Jodie, 25 ans, infirmière : « Pourquoi je démissionne »

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Pendant une semaine, Mediapart est à Annecy pour raconter le quotidien d’une ville moyenne, à la veille de l’instauration du passe sanitaire. Aujourd’hui, rencontre avec Jodie*, infirmière aux urgences de l’hôpital, opposée à la vaccination obligatoire pour le personnel soignant.  

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Annecy (Haute-Savoie).– « Ils vont demander le passe sanitaire à l’entrée ? », questionne Jodie*, avant de choisir un lieu pour l’entretien avec Mediapart. La jeune femme est infirmière à l’hôpital d’Annecy, mais plus pour très longtemps. Elle vient de présenter sa démission.

« J’ai d’abord demandé une rupture conventionnelle, on me l’a refusée. Pour des raisons financières, mais aussi parce qu’ils ne peuvent pas se permettre de perdre une infirmière, vu qu’on est en sous-effectif. Je n’avais donc pas d’autre choix. J’ai démissionné dès le lendemain », raconte-t-elle, le ton calme et le regard fatigué. En attendant la réponse, la soignante dit s’être mise en arrêt maladie pour quinze jours. « On verra si ça se décante d’ici là. » 

Jodie pense à quitter son emploi depuis un moment. « Je suis arrivée aux urgences d’Annecy une semaine avant le début du Covid, en février 2020. Au départ, on ne connaissait pas la maladie, il fallait s’adapter en permanence. Ça a été une période très tendue, épuisante physiquement et moralement », se souvient-elle. La soignante raconte ses journées de douze heures avec pour seul répit « trente à quarante minutes pour manger ». 

Un rythme difficile qui s’est accentué ces trois derniers mois : « Normalement, on est censé avoir deux jours de repos, mais maintenant on nous sollicite même sur ces moments-là. Et c’est assez régulier. » Face à cette situation, beaucoup de ses collègues seraient mis en arrêt maladie ou auraient même rendu leur blouse blanche. Un récit appuyé par une consœur de Jodie qui fait état de cinq infirmières et trois aides-soignantes actuellement en arrêt. 

Une infirmière de l’hôpital d’Annecy montre un mail envoyé par la direction pour se faire vacciner contre le Covid-19. © YS / Mediapart Une infirmière de l’hôpital d’Annecy montre un mail envoyé par la direction pour se faire vacciner contre le Covid-19. © YS / Mediapart

Mais ce qui a joué le rôle du catalyseur dans la prise de décision de Jodie, c’est l’obligation vaccinale pour les soignantes et les soignants. La mesure vient d’être validée par le Conseil constitutionnel. À partir du 15 septembre, à l’hôpital, à la clinique, dans les Ehpad et dans les maisons de retraite, les personnels soignants ne pourront plus travailler sans être vaccinés contre le Covid-19.

Depuis les annonces gouvernementales, l’hôpital d’Annecy envoie régulièrement des mails à son personnel pour l’inciter à se faire vacciner. « Je suis tellement blasée que j’ignore les messages ou je les supprime. Mais c’est omniprésent, tout le monde en parle, tout le temps. »

Et cette vaccination, l’infirmière de 25 ans la refuse. « Déjà, la manière dont c’est amené me pose problème. Je veux être libre de choisir, pas me voir imposer les choses de cette façon. Et je ne veux pas non plus devoir appartenir à une catégorie, celle des vaccinés ou des non-vaccinés. Chacun devrait pouvoir faire ce qu’il veut », explique-t-elle. 

Ses réticences ne s’arrêtent pas là. « J’ai fait tous les vaccins qui sont obligatoires pour devenir infirmière. Je ne suis pas opposée à cela. Mais je n’ai pas confiance en celui du Covid. » L’infirmière raconte craindre les effets secondaires « pas encore connus car on n’a pas assez de recul. Il est toujours en phase expérimentale et on l’essaye sur nous. Je vois les effets sur certains patients qui font des allergies ou des embolies pulmonaires. C’est effrayant », ajoute-t-elle, avant de tempérer : « J’ai bien conscience qu’il y a des gens pour qui ça se passe bien, et que ce ne sont pas ceux-là qu’on voit aux urgences. Mais quand même, ça refroidit. »

« Je ne comprends pas le fait qu’on veuille trier les gens »

Autres arguments avancés : « Même en étant vacciné, on peut toujours attraper le Covid et le transmettre. Et pour voyager, certains pays demandent un test PCR, y compris pour les vaccinés. À quoi ça sert de l’avoir au final ? » Pour se renseigner sur la vaccination anti-Covid et ses risques, elle se base sur ses cours de pharmacologie, mais aussi sur des ressources du CNRS ou de l’Inserm. « Et parfois sur les informations qu’on partage sur nos groupes de discussion entre soignants. »

Le passe sanitaire dans les hôpitaux a aussi accéléré le choix de Jodie, et le dépôt de sa démission. « On dit que ça ne concerne pas les urgences, mais les patients ne restent pas dans le service. Ils sont admis dans d’autres spécialités, et là, forcément, ils se retrouvent confrontés à cette question. Je ne comprends pas le fait qu’on veuille trier les gens, les enfermer dans des catégories. Il y a suffisamment de discriminations sociales comme ça, pourquoi en rajouter ? »

Pour les mois à venir, Jodie espère trouver des missions en agences d’intérim « pour avoir un peu d’argent de côté et pouvoir toucher le chômage vu qu’en démissionnant je n’y ai pas droit ». Elle commencera une formation dans le secourisme en novembre prochain. Le sourire aux lèvres, elle conclut : « Maintenant au moins, je vais avoir du temps pour les manifestations contre le passe sanitaire. »

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* Le prénom a été modifié à la demande de l'intéressée