A l'école primaire, «on bricole comme on peut»

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L'école primaire a été particulièrement touchée par les suppressions de postes dans l'Education nationale ces cinq dernières années. Malgré la promesse de Nicolas Sarkozy de sanctuariser le primaire à la rentrée prochaine, selon les syndicats, 1.500 classes devraient fermer. Quatrième volet de notre série : « Les enseignants après 5 ans de sarkozysme », avec ce portrait d'une institutrice dans une école rurale de l'Eure où « jamais on n'a ressenti un tel enjeu pour l'école dans une élection ».

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Cadre bucolique, potager attenant, l'école primaire de Bois-le-Roi, petit hameau de l'Eure, accueille six classes dans des conditions à première vue idéales. Si contrairement à bon nombre d'écoles du premier degré, rurales en particulier, cette école n'a pas été touchée par les récentes vagues de fermetures de classes, c'est uniquement parce que ses effectifs explosent. Ce village, comme ceux alentour, situé en pleine forêt mais à une heure et demie de Paris, est de plus en plus prisé par des jeunes couples qui ne parviennent plus à se loger en Ile-de-France. Ici, le foncier est plus abordable et ils peuvent s'offrir le rêve de la maison individuelle. Les demandes de scolarisation dans cette école en regroupement de communes avec le village voisin n'ont cessé d'augmenter ces dernières années. Résultat, comme les moyens ne suivent pas, l'école déborde…


une institutrice dans l'Eure © Lucie Delaporte une institutrice dans l'Eure © Lucie Delaporte
«On bricole comme on peut !» résume Mélanie Riou, institutrice de 34 ans, originaire de Toulouse. Cela fait trois ans qu'une classe a cours dans un préfabriqué faute de disposer de suffisamment de salles. «C'est du provisoire qui dure», souffle une collègue en salle des profs. Comme le dortoir était devenu trop petit, la salle de motricité a été transformée en dortoir depuis la dernière rentrée. Pour la cantine, idem. La salle des fêtes du village, à quelques rues de l'école, accueille à midi 70 enfants. Un système D qui repose aussi sur l'implication de l'équipe.
«J'ai même eu une classe de 36 élèves !» précise cette institutrice qui sait très bien qu'avec un tel effectif, la qualité de l'enseignement n'est plus garantie. Alors que tous les experts s'accordent à dire que le niveau primaire est fondamental dans la scolarité, la France est l'un des pays qui y investit le moins. A l'arrivée au collège, près de 20 % des élèves ont des difficultés importantes en français et en maths, et pour beaucoup leur destin scolaire est déjà scellé. La situation que décrit aujourd'hui la jeune femme n'a rien d'exceptionnel. D'ailleurs, il y a encore quatre ans, lorsqu'elle travaillait dans une école de deux classes, elle avait déjà écopé d'une classe de 35 élèves de primaire sur trois niveaux. Là encore, difficile de s'occuper convenablement de tous les élèves.

Tout ne résulte d'ailleurs pas du coup de froid budgétaire sur l'éducation depuis 2007, précise néanmoins Mélanie Riou, qui enseigne en primaire depuis plus de dix ans : «C'est aussi le choix politique des communes qui accordent des permis de construire sans toujours regarder si et comment l'école peut suivre. Il n'y a pas d'anticipation, elles font dans l'urgence.» Dans cette petite commune rurale, les besoins qui incombent à l'école sont devenus très importants. « Nous avons pas mal de parents qui travaillent dans la banlieue parisienne. Ils déposent leurs enfants à 7 heures et viennent les chercher à 19 heures.» Assurer convenablement l'encadrement des enfants, dans ce contexte de pénurie, n'est pas toujours évident, admet-elle.

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