13. Le FN et l'écologie

Par

Décryptage des propositions en matière d'écologie de Marine Le Pen.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Imprécises et dépourvues du moindre chiffrage, les propositions du Front national sur l'écologie défendent une vision hiérarchique, propriétaire et nationaliste de la nature.

  • Pas d'impôt «écologique»

Le Front national a beau affirmer vouloir placer l’écologie «au cœur du développement», ses propositions sur le sujet sont particulièrement floues. En gros, il s’agit de préserver la nature, tout en soutenant la croissance économique et le plein emploi, en fournissant une énergie «abondante» et en assurant «le confort domestique» et l’accroissement du pouvoir d’achat. Cela ressemble à la quadrature du cercle. Comment ? A quel horizon ? Avec quels investissements ? Rien n’est précisé.

Ainsi, le FN assure vouloir «produire au plus près, retraiter sur place» et valoriser le «achetons français», en instaurant des droits de douane ou de contingentements en fonction du niveau de protection sociale des pays exportateurs et selon la qualité écologique et de sécurité de leur production. Sur quels produits ? A quel niveau ? Pour quel usage des recettes ? Avec quel plafond pour éviter que les prix de vente ne s’envolent ? C’est le grand brouillard. Et une grosse contradiction avec l'intention affichée de ne pas créer d'impôt «écologique».

  • Le flou total

Autre exemple, il faut assurer l’indépendance effective de l’agence française de sécurité sanitaire des aliments pour éliminer les conflits d’intérêt. Comment ? Aucune piste n’est donnée. Sur les énergies renouvelables, «l’objectif est de couvrir à terme 10 à 15% de nos besoins énergétiques». Sauf que l’hydraulique, l’éolien, le photovoltaïque et la biomasse représentaient déjà 12,9% de la consommation finale d’énergie en 2010. Et que la loi fixe comme objectif de parvenir à 23% de la production énergétique totale en 2020. Pourquoi réduire ce seuil, alors que le programme affirme l’importance du «souci écologique» ? Aucune explication n'est fournie.

  • Nucléaire: ni date, ni stratégie de sortie

Le programme est tout aussi myope sur le nucléaire : il faut le conserver «à moyen terme». Jusqu’à quand ? Mystère… mais comme le risque ne peut «pas être réduit à zéro», «à long terme, il est souhaitable de pouvoir sortir du nucléaire». Mais pas de date non plus, ni de stratégie de sortie. Ni de justification sérieuse car, si le souci du risque prime, pourquoi, alors, ne pas tout arrêter tout de suite ? Rien non plus sur les sources alternatives d’énergie qu’ils souhaitent mettre en place. Comme le FN semble vouloir plafonner les renouvelables, la logique serait qu’il ouvre de nouvelles centrales thermiques (au gaz ? au fioul ? les deux ?). Ce qui contredit leur volonté affichée de lutter contre le changement climatique.

Dans ce flou généralisé, on voit mal la rupture que le FN pourrait représenter par rapport à la politique menée par Nicolas Sarkozy en matière de politiques écologique et énergétique. Certes, il critique l’abandon des territoires ruraux par l’Etat, défend le rail contre le tout poids lourds et veut adapter le tracé des lignes à grande vitesse aux besoins locaux. Mais sans chiffrage ni mesures précises, ce ne sont que des intentions généralistes à peu de frais et sans crédibilité.

  • Une vision du monde très classique

Car le vernis environnemental du FN habille en réalité une vision du monde très classique de l’extrême droite. La défense de la nature est prônée comme un bouclier contre les migrations et le mondialisme. Dans son programme, l’écologie est pensée comme une frontière contre les dangers extérieurs. La nature française doit être préservée au nom de la défense de «l’identité nationale». Le choix des mots est important. Le FN ne parle pas de «biodiversité», ou «de préservation des espèces» mais de «respect des lois de la nature». Transparaît ainsi une vision disciplinaire, hiérarchique de l’environnement. C’est aussi un rapport patrimonial à la nature : il faut la protéger car c’est le legs que «nous allons laisser à nos enfants». Et une conception propriétaire: on la sauve pour protéger les intérêts de notre lignée. De la même manière, aucun impôt écologique ne doit être toléré. Les individus doivent être responsabilisés. La décroissance est rejetée. 

La défense des droits des animaux, notamment leur protection contre la souffrance infligée par leurs conditions d’élevage, d’abattage et les abandons d’animaux de compagnie, s’étend sur tout un paragraphe. Alors que pas une ligne n’est consacrée aux habitants des taudis victimes de pollution intérieure – les cancers d’origine environnementale sont simplement évoqués, sans diagnostic ni mesure préconisée.

Enfin, en matière d’urbanisme, le FN propose de détruire «les cités construites dans les années 1960 les plus vétustes» et de les remplacer par «un habitat de taille et d’esthétique traditionnelle». Des masures aux toits de chaume et des maisons à colombage à la place des barres de la Cité des 4000 ? Bref, sous l’apparent renouvellement de son discours – on se souvient des déclarations de Jean-Marie Le Pen niant l’origine anthropique du changement climatique –, le Front national livre, à travers l’écologie, une vision hiérarchique, propriétaire et nationaliste du monde. 

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale