Le «fidèle Rouslan» apprend à revivre après le goulag

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Comment s’adapter à la liberté quand on a été un chien de garde habitué à marcher au pas ? Le brûlot de l’opposant Gueorgui Vladimov sur l’univers concentrationnaire soviétique. 

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Les dépouilles des soldats soviétiques tombés au combat sont « des cadavres d’ouvriers morts dans un accident de travail », écrivait le journaliste italien Curzio Malaparte, embarqué avec les troupes allemandes et italiennes qui enfonçaient le front ukrainien à l’été 1941. Rouslan leur ressemble étrangement. Gardien d’un goulag dans l’immensité de la taïga, le chien doué de conscience – c’est bien normal pour un chien – accepte sa propre fin, comme les soldats-ouvriers de Malaparte voyaient venir la leur : « Le Service, pour un chien, débouchait toujours sur la mort, reçue des mains de son Maître […] le sort qui l’attendait lui était apparu comme une conclusion honnête, judicieuse, honorable comme le Service lui-même. »