Paris et Rome se déchirent avant les européennes

La rencontre mardi entre le vice-président du Conseil italien Luigi Di Maio et des « gilets jaunes » a viré à la crise diplomatique avec Paris, à l’approche des européennes. Elle a aussi braqué des figures du mouvement social français. Sur le fond, des convergences existent entre les Cinq Étoiles et les gilets jaunes.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Cette fois, Luigi Di Maio est allé plus loin que les petites déclarations assassines vis-à-vis de Paris que le gouvernement italien affectionne depuis plusieurs mois. Le vice-président du Conseil et chef du mouvement contestataire des Cinq Étoiles (M5S) s’est rendu, en personne, en France, mardi 5 février. Non pas pour rencontrer, comme cela se fait habituellement pour un membre de gouvernement, un homologue de l’exécutif français. Mais pour prendre contact avec des « gilets jaunes ». Deux jours plus tard, la réaction est tombée : le Quai d’Orsay a rappelé en France son ambassadeur à Rome pour « des consultations ».

  • Que s’est-il passé mardi ?

Luigi Di Maio était accompagné d’une dizaine de personnes du M5S, parmi lesquelles le parlementaire Alessandro Di Battista et trois députés européens : Piernicola Pedicini, Ignazio Corrao, et Fabio Massimo Castaldo. Ils ont rencontré le gilet jaune Christophe Chalençon et des candidats de la liste Ralliement d’initiative citoyenne (RIC) pour les élections européennes.

Selon des informations recueillies par Mediapart, ils ont discuté ensemble d’environnement et de démocratie directe. Les députés européens du M5S ont notamment parlé du fonctionnement du parlement européen, observant que leurs interlocuteurs français « ne connaissaient pas bien » l’institution. Ils ont également parlé du TAV – la ligne ferroviaire Lyon-Turin - et du Venezuela, deux sujets sensibles entre Paris et Rome.

Les Cinq Étoiles au gouvernement veulent en effet l’arrêt de la construction de la ligne de marchandises dispendieuse et aux effets dévastateurs pour l’environnement. Ils se sont en outre opposés, en début de semaine, à la signature d’une déclaration commune européenne appelant à soutenir le président vénézuélien autoproclamé Juan Guaidó et à l’organisation de nouvelles élections.

« Le vent du changement a traversé les Alpes », a tweeté Luigi Di Maio pendant sa visite en France le 5 février. © Reuters

Avec cette rencontre, le M5S voulait « faire connaissance » et « échanger sur les modalités d’un rapprochement politique » en vue des élections européennes. Mais « c’est aux candidats français de décider », précise-t-on. La tête de liste de RIC Ingrid Levavasseur n’était pas présente.

Dans Le Monde ce vendredi, Luigi Di Maio assume sa démarche : « J’avais été très marqué par le fait de trouver, parmi les revendications du manifeste des gilets jaunes, des thèmes qui désormais dépassent la droite et la gauche et qui mettent au centre le citoyen et ses besoins, dans une attitude post-idéologique. C’est pour cette raison que j’ai voulu rencontrer des représentants des gilets jaunes et de la liste RIC, parce que je ne crois pas que l’avenir de la politique européenne soit dans les partis de droite ou de gauche. »

  • Comment cette initiative est-elle perçue du côté des gilets jaunes ?

Le mouvement n’est en rien structuré en mouvances claires, ou autour de leaders identifiés, comme nous le rappelions il y a deux mois.

Si quelques porte-voix sont devenus des habitués des plateaux et si d’autres relayent ou coordonnent des actions à travers des pages Facebook très suivies, ces figures restent peu consensuelles parmi les groupes locaux qui organisent des actions ou des rassemblements partout sur le territoire. Certains, comme à Commercy, revendiquent même une organisation par la base, qui rejette explicitement toute tête d’affiche.

Ingrid Levavasseur, la tête de liste de RIC, a été vite remarquée après quelques interventions médiatiques pour la clarté et le côté posé de son expression. Beaucoup dans le mouvement le reconnaissent. De là à soutenir son choix de lancer une liste politique, il y a un immense pas, que seul un nombre extrêmement réduit de gilets jaunes est prêt à faire aujourd’hui. Et cette base de soutien déjà faible risque de s’éparpiller autour d’initiatives concurrentes, puisqu’au moins quatre listes différentes ont déjà été annoncées pour les européennes.

Afin de bien marquer leur désaccord avec la rencontre avec le M5S, certains gilets jaunes ont organisé ce vendredi 8 février une action à San Remo, en Italie, à quelques kilomètres de la frontière, pour sensibiliser les médias. Une action « en réponse au premier ministre italien ».

Parmi ces réfractaires, le célèbre administrateur Facebook Maxime Nicolle, alias « Fly rider ». Dans une vidéo, il avertit : « Vous avez rencontré des personnes qui forment un parti politique, mais en aucun cas vous n’avez rencontré des leaders des gilets jaunes, puisqu’il n’existe pas de leader des gilets jaunes. Vous aurez beau essayer de récupérer ou de montrer que le gouvernement italien veut aider, ce n’est pas de cette manière que vous y arriverez. »

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale