Turin, ancien fleuron industriel, rattrapé par la crise

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Traditionnellement plus riches que le Sud, les régions du nord de l'Italie, bassins d'emplois et modèles de politiques sociales, sont aujourd'hui durement frappées par la crise. Exemple à Turin, où l'industrie automobile, maintenue à bout de bras par l’État, ne recrute plus. À l'inverse, temps partiel imposé et chômage poussent les familles dans la spirale de la pauvreté.

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Turin, Italie, envoyée spéciale. Sfratto. C'est un mot qui revient souvent à Turin. Sfratto signifie expulsion : un phénomène très limité il y a encore cinq ans, et qui, ces derniers temps, a pris de court toute une frange de la population turinoise. Angela l'a découvert à ses dépens. Dix-huit ans qu'elle travaillait dans une usine de production de tableaux de bord, ce secteur que l'on appelle ici indotto, le circuit des sous-traitants de l'industrie automobile, employeur n° 1 de la ville. Il y a trois ans, au terme d'un fort ralentissement d'activité, l'usine a été vendue à un entrepreneur italien, qui l'a fermée peu de temps après. Angela s'est d'abord retrouvée au chômage technique pendant un an, puis sans emploi. Avec ses « indemnités de mobilité » de 900 euros par mois limitées à une durée de deux ans et conditionnées à une recherche de travail, cette mère célibataire a rapidement été dans l'incapacité de payer l'appartement qu'elle habitait dans une tour de 22 étages, une de ces constructions réalisées au moment des Jeux olympiques, en 2006. D'autant que le loyer n'avait plus rien à voir avec ce qu'il était au départ : la mairie, pour favoriser l'attribution de ces logements à des foyers modestes, avait subventionné l'investisseur pendant les premières années. Angela payait alors 350 euros par mois. Puis les aides se sont taries, le propriétaire a doublé le montant du loyer. « J'ai fini par recevoir un avis d'expulsion, comme beaucoup d'autres, raconte Angela. La majorité des habitants de l'immeuble sont aujourd'hui menacés d'expulsion. »