Paul Gauguin l’anticolonialiste

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C’est un livre qui ressemble à son sujet. Il échappe à tous les poncifs. Gauguin aux Marquises de Laure Dominique Agniel nous raconte un artiste incontournable, qui brûle ses derniers jours dans un chapelet d’îles aujourd’hui à la mode. Il en ressort le portrait brut et parfois brutal d’une force de la nature, d’une époque, et d’un peuple piétiné par la colonisation.

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Laure Dominique Agniel a longtemps été journaliste, et cela se lit dans le ton de son récit. Non pas que le style sacrifie au parti pris du sujet-verbe-complément, il est dense au contraire et jamais boursouflé, mais son approche est celle du reportage. Elle fait revivre un homme, une société, une époque, une planète, et des rapports de force qui résonnent au présent, quasiment dans l’actualité. Il y a dans son Gauguin des impatiences, des emportements, des exaltations, des désespoirs, des échecs, et des révoltes éternelles. Avec cette chronique d’une existence parfois chaotique, tout entière vouée à la peinture mais qui s’achève dans un combat social perdu, Laure Dominique Agniel évite les travers qui pouvaient guetter son sujet : l’hagiographie d’un génie, et la peinture couleur locale des îles Marquises devenues, depuis Jacques Brel, le mythe incontournable des envies d’évasion.