Avoir 20 ans et être pauvre (2/6): «Mon BTS était une voie sans issue»

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Le diplôme permet-il toujours de s'insérer plus facilement sur le marché du travail? Deuxième volet de la série de Mediapart sur les jeunes et la pauvreté à l'occasion du débat parlementaire sur le RSA.

Dessin © Damien MacDonald

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«Savoir, savoir-faire, savoir-être.» Compétences, expérience, traits de caractère. Sur un paperboard déglingué, la formatrice écrit ces mots magiques, censés offrir à la quinzaine de jeunes diplômés présents le sésame vers la connaissance de soi, et donc vers l’emploi.

 

Régulièrement, l’antenne nancéienne de l’Association pour la formation et l’insertion professionnelle des jeunes diplômés (AFIJ) organise de telles sessions gratuites d’une journée, où des Bac + 2, +3, + 5 en recherche d’emploi sont invités à dresser sur une feuille leurs points forts et leurs points faibles.

 

Ensuite, ils seront invités à réécrire leur CV ou à préciser leur recherche. Et peut-être, à se réorienter. A l’AFIJ, les rêves de réussite des anciens brillants étudiants en histoire, en sociologie ou en environnement viennent souvent se fracasser sur le mur de la réalité du marché de l’emploi. Dur. Surtout en Lorraine, où le taux de chômage des jeunes de moins de 25 ans est de 19,5% – à peu près la moyenne nationale, plutôt élevée par rapport à nos voisins européens.

 

Autour de la table, elles ont l’air de s’ennuyer ferme, ces têtes bien pleines. Souvent, ils ont plus de 25 ans et "la chance" d’avoir accès au RMI. C’est le cas d’Hugo Denise, 28 ans, qui cherche quelque chose dans «le transfert de chaleur, la thermodynamique, la mécanique des fluides», mais a traîné en route ces derniers mois, consacrant ses journées au militantisme à la Ligue communiste révolutionnaire. D’Odette Santos, 30 ans, qui a calé en Master II d’ethnographie et enchaîne depuis un an les contrats de surveillante à mi-temps : 500 euros par mois.

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Cette idée d’une série d’articles sur les jeunes pauvres de 18 à 25 ans est née des débats sur le RSA et à la vue des statistiques de l’Insee : plus de 20% de ces jeunes adultes vivent sous le seuil de pauvreté. Or aucun d’entre eux ne pourra toucher la nouvelle allocation complémentaire. Nous avons donc décidé, à travers une galerie de portraits, de présenter des jeunes de divers horizons, confrontés au monde du travail. Bien sûr, les problématiques de l’accès aux études, de leur suivi et de leurs débouchés sont abordées au travers de ces parcours. Mais nous n’avons pas souhaité mettre l’accent sur les étudiants, qui connaissent des difficultés bien spécifiques et mieux connues.