Contre la loi sur le travail, étudiants et lycéens répondent présent

Les amendements du gouvernement à la loi sur le travail n’ont pas enrayé la dynamique de mobilisation étudiante ce jeudi 17 mars 2016. Si le nombre de manifestants est moindre que la semaine dernière, la jeunesse s’est plus mobilisée partout en France.

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Ce n’est pas le grand soir, mais le crépuscule est encore possible pour le gouvernement. À l’issue d’une deuxième journée de mobilisation contre la loi sur le travail ce jeudi, la jeunesse reste mobilisée dans la rue. Moins nombreux que la semaine passée, les cortèges organisés partout en France ont toutefois été bien plus majoritairement composés d’étudiants et de lycéens. Pour l’Unef toutefois, la « mobilisation a pris de l'ampleur par rapport au 9 mars ».

Le mouvement étudiant annonce le chiffre de 150 000 “jeunes manifestants”, la mobilisation de 200 lycées (contre 150 la semaine dernière) et un nombre de manifestants dans les cortèges étudiants en progression (« de 5 000 à 12 000 à Rennes, de 5 000 à 10 000 à Lyon, de 4 000 à 6 000 à Toulouse, de 1 500 à 3 000 à Clermont-Ferrand »). Toutes les organisations de jeunesse, étudiantes comme lycéennes ou politiques, disent leur volonté d’amplifier le mouvement. « Le mouvement des jeunes s’organise et va s’inscrire dans la durée », assure par exemple la Fidl dans un communiqué.

Manifestation contre la loi sur le travail, à Paris, le 17 mars 2016 © La Parisienne libérée Manifestation contre la loi sur le travail, à Paris, le 17 mars 2016 © La Parisienne libérée

L'ambiance globalement bon enfant a parfois vu la situation se tendre, et quelques échauffourées survenir entre manifestants “anticapitalistes” et forces de l'ordre, à Paris, comme à l'angle de la rue Saint-Gilles et du boulevard Beaumarchais, au métro Campo-Formio, ou devant le commissariat central du XIIIe arrondissement. Une trentaine de policiers en civil encadrent le cortège des “inorganisés”, mettant puis enlevant leur brassard police au gré des événements, effectuant des contrôles d'identité sur le trottoir, demandant à certains d'éteindre leur joint. D’autres heurts ont émaillé l’après-midi à Rennes ou à Lyon. En fin de journée, après que l’université de Jussieu a été fermée pour empêcher la tenue d’une « assemblée des luttes », plusieurs interpellations ont eu lieu à l’université de Tolbiac (Paris 1), encerclée par les forces de l’ordre.

La plupart des AG estudiantines de Paris comme en régions ont d’ores et déjà appelé à une nouvelle journée de manifestations la semaine prochaine dans toute la France, le 24 mars, date du conseil des ministres où sera déposé le projet de loi. Lycées bloqués en hausse, amphis occupés, et certaines facs fermées pour empêcher que ne se tiennent des coordinations (comme à Jussieu ou Bordeaux), le cocktail est réuni pour que la mobilisation perdure et grossisse jusqu’au 31 mars, vu comme le point d’orgue du mouvement, où se rejoindront salariés grévistes, étudiant et lycéens, à quelques jours de l’examen du texte en commission à l’Assemblée nationale.  

Manifestation contre la loi sur le travail, à Paris le 17 mars 2016 © Rachida El Azzouzi Manifestation contre la loi sur le travail, à Paris le 17 mars 2016 © Rachida El Azzouzi

À Paris 7 Diderot, dans le XIIIe arrondissement, sur environ 150 étudiants participant jeudi matin à une AG, une vingtaine sont intervenus devant leurs camarades, tous appelant à un retrait pur et simple du texte. « Il reste la majorité des trucs pourris dans cette loi », lance Brice, de Solidaires. « Il y a encore du boulot par rapport à ce qui a été négocié par les syndicats jaunes », ajoute-t-il. Un jeune garçon à catogan approuve : « Il n’y a rien à garder dans cette loi. » Éric, de l’Unef, s’en prend quant à lui à la philosophie même du texte – « le postulat de base est faux » – tandis que Jordan, de la même organisation, démonte consciencieusement l’annonce autour de la garantie jeunes.

À entendre la plupart des interventions, la loi El Khomri sert de déclencheur à une colère plus profonde. « Le truc vachement dégueulasse, c’est que cette politique était menée par un gouvernement de droite, et maintenant la gauche la poursuit. Sarkozy n’avait pas osé la faire, cette loi », déclare Pauline, du NPA. Salve d’applaudissements. Idem quand la même se félicite de ce que ce n’est pas simplement la Fage et l’Unef qui se mobilisent, « ce qui change un peu l’ambiance ». « C’est le genre de période où l’on peut discuter de tout ce qui n’est pas discuté habituellement », dit un autre étudiant, non encarté. Ainsi Raoul explique longuement la convention Unedic en cours de négociation, « un truc qui nous concerne puisque la plupart d’entre nous vont passer par la case chômage ».

Quelques enseignants sont aussi présents, comme Christophe, du département d’économie et « accessoirement à Lutte ouvrière », qui plaide pour une amplification du mouvement et donne des conseils pour entraîner le plus de monde possible. Blandine, une hospitalière, est venue là en profitant d’un jour de congé. Elle explique comment elle et ses collègues sont déjà sous le coup de la réforme menée par Martin Hirsch, le patron de l’AP-HP. Surtout, elle rappelle qu’au moment du CPE, en 2006, alors qu’elle se trouvait à Rennes, les premières manifestations dans la ville bretonne réunissaient à peine 20 personnes. « Il a fallu un mois pour que le mouvement grossisse, là, aujourd’hui, les jeunes sont déjà très nombreux à se mobiliser. C’est une première victoire. »

Au bout de deux heures et demie, l’AG prend fin, le gros des participants ayant prévu de partir en cortège de la faculté vers la manifestation à Bastille. Avant cela, le principe d’un blocage de la présidence de la faculté est voté, de même que l’occupation d’un amphi et l’appel à manifester pour le 24 mars.

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