Mediapart part en campagne pour la liberté et le pluralisme de la presse

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Le pluralisme, principe constitutionnel : se battre à égalité d'armes

Ordinairement de 19,6%, ce taux est, pour la presse, de 2,1%. Tout comme le taux réduit pour le livre, c'est pour la puissance publique une façon de soutenir non pas une industrie, mais un principe : celui de la diffusion la plus large et la plus accessible possibles des informations et des idées. Or ce taux est toujours refusé à la presse payante en ligne, avec constance, malgré les efforts méritoires d'un député UMP, Patrice Martin-Lalande. Et malgré les recommandations, l'an passé, du rapport de Marc Tessier sur La presse au défi du numérique, où l'on pouvait lire notamment ceci : « Le soutien aux offres payantes apparaît un instrument en faveur du pluralisme. Il ne s'agit pas de remettre en cause le modèle de la gratuité mais d'améliorer la diversité de l'offre en soutenant les offres payantes. »

L'allusion au pluralisme n'est pas anodine. Il s'agit en effet d'un «principe de valeur constitutionnelle», fermement rappelé dans des contextes politiques différents par le Conseil constitutionnel. Dans une décision du 11 octobre 1984, le Conseil a en effet considéré que « le pluralisme des quotidiens d'information politique et générale est en lui-même un objectif de valeur constitutionnelle », formule reprise dans une décision du 29 juillet 1986 qui la développe : « Le pluralisme des quotidiens d'information politique et générale est en lui-même un objectif de valeur constitutionnelle : en effet, la libre communication des pensées et des opinions, garantie par l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, ne serait pas effective si le public auquel s'adressent ces quotidiens n'étaient pas à même de disposer d'un nombre suffisant de publications de tendances et de caractères différents. »

Est-il vraiment besoin d'insister pour démontrer que ce pluralisme est aujourd'hui en recul ? Pour la diffusion de sa presse, la France est trente et unième à l'échelle mondiale et douzième en Europe. Avec moins de 160 exemplaires diffusés pour 1000 habitants, elle se classe derrière la Belgique. Elle ne compte plus aucun quotidien payant atteignant ou dépassant le million d'exemplaires diffusés, alors que le Royaume-Uni, de population équivalente, en compte cinq. Loin de marquer un réveil, toutes les manœuvres financières dont elle fait actuellement l'objet vont dans le sens d'une normalisation, éditoriale et économique, dont le journalisme indépendant, de qualité et d'enquête, ne sortira évidemment pas vainqueur. Car cette même presse en crise fait payer les erreurs de ses dirigeants et de ses actionnaires à ses rédactions et à ses lecteurs : elle multiplie les réductions d'effectifs tout en ne cessant d'augmenter son prix, au point d'être la plus chère d'Europe.

Surtout, elle est aussi la plus subventionnée d'Europe. Et c'est là que notre démarche auprès de la CPPAP recouvre un enjeu démocratique qui va bien au-delà du seul sort de Mediapart. Car la presse papier en place, celle-là même qui bénéficie légitimement d'une TVA réduite alors qu'elle est refusée à la presse payante en ligne, reçoit des aides publiques pour le développement de ses services en ligne. Selon les titres, cette année, elles ont parfois atteint le million d'euros. C'est comme si l'argent allait à l'argent, épuisant encore plus le pluralisme. C'est comme si tout était fait pour empêcher l'irruption durable de nouveaux entrants parce qu'ils risquent de bousculer les citadelles installées en revenant aux sources du journalisme grâce à la Toile.

Mediapart mêle passé et futur, invention et fidélité. C'est le laboratoire d'une presse payante, plus que quotidienne, journalière puisque paraissant sept jours sur sept, sur le Net. Et d'un journalisme qui repense et remet en cause sa relation aux lecteurs, lecteurs désormais contributeurs. Nous ne prétendons évidemment pas être le seul modèle. Nous ne démonisons pas indifféremment toutes les formes de gratuité – elle recouvre aussi l'échange et le partage – ou de publicité – elle peut aussi défendre des idées et des causes. Nous demandons seulement que Mediapart puisse se battre à égalité d'armes pour pouvoir relever son défi sans entraves injustes et inégalitaires. A nous ensuite, avec votre aide, de gagner ce pari fou d'un journal libre parce que payant dans le monde de la gratuité marchande, illusoire et trompeuse. A nous tous de prouver la viabilité de ce modèle aussi exigeant qu'enthousiasmant.

Le président mondial de TBWA, Jean-Marie Dru, a théorisé un concept, aujourd'hui enseigné dans les universités : la disruption. Résumé brutalement, c'est ce qui permet d'échapper aux conventions du moment pour atteindre la vision de demain. Oser se battre à contre-courant. Ne pas suivre. Se différencier. Assumer ses audaces. D'ailleurs, Apple doit à TBWA son «think different». En découvrant la campagne de Mediapart, vous comprendrez encore mieux que cette rencontre inattendue et improbable, entre des citoyens journalistes et des citoyens publicitaires, était inévitable. Elle se passe en temps d'anniversaire et de commémoration, tropisme passéiste que n'a guère épousé Mediapart, préférant s'occuper du présent – y compris du présent des acteurs anonymes de 1968. Mais il reste tout de même de la promesse démocratique lancée par les pavés libertaires de Mai, et toujours inaccomplie, ce slogan poétique auquel nous restons intensément fidèles : «Soyons réalistes, demandons l'impossible».

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Nous avons décidé, il y a quelques semaines, que les deux mois d'existence de Mediapart (sans compter la durée de vie de notre pré-site qui nous avait permis, auparavant, d'animer le suspense) seraient ceux de notre véritable lancement public. Deux mois, pour un site qui n'a pas eu une durée infinie de tests, c'est juste le temps des ajustements, des stabilisations, des réglages. Nous nous sommes tournés vers TBWA MAP qui, dans les limites de notre budget initial, nous a conseillé la campagne d'information off et on line que vous découvrirez… dans vos kiosques à journaux dimanche 25 mai. Elle rebondira dans la foulée sur la Toile, de façon aussi inattendue. Jusqu'au dimanche 1er juin, les lecteurs de Mediapart seront informés de chacune de ces étapes et sont évidemment conviés à y participer, à la relayer ou à la commenter. D'ores et déjà, vous pouvez découvrir en parcourant le Club des débats animés entre abonnés sur Mediapart et des éditions participatives consacrées à Mediapart, son avenir, ses usages, ses qualités et ses défauts.