Elections régionales et départementales 2021

Abstention, alternances, leadership à gauche : les enjeux du second tour

La plupart des régions et départements français devraient vivre un second tour marqué par l’abstention et la réélection des sortants. À 17 heures, la participation était très faible, à 27,89 % des inscrits. Un regard particulier sera porté sur la Bretagne, Provence-Alpes-Côte d’Azur et les Pays de la Loire, où l’issue du scrutin est incertaine. 

Cet article est en accès libre.

Pour soutenir Mediapart je m’abonne

PDF

Dimanche 20 juin, un électeur sur trois seulement s’est déplacé pour voter aux élections départementales et régionales. C’est la première leçon du premier tour, également marqué par la claque du RN, la défaite de LREM, le maintien des sortants LR et PS, et quelques progrès de l’écologie. Revue des enjeux du second tour, dimanche 27 juin. 

L’abstention au centre de l’attention

L’abstention a atteint un niveau historique lors du premier tour. Au second, à 17 heures, le taux de participation enregistré était de 27,89 % – soit une très légère hausse par rapport au dimanche précédent. À titre de comparaison, la participation s’établissait à la même heure à 43,47 % au second tour des régionales de 2015, et à 41,92 % pour les départementales, selon des chiffres communiqués par le ministère de l’intérieur.

Lors du premier tour, les enquêtes réalisées le jour du vote ont confirmé son caractère socialement différencié, ainsi que le développent les politistes Tristan Haute dans cet article pour The Conversation, ou Antoine Bristielle et Tristan Guerra pour la Fondation Jean-Jaurès. Mais c’est surtout l’âge qui apparaît comme la variable la plus discriminante, ainsi que l’explique Anne Jadot dans son entretien à Mediapart.  

A priori, la participation devrait rester à un niveau bas pour ce second tour. Cela dit, les effectifs des votants étaient si faibles que des mouvements même modestes de remobilisation ou de démobilisation peuvent faire varier les rapports de force enregistrés dimanche dernier. C’est ce qu’espèrent tous les challengers, notamment les écologistes et le Rassemblement national (RN). En nombre de voix, les résultats de dimanche seront l’occasion de voir si les appels culpabilisants des têtes de listes de ce parti, et de sa cheffe Marine Le Pen, ont eu un effet.

Le concours d’idées en tout genre a déjà commencé pour savoir comment favoriser la participation, et éviter de telles désertions civiques aux scrutins intermédiaires, auxquels il faut désormais ajouter les élections législatives. Emmanuel Macron a déjà fait savoir qu’il entendait répondre à l’« alerte démocratique » qui a sonné le 20 juin. Des idées comme le vote en ligne ou le vote obligatoire s’en remettent à des remèdes technologiques ou à une logique de coercition qui ne vont pas dans le sens de la confiance à restaurer envers le système représentatif, et ratent l’essentiel de la désaffection à l’œuvre.

© Thomas Coex / AFP

Comme le rappelle Anne Jadot, « pour tout un pan des abstentionnistes, en difficulté sociale et économique, les préoccupations les plus urgentes ne portent tout simplement pas sur la politique, qui n’est plus vue comme une réponse à leurs problèmes ». D’autres préconisations sont déjà connues depuis des années. Céline Braconnier en rappelle quelques-unes dans une récente tribune au Monde, comme la suppression de l’inscription préalable à l’exercice du droit de vote ou l’introduction du vote par correspondance. Bristielle et Guerra suggèrent, pour leur part, une réforme du calendrier électoral, du mode de scrutin, un accroissement des compétences accordées aux collectivités ou encore davantage de mécanismes de contrôle sur les élus. 

À gauche, plus à gagner qu’à perdre

Des certitudes et quelques suspenses. La gauche et les écologistes abordent le deuxième volet des régionales en (relative) confiance. En Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie, les présidents socialistes sortants Alain Rousset et Carole Delga devraient rempiler à la tête de leur région. Tous deux se sont payé le luxe de se passer d'accords de second tour avec Europe Écologie-Les Verts (EELV) et La France insoumise (LFI).

Dans les autres régions où la gauche a des chances de battre la droite, les choses sont moins évidentes. On s’attend ainsi à un second tour serré en Centre-Val de Loire, où l’alliance entre EELV, le PS et LFI devrait permettre au sortant, François Bonneau (PS), de distancer ses adversaires dans une quadrangulaire. Scénario similaire pour Marie-Guite Dufay en Bourgogne-Franche-Comté : la socialiste sortante a fusionné avec sa concurrente écologiste entre les deux tours pour tenter de creuser l’écart avec ses concurrents, dont Julien Odoul (RN).

En Bretagne, pas moins de cinq listes s’affronteront. Une quinquangulaire qui pourrait affaiblir le socialiste sortant, Loïg Chesnais-Girard. Le candidat PS, qui a refusé une fusion avec la liste EELV, risque désormais d’être l’arroseur arrosé : Claire Desmares-Poirrier, candidate des Verts éconduite, s’est maintenue au second tour et pourrait bénéficier d’une dynamique favorable. Jusqu’à battre le socialiste sortant ?

Deux autres écologistes rêvent également de la victoire : après avoir fait l’union de toute la gauche derrière lui après le premier tour, Matthieu Orphelin peut espérer l’emporter dans les Pays de la Loire, face à trois listes de droite, dont celle la présidente de région sortante Les Républicains, Christelle Morançais.

Enfin, en Île-de-France, le secrétaire national d’EELV, Julien Bayou, compte sur la réunification des trois listes de gauche pour mobiliser les abstentionnistes au second tour et faire mentir les bons sondages de Valérie Pécresse, qui reste favorite.

Aux départementales, en revanche, où les duels entre la gauche traditionnelle et la droite traditionnelle sont majoritaires, le statu quo devrait prédominer. La gauche est toutefois sous la menace d’une défaite dans deux de ses bastions franciliens, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne – dernier département à direction communiste de France. À l’inverse, la gauche unie espère faire basculer les Côtes-d’Armor et, dans une moindre mesure, la Charente et la Seine-Maritime.  

Quelle influence du scrutin sur le leadership à gauche ?

Dans quelle mesure ces élections régionales et départementales modèleront-elles le scénario qui va s’écrire à gauche pour 2022 ? Il sera sans doute difficile de faire des plans sur la comète à partir de résultats de dimanche. Non seulement l’abstention massive en fait un scrutin peu représentatif des rapports de force pour une présidentielle où la participation devrait être plus importante, mais les résultats risquent de livrer des enseignements contradictoires concernant deux questions majeures posées à la gauche : le périmètre de l’union et le leadership en son sein. 

Alors que le PS et les Verts examinent l’éventualité d’une candidature commune, les régionales et les départementales permettront-elles de trancher pour savoir qui, d’Anne Hidalgo – pour l’instant seule candidate socialiste crédible – ou du vainqueur de la primaire des écologistes (organisée en septembre prochain), sera le ou la mieux à même de mener l’attelage sur le chemin escarpé de la route vers l’Élysée ? Rien n’est moins sûr.

D’un côté, les socialistes, qui devraient triompher, seuls, en Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine, y verront la preuve qu’ils sont encore la force hégémonique à gauche. De l’autre, les Verts pourront faire valoir qu’ils sont les seuls à pouvoir incarner le dénominateur commun entre les différentes forces : en Île-de-France, dans les Pays de la Loire ou encore dans les Hauts-de-France au premier tour, c’est ainsi autour des candidats écologistes que les frères ennemis du PS et de La France insoumise ont accepté de faire cause commune. 

Par ailleurs, en Bretagne, une victoire de la candidate EELV contre le PS sortant viendrait conforter l’hypothèse selon laquelle l’écologie est apte à « remplacer » une social-démocratie en souffrance, comme l’écologiste Léonore Moncond’huy en fit la démonstration aux municipales l’an dernier à Poitiers, une ville qu’elle a ravie au baron socialiste local, Alain Claeys.

En définitive, l’entre-deux-tours de ces élections territoriales aura révélé les hésitations stratégiques des uns et des autres. Unioniste ici (en Île-de-France, en Centre-Val de Loire ou en Auvergne-Rhône-Alpes), dominateur là (en Occitanie, en Bretagne et en Nouvelle-Aquitaine), le PS est apparu comme un Janus à deux visages.

De même qu’Europe Écologie-Les Verts, qui a refusé les accords de premier tour – sauf quand ils avaient lieu derrière ses candidats « maison » –, mais a joué le jeu du rassemblement au second. Quant à La France insoumise, elle a montré sa volonté d’union dans la plupart des régions et des départements afin d’obtenir, elle aussi, des sièges dans les exécutifs locaux. Mais elle a déjà son candidat pour 2022, avec Jean-Luc Mélenchon.

Dimanche, tout le monde aura donc les yeux rivés sur le score final des listes d’union où les anciens partis de gauche se sont rangés derrière les écologistes, en Île-de-France et dans les Pays de la Loire : donneront-elles lieu à une simple addition des forces ? Produiront-elles davantage que la somme des parties, une dynamique qui les dépasse ? Au contraire, cette coagulation aura-t-elle pour effet la fuite de certains électeurs de premier tour qui préfèreront se détourner d’alliances jugées baroques ?

