Justice Enquête

Alexandre Benalla sera jugé dans l’affaire des passeports diplomatiques

Les juges d’instruction ont décidé du renvoi devant un tribunal correctionnel de l’ancien collaborateur d'Emmanuel Macron pour « faux », « usage de faux » et « utilisation indue » de documents professionnels dans l’affaire des passeports diplomatiques, révélée par Mediapart en 2018.

Fabrice Arfi, Antton Rouget et Marine Turchi

27 janvier 2021 à 17h47

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Il s’agit du premier volet de l’affaire Benalla qui débouche sur le renvoi devant un tribunal de l’ex-conseiller d’Emmanuel Macron. L’ancien chargé de mission à l’Élysée va en effet être jugé en correctionnelle pour « faux », « usage de faux » et « usage public et sans droit de documents justifiant d’une qualité professionnelle », au terme de l’enquête sur l’utilisation de ses passeports diplomatiques et de service après son départ de la présidence, a informé mercredi l’Agence France-Presse (AFP).

Alexandre Benalla au palais de justice de Paris, le 19 février 2019. © Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP

Les juges d’instruction ont confirmé les réquisitions du parquet, qui avait requis le renvoi en correctionnelle d’Alexandre Benalla le 3 septembre 2020.

Cette enquête judiciaire avait été ouverte le 29 décembre 2018, deux jours après la publication par Mediapart d’un article révélant qu’Alexandre Benalla avait utilisé, après son départ de l’Élysée, un passeport diplomatique pour entrer dans différents pays africains ainsi qu’en Israël, où il entamait sa reconversion en tant que consultant en sécurité. Ces révélations avaient également provoqué la réouverture de la commission d’enquête sénatoriale sur l’affaire Benalla.

Devant la commission d’enquête sénatoriale, le directeur de cabinet du président de la République Patrick Strzoda avait indiqué qu’Alexandre Benalla avait utilisé deux passeports diplomatiques, qu’il n’avait pas restitués à son départ de l’Élysée, à une « vingtaine » de reprises depuis le 1er août 2018. Devant les sénateurs, Alexandre Benalla avait confirmé l’utilisation à « 23 » reprises des fameux passeports, en concédant qu’il s’agissait d’une « erreur » ou d’une « bêtise ».

M. Strzoda avait également expliqué, sous serment, avoir découvert, après l’article de Mediapart, qu’Alexandre Benalla avait aussi effectué une demande pour un passeport de service, grâce à une lettre à en-tête du chef de cabinet de l’Élysée, mais « dactylographiée » et non signée. « Quand on a vu ce document, bien évidemment on a demandé au chef de cabinet si c’est lui qui avait adressé ce document au ministère de l’intérieur et il n’est pas l’auteur de cette note. Donc, soupçonnant une falsification faite par M. Benalla, nous avons signalé ce fait au procureur de la République », avait alors déclaré Patrick Strzoda.

Au terme de ce nouveau cycle d’auditions, l’ex-chef de cabinet de l’Élysée, François-Xavier Lauch, ancien supérieur hiérarchique d’Alexandre Benalla, avait aussi porté plainte contre son ancien subordonné, avec l’accord d’Emmanuel Macron. Ce qui avait conduit à la mise en examen supplétive, début 2020, de M. Benalla pour « faux » et « usage de faux ». Contacté sur ce point, Alexandre Benalla nous avait alors répondu : « Je vous affirme n’avoir jamais été l’auteur d’un faux. » 

Outre cette affaire des passeports dans laquelle il sera jugé, l’ancien collaborateur d’Emmanuel Macron est concerné par six autres enquêtes différentes, encore en cours :

  • Les violences du 1er Mai : information judiciaire en cours (lire ici) ;
  • Le « selfie » armé : information judiciaire en cours (lire ici) ;
  • Les contrats russes : enquête préliminaire en cours (lire ici) ;
  • L’absence de déclaration auprès de la HATVP (Haute Autorité pour la transparence de la vie publique) : enquête préliminaire en cours ;
  • Les soupçons de « faux témoignage » devant la commission d’enquête du Sénat : enquête préliminaire en cours (lire ici) ;
  • Les soupçons d’« entrave à la manifestation de la vérité » et de disparition du contenu des coffres : information judiciaire en cours (lire ici).

Nous republions ci-dessous notre article du 24 juillet 2020, faisant état des mises en examen d’Alexandre Benalla dans l’affaire des passeports.

***

L’ancien collaborateur d’Emmanuel Macron Alexandre Benalla a été mis en examen, le 11 février 2020, pour faux et usage de faux document administratif, a appris Mediapart de source judiciaire.

M. Benalla est soupçonné d’avoir utilisé du papier à en-tête de la présidence de la République pour se procurer un passeport de service. Le faux et usage de faux document administratif est réprimé de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende. Les peines sont portées à sept ans d’emprisonnement et à 100 000 euros d’amende lorsque l’infraction est commise par une personne chargée d’une mission de service public agissant dans l’exercice de ses fonctions.

Contacté, Alexandre Benalla nous a répondu : « Je vous affirme n’avoir jamais été l’auteur d’un faux. » 

Le nom d’Alexandre Benalla, ici en février 2019, apparaît aujourd’hui dans sept enquêtes judiciaires. © Jacques DEMARTHON / AFP

Cette mise en examen supplétive fait suite au dépôt d’une plainte de son ancien supérieur hiérarchique, le préfet François-Xavier Lauch. Entendu comme partie civile par les juges en avril 2019, l’ancien chef de cabinet d’Emmanuel Macron avait, selon nos informations, préalablement sollicité l’accord du président de la République pour porter plainte contre Alexandre Benalla.

Interrogé, François-Xavier Lauch, qui vient d’être nommé directeur adjoint du cabinet du ministre de l’intérieur Gérald Darmanin, n’a, pour l’heure, pas répondu à notre sollicitation.

Placé en garde à vue le 18 janvier 2019 à la suite des révélations de Mediapart sur l’utilisation d’un premier passeport diplomatique pour voyager en Afrique et Israël après son départ de l’Élysée, l’ancien adjoint du chef de cabinet du président de la République avait déjà été mis en examen pour « usage public et sans droit d’un document justificatif d’une qualité professionnelle ».

Il n’avait en revanche été placé que sous le statut intermédiaire de « témoin assisté », entre la convocation comme simple témoin et la mise en examen, au sujet des accusations d’usage de faux formulées pour la première fois par le directeur de cabinet du président de la République Patrick Strzoda. « Donc nous sommes très très contents ce soir », avait réagi, au sortir du bureau du juge d’instruction, l’avocate d’Alexandre Benalla, Me Jacqueline Laffont.

Convoqué devant la commission d’enquête sénatoriale, M. Strzoda avait expliqué le 16 janvier 2019, sous serment, avoir découvert qu’Alexandre Benalla était un « un monsieur qui visiblement utilise régulièrement des faux pour obtenir un certain nombre de titres officiels ».

Le directeur de cabinet avait notamment affirmé que la demande d’un second passeport de service, seulement découverte à la suite de la publication de Mediapart, selon la présidence, aurait été faite par Alexandre Benalla au ministère de l’intérieur grâce à une lettre à en-tête du chef de cabinet de l’Élysée, mais « dactylographiée » et non signée. « Nous soupçonnons une falsification faite par M. Benalla », avait déclaré Patrick Strzoda.

En mars 2019, Mediapart avait également pu identifier d’autres documents produits par l’ex-proche collaborateur d’Emmanuel Macron sur lesquels planent des soupçons de faux (lire ici). Questionné à l’époque sur ces éléments, Alexandre Benalla n’avait pas souhaité nous répondre.

Outre le fait qu’il nie être l’auteur d’un faux, Alexandre Benalla nous dit aujourd’hui ceci : « Je constate que les violations du secret de l’instruction se poursuivent. J’ai toujours reconnu l’erreur, manifestement banale, ayant consisté à utiliser les passeports diplomatiques qui m’ont été restitués après mon départ à l’Élysée à des seules fins de fast track. J’ai choisi de remettre à la justice, par l’intermédiaire de mon conseil, tous les passeports restés en ma possession. » 

Dans un entretien accordé au JDD en décembre 2018, Alexandre Benalla s’était déclaré « satisfait que la justice puisse désormais mettre un terme aux rumeurs et aux insinuations qui courent sur [son] compte ». « J’ai peut-être eu tort de me servir de ces passeports. Mais je tiens à dire que je ne l’ai fait que par confort personnel, pour faciliter mon passage dans les aéroports. En aucun cas je ne les ai utilisés pour mes affaires. Je ne vois d’ailleurs pas à quoi ils auraient pu me servir… », avait-il déclaré.

Fabrice Arfi, Antton Rouget et Marine Turchi


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