Argent du FN: les hommes de la filière russe

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Deux « filières » distinctes au Front national

  • Jean-Luc Schaffhauser, eurodéputé, intermédiaire : le négociateur du prêt

Jean-Luc Schaffhauser. © Capture de vidéo. Jean-Luc Schaffhauser. © Capture de vidéo.
Chauprade, Schaffhauser : deux « filières » distinctes, comme ils l’ont eux-mêmes indiqué ici et là. Le second est un ancien centriste qui n'a pas sa carte au Front national. C'est pourtant lui qui a permis au FN d'obtenir un prêt de 9 millions d'euros. Investi tête de liste à Strasbourg aux municipales de mars, puis 3e sur la liste aux européennes en Ile-de-France en mai, Jean-Luc Schaffhauser n'avait pas vocation à devenir « un homme public », dit-il à Mediapart.

Ce discret consultant international se définit comme « l'homme de certaines missions ». Il est spécialiste de « l’implantation de sociétés à l’étranger et dans la recherche de financement pour sociétés », d'après sa déclaration d'intérêts de parlementaire. C'est cette déclaration que le parlement européen a décidé d'examiner, puisque l'eurodéputé n'y a pas fait figurer la commission de 140 000 euros qu'il a reçue en septembre pour son rôle d'intermédiaire dans le prêt.

Proche de l'Opus Dei, M. Schaffhauser a œuvré pour le rapprochement entre le Vatican, la Russie et l'Église orthodoxe, à partir de 1991, « à la demande de Rocco Buttiglione », ami de Jean-Paul II. Il affirme que c'est l'économiste russophile Jacques Sapir qui « (l'a) beaucoup aidé dans (ses) premiers contacts en Russie, liés au système militaro-industriel, au milieu des années 1990 ».

Dans les années 2000, il a travaillé pour Total, Auchan puis Dassault « jusqu'en 2007 ». Il a notamment « représenté Dassault dans le lobbying en Pologne en 1999-2000, d'abord sur les Falcone. Les Russes nous aidaient pour que les Français l'emportent plutôt que les Américains », raconte-t-il. Il souhaite aujourd'hui mettre sur pied une fondation – « Multipolar World » –, axée vers la Russie, et qui s'appuiera sur l'Académie européenne qu'il a créée en 1995.

  • Alexander Babakov, conseiller de Poutine : l'homme qui a ouvert les portes

Dmitri Rogozin, ancien leader de Rodina devenu vice-premier ministre, et Alexander Babakov, en 2004. © Reuters Dmitri Rogozin, ancien leader de Rodina devenu vice-premier ministre, et Alexander Babakov, en 2004. © Reuters
Ancien responsable du parti nationaliste Rodina, dont il fut longtemps le principal financier, Alexander Babakov a depuis rejoint le parti Russie unie, celui de Vladimir Poutine, et il est devenu son conseiller en charge de la coopération avec les organisations russes à l’étranger.

Placé sur la liste des sanctions européennes depuis cet été, il est le contact central de Jean-Luc Schaffhauser, qu'il a rencontré au milieu des années 2000, « par le biais de l’Église orthodoxe », explique à Mediapart l'eurodéputé frontiste. M. Babakov aurait été présenté par Schaffhauser à Marine Le Pen lors d’un voyage resté confidentiel en Russie, en février 2014.

Comme Mediapart l’a raconté, le nationaliste Babakov est à la tête d’un patrimoine immobilier caché en France. Patrimoine estimé à plus de 11 millions d'euros, alors qu’en Russie, il se présente comme l’un des députés de la Douma les moins fortunés. Il a par ailleurs usé de l’influence de ses réseaux sur différents partis politiques de plusieurs pays européens de l’Est pour contribuer à la constitution d’un groupe au parlement européen.

  • Sergueï Narychkine et Dmitri Rogozine : les hiérarques qui soutiennent Le Pen

Sergueï Narychkine, le président de la Douma. © Reuters Sergueï Narychkine, le président de la Douma. © Reuters
À Moscou, deux figures du pouvoir russe ont déroulé le tapis rouge à Marine Le Pen lors de ses venues : le président de la Douma Sergueï Narychkine, un très proche de Poutine, qu'il a connu au KGB ; et le vice-premier ministre Dmitri Rogozine, ancien leader du parti nationaliste Rodina.

D'après le Temps, Sergueï Narychkine s’occuperait « de tisser des liens avec des mouvements politiques européens hostiles à Bruxelles ». À chacune des visites de la présidente du FN, en juin 2013 et en avril 2014, il la complimente, estimant qu'elle est « bien connue en Russie » et « une personnalité politique respectée », ou soulignant qu'ils ont « beaucoup en commun dans nos positions sur la manière de régler la crise » en Ukraine. Il va jusqu'à la féliciter pour le score du FN aux municipales, un « tournant dans la vie de la France ».

Marine Le Pen et Dmitry Rogozin, en juin 2013, à Moscou. Marine Le Pen et Dmitry Rogozin, en juin 2013, à Moscou.
Quant à Rogozine, dont Jean-Marie Le Pen affirme qu'il devait le rencontrer « à Bruxelles », il n’a pas caché son soutien à Marine Le Pen. En mai 2012, il l’avait déjà félicitée sur Twitter, « en signe de reconnaissance », « pour son brillant résultat aux élections présidentielles en France ».

  • Vladimir Poutine, président russe : chasseur de têtes en Europe

Marine Le Pen a affirmé dimanche sur BFMTV qu'elle n'avait « jamais » rencontré le président russe. Pourtant, Aymeric Chauprade a lui évoqué la possibilité d'une « rencontre non officielle ». C'est aussi ce qu'ont affirmé deux autres responsables frontistes à Mediapart.

Vladimir Poutine miserait, selon plusieurs connaisseurs de la Russie, sur une ascension du Front national. La présence d'une délégation russe, et du vice-président de la Douma Andrei Isaiev, membre du parti de Poutine, au récent congrès du parti d'extrême droite à Lyon vient confirmer cette thèse.

Vladimir Poutine. © Reuters Vladimir Poutine. © Reuters
Selon The Independent, le président russe aurait planifié une « opération fric et séduction » envers les partis « anti-système ». Et ce dans l'objectif de fragiliser le front diplomatique auquel il fait face dans la crise ukrainienne. Au-delà de la France, d'autres formations « europhobes » sont soupçonnées d'avoir eu recours à des prêts en Russie. Comme l'a détaillé Mediapart, plusieurs eurodéputés font même l'objet de procédures, accusés, dans leur pays d'origine, d'être des agents du régime de Vladimir Poutine au parlement européen.

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Mise à jour:

Cet article a été actualisé lundi 8 décembre à 22h30, avec les lettres de refus de cinq banques françaises, rendues publiques par Marine Le Pen.

Cet article a été actualisé une seconde fois jeudi 11 décembre. Nous avions relevé que la demande du FN au Crédit Agricole, du 9 juillet 2013, était postérieure au refus de la banque, daté du 4 juillet. Le FN avait en réalité envoyé une première lettre au siège du Crédit Agricole, datée du 27 juin 2013, mais que Le Figaro et BFMTV n'avaient pas publié (puisqu'ils n'ont pas publié la totalité des lettres du FN aux banques).