparer un projet dédié. Pire encore : le premier a émaillé sa campagne de remarques sexistes, notamment dans un récent reportage télévisé, et plusieurs témoignages, cités dans la presse, ont évoqué son comportement envers les femmes. Sans que cela ne suscite la moindre polémique. Comme si cela faisait partie d’un certain folklore ou d’une gauloiserie bien française… Nicolas Dupont-Aignan a, de son côté, fait plusieurs déclarations qui ont révolté les associations féministes, notamment quand il a comparé la situation de la France en Europe à une femme battue.

Quant à Marine Le Pen, seule femme candidate avec la représentante de Lutte ouvrière (LO), Nathalie Arthaud, elle a beau se prévaloir sur les plateaux télé être la meilleure défenseure des droits des femmes, son programme prouve le contraire : elle résume le sujet à la lutte contre l’islam. Pour le reste, y compris sur l’égalité salariale, la présidente du Front national ne propose aucune mesure concrète.

Au-delà de ces candidatures indigentes en matière de droits des femmes, les programmes des principaux postulants consacrés aux droits des femmes révèlent leur positionnement politique, entre la gauche, qui prétend conquérir de nouveaux droits ou les consolider, et la droite conservatrice de François Fillon. Emmanuel Macron, lui, emprunte comme souvent une voie médiane : « féministe » revendiqué, son programme reste souvent assez flou.

Seuls deux candidats ont d’ailleurs réagi aux affaires d’élus accusés ou condamnés pour violences sexuelles, notamment celle visant le député de Paris Denis Baupin. Lors d’un débat à la Fondation des femmes, la conseillère de Benoît Hamon, Laura Slimani, a affirmé qu’aucun ministre ne pourrait rester au gouvernement s’il était accusé de faits de harcèlement ou d’agression sexuels – une remarque qui vaut, par exemple, pour le ministre Jean-Michel Baylet. Plus étonnant, Benoît Hamon est le seul, avec François Fillon, à mentionner une mesure précise sur le « sexisme en politique ». Les deux hommes proposent que les élus condamnés pour violences sexuelles soient interdits de se présenter aux élections.

Les « féministes » : la gauche et Emmanuel Macron

Cinq candidats à la présidentielle se sont définis comme « féministes » : Benoît Hamon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Philippe Poutou et Nathalie Arthaud. Mais au-delà du “label”, leurs programmes divergent, notamment sur la question économique et sociale.

Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon présentent des projets proches : lutte contre le sexisme, contre les violences faites aux femmes, éducation à l’égalité, lutte contre la précarité, augmentation des sanctions pour les entreprises en cas de non-respect de l’égalité salariale. Comme souvent, le projet de La France insoumise, détaillé dans un livret thématique, se distingue simplement du programme dédié du député socialiste par une plus grande radicalité. Exemple : les deux candidats proposent un service public de la petite enfance. Mais quand Hamon promet 250 000 places, Mélenchon table sur 500 000. Quand Mélenchon propose la création d’un centre d'IVG dans chaque hôpital pour renforcer l’accès à l’avortement sur l’ensemble du territoire, Hamon demande « davantage de structures ».

Surtout, les deux candidats sont ceux qui, avec les deux représentants de l’extrême gauche, font le plus le lien entre les réformes macroéconomiques et la condition des femmes, premières touchées par la précarité ou la flexibilisation du marché du travail. Pour Hamon et Mélenchon, par exemple, abroger la loi El Khomri est une mesure féministe. Ce n’est donc pas une surprise que leurs projets soient les mieux notés par deux associations féministes, Osez le féminisme et le CNDF, interrogées par Mashable FR (Les Glorieuses, également interrogées, ont adopté un mode de notation très contestable).

Celui d’Emmanuel Macron n’arrive qu’en troisième position dans ce classement : ce n’est pas une surprise. Si le candidat d’En Marche! s’est présenté à plusieurs reprises comme « féministe », notamment lors d’un meeting le 8 mars, ou plus récemment dans une lettre ouverte, et qu’il a promis de faire de l’égalité femmes-hommes une « grande cause nationale », son programme reste souvent flou dans son application précise. Exemple : l’ancien ministre de François Hollande promet un « effort massif de construction de places de crèche », mais ne le chiffre pas. Pour l’égalité salariale, il veut généraliser le principe du name and shame pour les entreprises ne respectant pas la loi, sous la houlette du Défenseur des droits. Mais n’évoque pas de sanctions financières.

Lors d’un débat organisé par la Fondation des femmes, sa représentante, l’élue et militante féministe Marlène Schiappa, a aussi esquivé la question posée à chaque candidat sur la première mesure prise en faveur des droits des femmes en cas d’élection à la présidentielle : elle a répondu en promettant une Assemblée paritaire, comme si En Marche!, qui a engagé un travail interne important pour présenter autant de femmes que d’hommes aux législatives, allait remporter 100 % des sièges. Les associations féministes sont également critiques vis-à-vis de sa volonté d’assouplir le code du travail ou de son projet de supprimer 120 000 fonctionnaires.

À l’extrême gauche, les droits des femmes permettent d’afficher les nuances importantes existant entre Philippe Poutou et Nathalie Arthaud. Tous deux partagent le combat anticapitaliste, essentiel à leurs yeux pour obtenir l’égalité réelle entre femmes et hommes, tant les inégalités de salaires ou la structuration de la famille sont des éléments essentiels de l’organisation historique du capitalisme.

Mais le candidat du NPA propose une série de mesures, quand LO s’en remet aux seules luttes sociales. « L’oppression de la femme prendra fin un jour, mais elle ne pourra être totale qu’avec la disparition de l’exploitation capitaliste, c’est-à-dire l’avènement du socialisme. Et réciproquement », écrit la candidate sur son site. Les deux organisations divergent également sur l’islamophobie : Poutou est ainsi favorable à « l’abrogation des lois discriminant et stigmatisant les femmes musulmanes », notamment sur le port du voile intégral dans l’espace public. Lutte ouvrière, quant à elle, dénonce l’usage du terme « islamophobie ».

LO peut en revanche s’enorgueillir d’avoir présenté une femme à l’élection présidentielle depuis 1974. C’était alors une première, avec Arlette Laguiller, à laquelle Arthaud a succédé en 2012. Le NPA, et la LCR avant lui, n’a jamais présenté que des hommes.

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Pendant les quinze derniers jours de cette drôle de campagne présidentielle de 2017, marquée par les primaires puis les affaires, la rédaction de Mediapart s'intéresse quotidiennement à un ou deux thèmes précis qui lui sont chers, en observant comment ils font (ou non) débat parmi les divers candidats.

J'ai participé à l'animation du débat à Fondation des femmes cité dans l'article.