Procès Bygmalion: sauve qui peut!

Par

Les anciens dirigeants de Bygmalion n'entendent pas tous porter le chapeau pour l'énorme dépassement des dépenses de campagne du candidat Sarkozy en 2012. L'un d'eux, Franck Attal, se rebiffe.

Cet article est en accès libre. L’information nous protège ! Je m’abonne

Chacun pour soi. Neuf ans après la folle campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012 (finalement perdue), aucun des quatorze prévenus de l’affaire Bygmalion n’entend porter le chapeau pour les irrégularités financières découvertes après coup.

Les dépassements budgétaires, la fuite en avant des meetings à l'américaine, les fausses factures, personne n’assume. À commencer par le président-candidat de l’époque, qui ne daigne toujours pas honorer le tribunal de sa présence, alors qu’il était le bénéficiaire et le responsable juridique de cette débauche de moyens sans précédent dans l’histoire de la Ve République.

Premier de corvée, cuisiné mardi et mercredi à la barre du tribunal correctionnel, Franck Attal joue sa partition. L’ancien patron du pôle « événementiel » du groupe Bygmalion vend chèrement sa peau, et se défausse comme il peut. L'UMP et le président-candidat Sarkozy n'étaient pas des clients ordinaires, on ne pouvait rien leur refuser, explique-t-il. « J'ai fait mon métier dans les règles tout en ayant conscience que la facturation n'a pas été faite comme elle aurait dû l'être », concède-t-il. Avant d"ajouter, avec insistance : « Je n'avais aucune responsabilité pour la comptabilité. »

Franck Attal l'assure, c'est l'équipe de campagne Sarkozy et l'UMP qui ont donné l'instruction de cacher les folles dépenses des meetings de 2012 sous couvert de conventions du parti, le plafond légal étant explosé.

Jean-François Copé et Nicolas Sarkozy en campagne à Meaux, en mars 2012. © Eric Feferberg/Pool/AFP Jean-François Copé et Nicolas Sarkozy en campagne à Meaux, en mars 2012. © Eric Feferberg/Pool/AFP
Les avocats de l’UMP (devenue LR) et ceux de Guillaume Lambert, alors directeur de campagne de Sarkozy, l’accablent de tous les maux, et l’accusent à mots couverts d’avoir surfacturé ses prestations. Franck Attal, lui, renvoie la balle vers l’UMP et l’équipe de campagne du candidat Sarkozy. L’ancien patron d'Event & Cie (filiale de Bygmalion) se pose en expert intègre des campagnes électorales, et fait feu de tout bois.

« Au début, naïvement, j’ai pensé que chacun assumerait ses responsabilités, expose-t-il à la barre du tribunal correctionnel de Paris. Aujourd’hui, deux épisodes me braquent. Il y a la position de Jean-François Copé, qui est à la genèse de cette histoire – tout le monde à l’UMP était au courant [des fausses factures – ndlr], de Nicolas Sarkozy à la fille de l’accueil, c’était une position collective – et qui porte plainte ! Quand j’entends ça, je suis révolté. Et puis quand Bastien Millot [alors président de Bygmalion et proche de Copé – ndlr] dit qu’il ne savait rien, je suis révolté. On n’envoie pas ses soldats au feu soi-disant pour des idées respectables, sans assumer, je trouve ça scandaleux », tonne Franck Attal.

Canardé par les avocats de Guillaume Lambert, directeur de la campagne Sarkozy 2012, Franck Attal sort les griffes. « Je trouve dommage que Guillaume Lambert s’accroche à une branche affaiblie », dit-il. « Est-il possible qu’il n’ait pas eu connaissance du coût des meetings ? J’ai un peu de mal à le croire », cingle Attal, qui fait état de réunions fréquentes sur le sujet. « Quand Guillaume Lambert sous-entend qu’il y a eu surfacturation et fausses prestations, c’est moi qu’on attaque, et j’en répondrai », prévient Franck Attal. Sur son banc, le préfet Lambert fait non de la tête à chaque fois que cet ancien comparse expose leurs échanges de l'époque.

Moins disert sur la double facturation de la campagne Sarkozy mise en place chez Bygmalion, Franck Attal se pose en simple salarié de cette société, uniquement en charge de la « production » des meetings, alors que l’équipe de campagne Sarkozy décidait de multiplier les événements et de décupler les moyens techniques dans une ruineuse fuite en avant, expose-t-il avec moult détails.

« Je n’ai été que le véhicule , la courroie de transmission », se défend l'ancien cadre dirigeant et actionnaire de Bygmalion, quand on lui rappelle l’intérêt financier qu’il pouvait avoir à accompagner l’explosion des dépenses de campagne du candidat Sarkozy. Franck Attal l’assure, on lui a donné des instructions contradictoires : d’abord dépenser moins, au vu de l’emballement des dépenses, puis faire plus et mieux, sans se soucier des budgets, après le meeting ruineux de Villepinte, le 11 mars 2012.

Franck Attal jure que Jean-François Copé (alors patron de l'UMP) était parfaitement au courant du système de fausses factures mis en place pour camoufler le dépassement du plafond autorisé de dépenses du président-candidat Sarkozy.  Après le fiasco de la campagne Sarkozy 2012, Copé aurait mis en scène un simulacre de réunion pour se disculper, feignant d'ignorer l'énorme dépassement des dépenses prises en charge par le parti pour son candidat, explique Franck Attal.

Des cadres de l'UMP ont démenti ce récit. Ayant bénéficié d'un non-lieu, Jean-François Copé sera interrogé sur ce point par le tribunal en qualité de témoin. 

Pas de mobilisation sans confiance
Pas de confiance sans vérité
Soutenez-nous