Egypte: les voix confisquées, la parole libérée

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L’annonce, après plusieurs jours de flottement, de la victoire du candidat des Frères musulmans, Mohamed Morsi, à la présidentielle, ne change pas fondamentalement la donne égyptienne. L’incertitude politique et institutionnelle domine, et les voix de l’élection présidentielle risquent d’être confisquées comme l’ont été les suffrages législatifs, avec la dissolution du Parlement. En dépit de cela, l’Egypte post-révolutionnaire est marquée par une intense prise de parole, politique et personnelle, qui bouleverse les habitudes sociales comme les espaces publics. 

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Le candidat des Frères musulmans, Mohamed Morsi, a finalement été déclaré dimanche vainqueur de la présidentielle en Egypte. Selon la commission électorale, Mohamed Morsi a obtenu 13 millions de voix contre plus de 12 millions à son rival Ahmed Chafik, ancien premier ministre de Hosni Moubarak, dans un scrutin marqué par 49 % d'abstention. Des cris de joie ont accompagné cette annonce place Tahrir. Mais cette joie risque d'être de courte durée dans le pays au vu de la situation politique créée par les amendements constitutionnels que vient de prononcer le Conseil suprême des forces armées, qui dirige l’Egypte depuis la chute de Moubarak. Dans la soirée du dimanche 17 juin, au moment même où les bulletins du second tour de la présidentielle commençaient à être dépouillés, le CSFA a en effet bouleversé les équilibres institutionnels et politiques déjà fragiles, pour renforcer son pouvoir face au futur président élu.