Cette dernière hypothèse a été matérialisée ces derniers jours par les prises de position d’anciennes figures du PS, qui ont prôné un « front républicain » inversé contre les Insoumis, voire contre les écologistes. À l’inverse, les soutiens de François Hollande, de Christiane Taubira et de Lionel Jospin, comme celui de Jean-Luc Mélenchon, à la liste conduite par Julien Bayou tendent à faire penser qu’un mariage – de raison plus que d’amour – entre les Verts, les Rouges et les Roses peut être envisagé face à la droite. Reste à savoir si le vote des électeurs sera suffisamment clair pour être le juge de paix.

Au RN, l’ambition provençale pour limiter la casse

Loin des espoirs qu’avait pu nourrir le RN avant le premier tour, le parti n’est finalement en mesure de remporter ce dimanche qu’une seule région, Provence-Alpes-Côte d’Azur, où Thierry Mariani est arrivé en tête dimanche dernier avec une courte avance sur le président sortant Renaud Muselier.

Depuis le retrait du candidat écolo Jean-Laurent Felizia, qui a obtenu 16,9 % des voix au premier tour et appelé à faire barrage à l’extrême droite, les chances du transfuge de LR semblent relativement minces.

Après avoir vertement sermonné les abstentionnistes au soir du premier tour, Marine Le Pen a un peu changé de ton pour inciter ses sympathisants à se déplacer dimanche. « Il est possible de vaincre les coalitions du système avec toute leurs nuances de reniement, de trahison et d’hypocrisie […]. Ne vous résignez pas, aux urnes patriotes », a-t-elle lancé dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux jeudi.

En Provence-Alpes-Côte d’Azur, Thierry Mariani a fait 300 000 voix de moins que Marion Maréchal en 2015 et veut y voir un réservoir d’électeurs prêts à se remobiliser. Dans une fin de campagne un peu fébrile, le candidat a multiplié les sauts de puce sur les marchés et organisé jeudi soir un petit meeting à Fréjus, dirigée par le RN David Rachline depuis 2014. Le maire de Perpignan Louis Aliot, élu l’an dernier face à un front républicain bien mal en point, est venu rappeler qu’une victoire en Paca était encore possible.

© Le Var avec Mariani

Le choix de Fréjus, l’une des rares communes tenues par le RN de la région, sonne pourtant comme un repli stratégique et rappelle que le parti n’a aucun réseau d’élus locaux sur lequel s’appuyer dans la dernière ligne droite. Et toujours pas d’alliés politiques.

Dans un dernier effort de dramatisation, Thierry Mariani a lancé à ses électeurs : « Est-ce que vous voulez que notre région soit la seule, je dis bien la seule région de France à offrir une victoire à Emmanuel Macron ? […] Si vous ne votez pas dimanche, rien ne changera dans votre région, rien ne changera dans vos vies. »

Pour les élections départementales, le RN ne se fait désormais plus beaucoup d’illusions. Arrivée largement en tête dans le canton de Hénin-Beaumont 2, dans le fief de Steeve Briois, avec 61 % des voix, Marine Le Pen sait que le département du Pas-de-Calais a peu de chances de basculer ce dimanche, à moins, là encore, d’un énorme sursaut des électeurs frontistes, dont la candidate à la présidentielle martèle qu’ils se sont massivement abstenus.

À droite, objectif 7 sur 7 (et cap sur 2022)

La carte des départements et régions de France devrait, pour cinq années supplémentaires, faire la part belle au bleu. Sur les sept régions hexagonales gouvernées par la droite, cinq sont bien parties pour reconduire des présidents sortants arrivés largement en tête au premier tour. C’est le cas d’Auvergne-Rhône-Alpes (Laurent Wauquiez, 43,9 %), des Hauts-de-France (Xavier Bertrand, 41,4 %), de l’Île-de-France (Valérie Pécresse, 36,2 %), de la Normandie (Hervé Morin, 36,9 %) et du Grand Est (Jean Rottner, 31,1 %).

La donne est plus complexe en Pays de la Loire et en Provence-Alpes-Côte d’Azur, deux régions où les présidents sortants ont pris leur poste en cours de mandat. Dans la première, Christelle Morançais (LR) est menacée par la fusion des deux listes de gauche derrière l’écologiste Matthieu Orphelin. Son score du premier tour est inférieur à l’agrégat de ses concurrents (34 % contre 35 %), mais la configuration en quadrangulaire du second tour rend son issue incertaine.

