Algérie: les sept acteurs clés

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L'élection présidentielle algérienne du jeudi 17 avril paraît jouée. Mais au-delà du quatrième mandat d'Abdelaziz Bouteflika, d'autres acteurs – armée, services, conseillers, concurrents – se retrouvent en un partage complexe du pouvoir et de la rente pétrolière. Présentation des sept acteurs politiques qui comptent aujourd’hui.

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De notre envoyé spécial en Algérie.  La fin du troisième mandat de Bouteflika a été marquée par une aggravation de la guerre interne au sein d'un pouvoir algérien bicéphale, réparti entre les services de renseignement d'une part, et la présidence d'autre part. Cette cohabitation opaque et complexe a fait émerger ces derniers mois dans le débat public plusieurs questions jadis taboues, comme la place de la police politique et celle du fameux général « Toufik », inamovible patron du renseignement (DRS). Passage en revue des sept acteurs politiques qui comptent aujourd’hui en Algérie.

Un local de campagne de Bouteflika à Bab El Oued. Avril 2014 © Pierre Puchot Un local de campagne de Bouteflika à Bab El Oued. Avril 2014 © Pierre Puchot

  • Abdelaziz Bouteflika

Chef de l’État et des armées depuis 1999, Bouteflika côtoie en fait les sommets du pouvoir depuis l’indépendance de l'Algérie, en 1962. Malgré une courte traversée du désert au cœur des années 1980, il est depuis plus d'un demi-siècle l'un des hommes clés du système FLN (Front de libération national), le parti au pouvoir dont il est aujourd’hui président d’honneur. En 1964 déjà, il est ce ministre des affaires étrangères qui vient à Paris pour énoncer le principe politique qui va régir par la suite toute le relation entre l’Algérie et la France : celui des « intérêts bien compris ».

Bouteflika est né le 2 mars 1937 à Oujda, au Maroc. Il rejoint l’armée de libération nationale (ALN) à 19 ans, expérience qui le rapproche du futur chef de l’État, Houari Boumédiène. Dès la fin de la guerre d’indépendance, il est nommé ministre des affaires étrangères. Un poste qu’il occupe pendant 15 ans, jusqu’en 1979, un an après la mort de Boumédiène. Écarté du parti en 1981, il est réintégré au sein du comité central du FLN en 1989. « Actif » et « adroit », c'est ainsi que Valéry Giscard d'Estaing décrit Bouteflika, dans un ouvrage, Le Pouvoir et la vie, paru en 1991.

Adoubé par l’armée pour succéder à Liamine Zeroual, il accède à la présidence en 1999. « Lors de l’élection, on voyait à la télé française des reportages où des jeunes Algériens disaient : "La génération de la guerre, on n'en peut plus », rappelle Malika Rahal, historienne au CNRS. Peu avant le scrutin, survient le fiasco du retrait des autres candidats. Il ne reste alors plus que Bouteflika en lice, qui est justement l’incarnation de la génération de la guerre. Une génération qui s’accroche au pouvoir tant qu’elle peut, sans aucune promesse de changement ou d’ouverture, puisque rien n’a émergé du champ politique depuis. »

Le fait majeur de ses deux premiers mandats fut son approche de la question terroriste, à la fin de la décennie noire. « Il n’y a ni clémence, ni repentir, je suis en train de travailler pour la concorde civile », dit-il à l’antenne de France 3 en 1999. Voté en trois temps, de 1999 à 2006, cet arsenal législatif permet de sortir de la guerre civile en amnistiant les terroristes qui font le choix de quitter le maquis, puis interdit par la loi le fait pour tous les Algériens, et en particulier pour les familles de disparus, de chercher à connaître le sort réservé à leurs proches pendant cette décennie noire qui a fait plus de 100 000 morts.

Second temps fort de la longue présidence Bouteflika : à partir de janvier 2011, le gouvernement distribue massivement les subsides de l’État accumulés grâce à la manne pétrolière, qui permettait à l’Algérie de disposer de 200 milliards de dollars de réserves de devises en 2013. Au printemps 2011, le coût de l’ensemble des mesures annoncées se monte à 30 milliards de dollars. Impossible de quantifier le montant des sommes distribuées depuis, notamment par l’Agence d’aide à l’emploi des jeunes, l’Ansej. Mais c’est assurément l’un des atouts majeurs du président auprès d'une population qu’il a lentement et patiemment « clientélisée ».

Malade depuis un premier accident vasculaire en 2005, Bouteflika songeait à passer la main en mai 2012. Il l’avait confié lors de ce qui reste à ce jour son dernier meeting, tenu à Sétif (300 km à l'est d'Alger). « Notre génération a fait son temps », avait-il affirmé, laissant entendre qu'il fallait laisser la place aux jeunes. Mais les guerres intestines de succession au sein du FLN ont eu raison de sa stratégie première.

Il se représente donc pour un quatrième mandat, alors que son état de santé ne lui permet pas de tenir un seul meeting ni de s’exprimer en public, hormis de rares interventions à la télévision, comme celle du 12 avril, lors de la réception du ministre des affaires étrangères espagnol, au cours de laquelle il a critiqué la campagne « très dure » de son concurrent, Ali Benflis (lire notre reportage, En Algérie, une fin de campagne délétère).

« Pourquoi aurait-il été utile au régime de mettre quelqu’un d’autre ? Il n’y a pas de raison de s’agiter et de créer du changement, explique l’historienne Malika Rahal, parce qu’on est dans une situation de stérilisation du champ politique. Le but est de rester minimaliste et d'éviter tout ce qui pourrait animer la vie politique. La concorde civile pour sortir de la guerre, très bien, mais ensuite, tout faire pour qu’il n’y ait pas de débat, d’échange, de confrontation. Le grand minimalisme politique de Bouteflika convient très bien au pouvoir algérien. »

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