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Mediapart lun. 29 août 2016 29/8/2016 Dernière édition

Hollande se craint foutu si les jeunes vont dans la rue

4 mars 2016 | Par Lénaïg Bredoux et Faïza Zerouala

Depuis l’appel à manifester le 9 mars lancé par vingt organisations de jeunesse, le gouvernement redoute des manifestations massives, dix ans après le CPE. « Un mouvement social, des provocations, et un drame… Cela fait sauter un gouvernement », dit un ministre.

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« C’est pour la jeunesse de notre pays que je veux présider la France. » Cette phrase, François Hollande l’a prononcée en janvier 2012, lors de son discours du Bourget. Il promettait alors de faire de la jeunesse la priorité de son quinquennat. Quatre ans plus tard, le président de la République est confronté à l'une de ses pires craintes : un mouvement des étudiants, des lycéens et des jeunes salariés contre le projet de loi de réforme du Code du travail.

De nombreuses organisations de jeunesse, syndicales (CGT Jeunes, Solidaires étudiant-e-s, Unef, UNL, etc.) et politiques (Mouvement des jeunes socialistes, Jeunes communistes, NPA Jeune, Ensemble, etc.) ont appelé à manifester le 9 mars pour demander le retrait du projet de loi, dont la présentation en conseil des ministres a été reportée à la fin mars. Relayé par les animateurs de la pétition en ligne – plus de 950 000 signatures ce vendredi matin –, l'appel est désormais soutenu par plusieurs syndicats de salariés.

Conférence de presse jeune contre la "loi travail" © Diffusion NPA

Les organisations de jeunesse estiment que le texte du gouvernement contribue à les « précariser » davantage. C’est « la goutte d’eau qui fait déborder le vase », répète en boucle William Martinet, le président de l’Unef. Et de citer les promesses non tenues de François Hollande à destination de la jeunesse comme la garantie jeune, prévue pour les moins de 25 ans en dehors des critères du RSA. « Il y a un ras-le-bol de la jeunesse. On s’est fait marcher dessus pendant quatre ans. Mine de rien, on tient notre revanche. Le seul moment où les jeunes peuvent prendre la parole, c’est lorsqu’ils descendent dans la rue. Il ne faut pas laisser passer cette occasion », estime encore le président de l’Unef.

Des assemblées générales sont prévues dans plusieurs universités, notamment à partir du 7 mars, des distributions de tracts sont organisées devant les lycées et la pédagogie sur les réseaux sociaux se poursuit. Mais impossible, à ce stade, de prédire l’ampleur de la mobilisation. Les organisations savent que leur principal défi réside dans leur capacité à traduire dans la rue une mobilisation encore virtuelle. 

De leur côté, François Hollande et son gouvernement jugent que la manifestation du 9 mars devrait rester limitée. « Pour l’instant, les retours ne préfigurent pas une mobilisation extrême dans les universités. D’autant plus que le malaise de la jeunesse, évident, déborde largement les cadres des syndicats étudiants traditionnels », juge un conseiller du gouvernement. Les organisations de jeunesse ont également eu peu de temps pour mobiliser, surtout dans les zones qui sont encore en vacances (l’Île-de-France par exemple). Et contrairement au CPE de 2006 ou au CIP de 1994, la réforme ne compte aucune disposition spécifique pour les jeunes – à part sur l’apprentissage. « Cette fois, c’est un objet plus informe », estime un ministre.

Mais l’exécutif reste méfiant. Il a été totalement pris de court par la viralité de la mobilisation sur Internet. « Quand ils ont lancé leur compte Twitter @loitravail, franchement, c’était 3615 Manuel Valls contre YouTube », se marre le député PS Benoît Hamon. Surtout, ils savent que plusieurs ingrédients sont réunis : un pouvoir impopulaire, une colère de l’électorat de gauche politisé, des conditions de vie qui se dégradent pour les jeunes, un chômage toujours très élevé qui obscurcit leur avenir, et une nouvelle génération qui n’a pas connu les dernières grandes mobilisations de 2006.

« La clef, c’est la CFDT et la jeunesse. Et elle, cela fait dix ans qu’elle n’est pas passée par le rite initiatique d’un grand mouvement social », s’inquiète un ministre. « Il n’y a pas de fébrilité mais cet appel à manifester n’est pas seulement un feu de paille, explique une autre. On ne le prend pas du tout à la légère. » Preuve en est, en début de semaine, un des conseillers de François Hollande, Vincent Feltesse, a appelé plusieurs dirigeants des organisations de jeunesse pour prendre le pouls de la mobilisation à venir, et pour faire le service après-vente de la reprise de la concertation.

Pour n’importe quel gouvernement, un mouvement de la jeunesse ressemble à un cauchemar. Parce qu’il est bien souvent imprévisible, parce qu’il emporte une adhésion forte, touchant les parents et les grands-parents de ceux qui manifestent, et que brutaliser sa jeunesse est toujours une défaite politique. Les socialistes ont en tête la phrase fameuse de François Mitterrand en 1968 : « Si la jeunesse n’a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort. »

Assemblée générale à l'université Rennes 2, en avril 2006 © Reuters Assemblée générale à l'université Rennes 2, en avril 2006 © Reuters

Les organisations de jeunesse le savent pertinemment. « Tout mouvement a vocation à exercer une pression sur le pouvoir. Encore plus à un an de l’élection présidentielle, évidemment. Cela peut changer la donne », explique Samya Mokhtar, pour le syndicat lycéen UNL. L’ancien président du Mouvement des jeunes socialistes (MJS), Thierry Marchal-Beck, se souvient quant à lui avoir été appelé par l’Élysée en pleine affaire Leonarda, du nom de cette jeune fille expulsée vers la Roumanie et à qui le président avait finalement proposé de revenir en France, mais sans sa famille. « C’était la première fois ! Je n’avais pas eu de contact auparavant… Ils voulaient connaître mon ressenti sur l’ampleur de la mobilisation. »

« Un mouvement étudiant ou lycéen, c’est comme le dentifrice. Vous pouvez le faire sortir du tube mais vous ne pouvez plus le faire rentrer », rappelle Gwenegan Bui, suppléant de Marylise Lebranchu à l'Assemblée et ancien dirigeant du MJS. Ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui sont restés marqués par les mouvements de 1986 (contre la loi Devaquet), 1994 (contre le CIP de Balladur), 1995 (contre les projets Juppé), les mouvements lycéens de 1998 et 1999, et par celui contre le CPE, en 2006. Et ils ont en tête le spectre de la catastrophe : la mort, en 1986, de Malik Oussekine. « Un mouvement social, des provocations, des violences, et un drame… Cela fait sauter un gouvernement », résume un ministre. Sans compter que la France est actuellement sous état d’urgence.

« Dans ma formation syndicale, l’histoire de 1986 était structurante, raconte Caroline De Haas, une des initiatrices de la pétition et ancienne dirigeante de l’Unef. Depuis la mort de Malik Oussekine, on savait que la droite avait peur des mouvements de jeunesse. Pendant le CPE, on le sentait. » « Un mouvement de jeunesse sort toujours des cadres, rappelle-t-elle. Il fait irruption sur la scène publique et peut vite devenir un truc pas maîtrisable de leur point de vue. »

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