Le «vote bloqué», une punition de Claude Guéant, encore lui!

Par
Pour la première fois depuis longtemps, le gouvernement a imposé au Sénat la procédure du «vote bloqué», pour précipiter l'adoption de la réforme des retraites. Sous l'injonction de Claude Guéant, un secrétaire général de l'Elysée décidément partout.
Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Début octobre, Gérard Larcher, président du Sénat, avait juré aux Français, à propos de la réforme des retraites: «Nous irons au bout des débats.» Interrogé sur l'éventualité que la majorité, sous sa présidence, recoure au «vote bloqué» (qui permet de précipiter l'adoption d'un texte en amputant les discussions), l'ancien ministre du travail avait balayé: «Je n'ai jamais souhaité utiliser ce type de procédure, ce n'est pas mon style!» Le voilà humilié, sa parole bafouée.

Car jeudi 21 octobre, Gérard Larcher, numéro 2 de l'Etat français, a dû se plier aux injonctions du secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, qui a publiquement sommé le Sénat de passer à l'acte (c'est-à-dire au vote final), dans une interview au karcher accordée à Valeurs actuelles, où s'étale son prurit autoritaire.

Dans l'hémicycle, l'ordre express de Claude Guéant a été exécuté par Eric Woerth, le ministre du travail, qui a dégainé au nom du gouvernement l'article 44.3 de la Constitution (le fameux «vote bloqué»), interdisant tout débat amendement par amendement (alors que 254 restaient à examiner). L'opposition pouvait les présenter au micro, mais aucune discussion ni scrutin n'était plus autorisé. Seul un «vote unique», portant sur l'ensemble du projet de loi, doit encore intervenir, sans doute vendredi...

Dans son entretien à Valeurs actuelles, Claude Guéant, se permet en plus de faire la leçon aux sénateurs UMP, en leur expliquant qu'ils sont aujourd'hui punis pour l'impertinence qu'ils ont manifestée hier, lors de la réforme des institutions de 2008 (tant chérie par Nicolas Sarkozy). Contrairement à l'Assemblée nationale, la droite sénatoriale avait à l'époque refusé d'instaurer sous son toit le «temps programmé» (ou «temps guillotine»), cette procédure qui prétend lutter contre l'obstruction en plafonnant strictement, à l'avance, le temps de parole des groupes politiques. Gérard Larcher l'avait jugée contraire à l'esprit de dialogue «maison».

Mal lui en a pris. «Les sénateurs n'ont pas voulu du temps programmé adopté par les députés, ce qui (correspondait) bien à la réforme constitutionnelle, (...) laquelle donne plus de pouvoirs au Parlement dès lors que celui-ci ne se perd plus en manœuvres dilatoires», le tance aujourd'hui Claude Guéant. Voici donc venu le temps des représailles!

En fait, si l'on comprend bien, la gouvernance de Nicolas Sarkozy et de son «vice-président», c'est œil pour œil, dent pour dent. Et la République au beurre noir.

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale