Les chantiers qui attendent Syriza

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Formation du gouvernement, mise en place d’une politique à contre-courant des injonctions européennes, urgence des réponses à donner à une société dévastée par cinq ans de crise : les chantiers qui attendent à présent le parti d'Alexis Tsipras, probable futur premier ministre, ne manquent pas.

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De notre envoyée spéciale à Athènes. Syriza, dont le nom signifie en grec « Coalition de la gauche radicale », était donné vainqueur des élections législatives dimanche soir d'après les sondages de sortie des urnes. Quels sont maintenant les chantiers qui se présentent ?

Alexis Tsipras, le leader de Syriza. © Reuters Alexis Tsipras, le leader de Syriza. © Reuters

  • Les alliances politiques : l’épreuve du feu pour Syriza

Pour décrocher la majorité absolue à l’assemblée, soit 151 sièges de députés sur 300, il faudrait que Syriza obtienne entre 35 et 39 % des voix. Ce score est variable car il résulte d’un calcul complexe : la Constitution grecque octroie en effet une prime de 50 députés au premier parti entrant, et les partis élus se répartissent ensuite le pourcentage cumulé de tous les partis n’ayant pas passé le seuil d’éligibilité des 3 %. Dans l’hypothèse où Syriza ne parviendrait pas à réunir cette majorité absolue, il lui faudra composer des alliances pour pouvoir gouverner. Soit le parti parvient à former un gouvernement minoritaire qui obtiendrait la confiance de l'assemblée grâce à un vote « de tolérance » de la part de députés non étiquetés Syriza. Ce serait une première en Grèce. Soit il forme un gouvernement de coalition avec un ou deux petits partis « d’ajustement ».

Pendant la campagne, un seul parti a officiellement déclaré qu’il était prêt à soutenir Syriza : il s’agit des Grecs indépendants, petit parti de droite nationaliste, issu en 2012 d’une scission avec la droite de Nouvelle Démocratie. Syriza s'était montré également prêt à collaborer avec ce parti, avec lequel il partage la même volonté de mettre fin à l’austérité. En revanche, les deux partis sont aux antipodes en matière d’immigration, de sécurité et de défense. Syriza a toujours défendu une politique d’intégration des immigrés, souhaite mettre fin à la politique de répression à l'égard des sans-papiers et veut améliorer l’accueil des demandeurs d’asile, tandis que les Grecs indépendants font jouer la corde nationaliste et prônent le renforcement du contrôle des frontières.

Autre parti susceptible de s’allier avec Syriza : La Rivière, une formation créée l’an dernier autour d’une vedette de la télévision grecque, Stavros Théodorakis. Officiellement, jusqu’à présent, Syriza excluait cette possibilité. Mais La Rivière s’est positionnée pendant la campagne comme un parti d’ajustement prêt à gouverner avec le parti d'Alexis Tsipras, afin de faire un contrepoids centriste à un exécutif de gauche. Il a toutefois laissé entendre qu’il ne serait pas prêt à participer à une coalition gouvernementale aux côtés de représentants de l’aile gauche de Syriza, un courant partisan de la sortie de la zone euro (même si cette option n'a jamais été adoptée par la ligne majoritaire du parti).

La Rivière affiche un programme « pro-européen », veut poursuivre les discussions avec la Troïka jusqu’à la fin des derniers versements des prêts à la Grèce attendus pour les prochains mois, et favoriser la relance tout en réduisant le rôle de l’État dans l’économie. D’inspiration libérale, il ne partage pas du tout le programme social de Syriza, qui implique de fortes dépenses budgétaires. Il a le soutien d’une partie des milieux économiques grecs.

La capacité de Syriza à former un exécutif avec le soutien de l’un ou l’autre de ces partis attestera des compromis qu’il sera prêt à faire sur son programme ou au contraire de la fermeté de ses positions. Mais au vu des sondages de sortie des urnes dimanche soir, il est possible que le parti de Tsipras décroche la majorité absolue. Nulle coalition ne serait alors nécessaire pour pouvoir former un gouvernement.

Du côté des autres formations de l’échiquier politique, aucune autre alliance n’est envisageable : pour la direction de Syriza, il est exclu de collaborer avec les partis responsables de la politique d’austérité à l’œuvre depuis quatre ans – à savoir la droite de Nouvelle Démocratie, les socialistes du PASOK et la nouvelle formation de Georges Papandréou, le Mouvement des socialistes démocrates. Restent enfin l’orthodoxe et anti-européen KKE (parti communiste) qui, de lui-même, refuse tout dialogue avec Syriza, et l’extrême droite néonazie d’Aube dorée avec qui, pour des raisons évidentes, Syriza n’a aucun contact.

  • Le calendrier des prochaines semaines : un nouveau feuilleton à suspense

Ces élections législatives anticipées ont été provoquées parce que le parlement grec a échoué, fin décembre, à élire un nouveau président de la République. La nouvelle assemblée devra donc procéder à cette élection une fois qu’elle aura prêté serment, le 5 février, et ce, indépendamment de ce qui se passe du côté de l’exécutif. Il est probable que Syriza propose une personnalité de consensus, dans la mesure où, en Grèce, cette fonction est principalement honorifique. Comme la fois précédente, l’assemblée a jusqu’à trois votes pour élire le président. Mais cette fois-ci, une simple majorité relative suffit au dernier tour.

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