Les acquis des révolutions arabes

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Malgré les déceptions des jeunes des révolutions dues à la lenteur des changements, les craintes que suscite chez beaucoup de citoyens et citoyennes la montée des forces de l’islam politique à travers les premières élections libres depuis plus d’un demi-siècle, et les difficultés économiques qui ne sont pas prêtes de disparaître, les révolutions arabes ont généré d’importants changements irréversibles. Un article de Nadia Aissaoui et Ziad Majed.

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Un article de Nadia Aissaoui et Ziad Majed.

Plus de 19 mois déjà se sont écoulés depuis le début de ce que l’on a appelé « le printemps arabe ». Deux présidents sont tombés sous la pression de millions de manifestants pacifiques en Tunisie et en Égypte. Un tyran sanguinaire est renversé après une résistance d’une grande partie de son peuple et une intervention onusienne (dirigée par l’OTAN) en Libye. Un autre régime s’est ouvert à l’opposition et a tourné la page de son président au Yémen, et un régime affaibli se maintient toujours à Bahreïn (soutenu par son voisin saoudien) après avoir étouffé les manifestations et profité des divisions communautaires dans le pays.

A gauche : manifestants à Sarmada en Syrie - A droite : la Liberté guidant le peuple de Delacroix A gauche : manifestants à Sarmada en Syrie - A droite : la Liberté guidant le peuple de Delacroix

À cela s’ajoute des mobilisations populaires au Maroc et des actions sectorielles qui continuent à avoir lieu en Jordanie, en Algérie et plus récemment au Soudan (sans grands changements dans la donne politique pour l’instant). Les revendications se ressemblent : réformes politiques, lutte contre la corruption, respect des libertés publiques, et mesures socio-économiques pour confronter la pauvreté et surtout le chômage.

De plus, des élections libres ont eu lieu pour la première fois dans plusieurs de ces pays, et de nouvelles élites politiques ont émergé et commencé à partager le pouvoir avec une partie des anciennes élites qui ont survécu aux révolutions. Des islamistes, surtout des courants des « frères musulmans », sont arrivés en tête en Tunisie et en Égypte (comme au Maroc). Ils ont par contre été dépassés en Libye par les libéraux, les indépendants et les candidats tribaux, et ils ont fait un mauvais score (même s’ils l’attribuent à la fraude électorale) en Algérie.

Reste la Syrie : une exception dans ce « printemps arabe ». À trois niveaux : sa révolution s'affronte toujours au régime le plus despotique et violent de la région ; son évolution, qui a connu plusieurs phases : le pacifisme, la militarisation défensive et, depuis quelques semaines, la militarisation offensive. Dans les trois phases, l’ampleur de la mobilisation et l’étendue territoriale de la révolution et des confrontations, de même que la durée et le coût humain et économique, sont les plus importants, et les plus élevés comparés aux autres cas. Finalement, c’est la révolution qui suscite le plus de réactions, et montre à quel point, pendant 42 ans, la propagande du régime a affecté la mentalité de certains groupes, amateurs des théories de complots « impérialistes » et peu concernés par les causes de liberté et de justice pour les « citoyens » arabes sous les dictatures.

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Nadia Aissaoui est sociologue, Ziad Majed est enseignant à l’Université Américaine de Paris. Pour Mediapart, ils tiennent chaque semaine une chronique d'un monde arabe en ébullition : les révolutions en cours, les grands débats, les informations passées inaperçues en France, la place des femmes, la place de l'islam, etc. 

Le site de Ziad Majed : www.ziadmajed.net/

Le site de Nadia Aissaoui : www.medwomensfund.org/