Rassuré, dans sa région, par un score de premier tour supérieur à ce que lui prédisaient les sondages (31,9 %), Renaud Muselier (LR) n’en est pas moins inquiet à la veille du second tour : il a un retard de 50 000 voix à combler sur son opposant du RN, Thierry Mariani. Le retrait de la liste de gauche arrivée troisième (16,9 %) lui offre néanmoins une réserve de voix potentiellement décisive.

En revanche, la droite n’a que peu d’espoirs d’alternance. Aurélien Pradié (Occitanie), Gilles Platret (Bourgogne-Franche-Comté), Nicolas Florian (Nouvelle-Aquitaine) et Nicolas Forissier (Centre-Val de Loire) ont décidé de rester fidèles à la ligne édictée par LR : maintien partout, alliance nulle part. Dans les deux dernières citées, les candidats LREM ouvraient pourtant la porte à une fusion. En conséquence, leurs chances de victoire sont infimes.

En Corse, Laurent Marcangeli ne devrait pas être en mesure de reprendre une région acquise aux nationalistes (lire l’analyse d’Ellen Salvi). Rapport de force analogue pour Isabelle Le Calennec en Bretagne, bien que l’ancienne députée espère créer la surprise, au vu de l’indécision du contexte local (lire le reportage de Mathilde Goanec).

Pour la droite d’opposition, l’enjeu est donc triple : consolider son assise locale, valider sa stratégie d’indépendance et remporter une victoire symbolique face à LREM. Mais l’euphorie de la victoire va vite passer. Dès le lendemain de leur probable réélection, Xavier Bertrand, Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez devraient avancer leurs pions pour 2022. Et confronter LR au problème du choix de son candidat.

Outre-mer, des rêves d’alternance

À La Réunion, c’est à une alternance qu’on pourrait assister dimanche. Le président sortant Denis Robert, investi par LR, est arrivé en tête du premier tour (31,1 %) mais il doit maintenant faire face à l’union de trois listes de gauche, menée par la communiste Huguette Bello. Un remake de l’élection de 2015 qui pourrait cette fois profiter à la présidente du parti Pour La Réunion, notamment alliée à l’ancienne ministre (PS) Ericka Bareigts.

Même enjeu en Guyane, où une coalition de gauche vient défier le président sortant Rodolphe Alexandre. Celle-ci sera menée par le député communiste Gabriel Serville (membre du parti Péyi Guyane) et rassemblera trois listes qui ont agrégé 56 % des suffrages.

En Guadeloupe, le président sortant (LREM) Ary Chalus devrait aisément obtenir une réélection qu’il a frôlée au premier tour (49,3 %), avec 69 % d’abstention. Récemment placé en garde à vue et objet d’enquêtes dans plusieurs affaires politico-financières, l’ancien député sera opposé à la socialiste Josette Borel-Lincertin (17,4 %), présidente du conseil départemental de Guadeloupe.

Enfin, en Martinique, difficile d’y voir clair dans un paysage politique éparpillé entre forces politiques, mouvements régionalistes et indépendantistes et bastions géographiques. Le député (apparenté au groupe socialiste) Serge Letchimy aspire à reprendre la gouvernance sur une collectivité qu’il a dirigée de 2010 à 2015. Il est arrivé en tête du premier tour (31,7 %) devant Alfred Marie-Jeanne, président indépendantiste sortant allié à la droite. Le second tour prendra la forme d’une quadrangulaire.

Lucie Delaporte, Fabien Escalona, Pauline Graulle et Ilyes Ramdani


107 commentaires

Aujourd’hui sur Mediapart

Voir la Une du Journal

Nos émissions

À l'air libre
par à l’air libre
À l'air libre
par Berenice Gabriel et Célia Mebroukine
Grand entretien
par Justine Brabant
Ouvrez l’Élysée
par Usul et Ostpolitik

Soutenez un journal 100% indépendant Et informez-vous en toute confiance grâce à une rédaction libre de toutes pressions Mediapart est un quotidien d’information indépendant lancé en 2008, lu par plus de 200 000 abonnés. Il s’est imposé par ses scoops, investigations, reportages et analyses de l’actualité qui ont un impact, aident à penser et à agir.
Pour garantir la liberté de notre rédaction, sans compromis ni renoncement, nous avons fait le choix d’une indépendance radicale. Mediapart ne reçoit aucune aide ni de puissance publique, ni de mécène privé, et ne vit que du soutien de ses lecteurs.
Pour nous soutenir, abonnez-vous à partir de 1€.

Je m’abonne