Ce qui distingue Nicolas Sarkozy des présidents qui l'ont précédé, par-delà une commune personnalisation du pouvoir, c'est de n'avoir aucun sens des limites imposées, en démocratie, au pouvoir exécutif. A lui, le mouvement et l'action, quels qu'ils soient ; aux autres le conservatisme et l'immobilisme. Ce faisant, cette présidence nous habitue à une pensée antidémocratique, et c'est son coup d'Etat essentiel, le plus inquiétant, le plus dangereux pour l'avenir.
Qui arrêtera cette présidence? C'est la question que pose Mediapart ces jours prochains, dans une série de quatre articles, face aux abus de pouvoir, conflits d'intérêt et passages en force de Nicolas Sarkozy et de son entourage. «Pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir», écrivait Montesquieu, dans L'Esprit des lois. Or rien, pas même son impopularité croissante, ne semble arrêter la marche d'une présidence qui n'a aucun respect des limites que toute démocratie authentique impose au pouvoir exécutif. Dans ce premier épisode, l'analyse de ses trois coups d'Etat déjà réussis: institutionnel, médiatique et financier.
Dans ses mémoires à paraître le 12 mars, Le Lièvre de Patagonie (Gallimard, 546 p., 25€), Claude Lanzmann empoigne son lecteur pour ne plus le lâcher dans les méandres, les brusqueries, la puissance et la douceur d'un récit qui se joue de la chronologie. Aux antipodes d'un inventaire avant décès, cet hymne à la vie, prodigieux, rocambolesque et réfléchi, nous gonfle de torpeurs enivrantes.
Nicolas Sarkozy vient de nommer Pierre Lellouche comme représentant spécial pour l'Afghanistan et le Pakistan. Car l'engagement militaire français dans la région est soumis à de sérieux flottements. Hervé Morin a évoqué «une date de retrait» avant de faire machine arrière. De leur côté, les Américains, qui s'apprêtent à envoyer des renforts sur place, vont demander à leurs alliés de faire un effort. La France pourra-t-elle vraiment répondre par la négative à Obama ?
Une nouvelle onde de choc s'est abattue sur le monde financier. En à peine quarante-huit heures, le gouvernement américain a dû voler au secours de Citigroup et prendre 36% de son capital, puis apporter à nouveau 30 milliards de dollars à l'assureur AIG. Des sauvetages indispensables, selon les autorités américaines, pour éviter un risque d'effondrement total du système financier. Ces nouveaux accidents ont déclenché une vague de déprime sur les marchés: les perspectives de voir la crise s'achever d'ici à la fin de l'année sont définitivement enterrées.
Sur fond de constitution des listes aux élections européennes, le PS a connu cette semaine une réconciliation de façade entre la nouvelle direction issue du congrès de Reims et proches de Ségolène Royal. En cours de remise en ordre interne, les socialistes semblent renouer avec la gestion de parti "à la François Hollande", entre direction pléthorique et consensuelle et souci d'apparaître responsables en attendant l'alternance. Le regard déjà tourné vers la présidentielle.
Le nombre de demandeurs d'emploi a brutalement augmenté en janvier : + 90.000. Pire qu'aux heures les plus sombres de la récession de 1993. Selon Eric Heyer et Mathieu Plane, économistes à l'OFCE (Sciences-Po), des doutes subsistent encore sur les causes de cette brusque hausse du chômage. Par exemple, Eric Heyer soupçonne le paquet fiscal si cher à Nicolas Sarkozy, de jouer contre l'emploi. Impossible, aussi, de prédire la hausse au cours des mois prochains. Mais selon les deux économistes, le chiffre de 500.000 chômeurs supplémentaires en 2009 sera dépassé. Le cap des 3 millions sera-t-il franchi dans l'année?
En Martinique, les discussions sur d'éventuelles hausses de salaires achoppent toujours. En Guadeloupe, les négociations s'enlisent entre le LKP, le collectif qui a lancé la mobilisation, et le patronat. Le Medef s'oppose toujours à la hausse des salaires de 200 euros réclamée par le LKP. Depuis le mois de décembre, le LKP a installé le rapport de forces tout en restant, pour le moment du moins, un mouvement populaire. Retour sur un mouvement hétéréoclite, inédit par son ampleur mais qui s'inscrit dans la tradition violente des rapports sociaux d'une Guadeloupe encore traumatisée par la colonisation.
L'influent sénateur républicain Richard Lugar a rendu public lundi un rapport critiquant la politique des Etats-Unis à l'encontre de La Havane. Dans ce document, qui pointe les échecs de l'embargo, il encourage le nouveau président Obama à réformer radicalement cinquante années de politique américaine, en faisant les premiers pas.
Coup sur coup, deux vidéos, ayant échappé à leur créateur et à leur diffuseur, ont mis le feu global aux poudres: un reportage sur les injustices en Martinique et un entretien avec l'évêque intégriste et négationniste Williamson. Faut-il y voir l'heureuse fin de citoyens manants qui ne recevaient qu'une information allouée au compte-gouttes, au bénéfice de messages circulant librement tels des contre-pouvoirs? Faut-il dans le même temps distinguer là, dans le sillage d'un Paul Virilio, une accélération catastrophique et liberticide? Analyse.