Vichystes et pourtant résistants

Par
Il y eut François Mitterrand, il y en eut d'autres. Les résistants ne furent pas tous d'emblée opposants à Pétain. Troisième et dernier volet de notre enquête sur les pionniers de la Résistance.

La lecture des articles est réservée aux abonnés.

Vichysto-résistants: le terme est longtemps passé pour un oxymore iconoclaste. On ne pouvait qu'être pour Vichy ou pour la Résistance. Tel était du moins ce qu'affirmaient les anciens résistants, dont la parole restait sur ce point incontestée. La révélation spectaculaire, en 1994, des activités de François Mitterrand sous l'Occupation, est venue changer la donne. Si le premier des Français laissait écrire qu'il avait été décoré de la francisque par le maréchal Pétain en personne tout en animant un mouvement de résistance, c'est donc que la parole pouvait se libérer sur les complexités de l'époque, sur ces itinéraires tortueux et déconcertants, sur ce «penser double», comme l'appelle l'historien Pierre Laborie, caractéristique des Français sous l'Occupation. Les historiens se sont engouffrés dans la brèche. Plusieurs livres récents (Robert Belot, La Résistance sans de Gaulle, Fayard, 2006; Bénédicte Vergez-Chaignon, Les Vichysto-Résistants, Perrin, 2008; Johanna Barasz, thèse de doctorat intitulée De Vichy à la Résistance à paraître chez Payot), abordent de front la question longtemps taboue des porosités, des hommes comme des idées, entre vichysme et résistance.