Face aux oppositions, Emmanuel Macron joue l’opinion

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S’il assure se désintéresser des sondages et assumer une forme d’impopularité, le chef de l’État n’hésite pas à construire sa stratégie politique en fonction de l’opinion publique, afin d’établir un rapport de force avec les voix contestataires. Au risque de diviser les Français.

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Emmanuel Macron l’a toujours dit : « Si on fait de la politique pour faire plaisir à l’époque, on en devient le commentateur. Quand on veut faire de la politique, on doit assumer de prendre parfois à revers ce qui apparaît comme de l’opinion publique. » Telle est en substance la réponse que formulent l’exécutif et la majorité dès qu’ils sont interrogés sur les mécontentements que provoquent leurs réformes.

Depuis le début du quinquennat, tous se font fort de mener leurs « transformations » au pas de charge, en mettant en scène une « volonté » que rien ne semble pouvoir altérer. Et certainement pas, pour reprendre les mots du chef de l’État, les « fainéants » qui « pensent qu’on ne doit pas bouger en Europe et en France ».

Pour paraître toujours en mouvement, le gouvernement multiplie les réformes, au risque de confondre rapidité et précipitation, et de rendre l’ensemble illisible. Les premiers effets des dispositifs lancés à l’automne 2017, comme ceux censés favoriser le pouvoir d’achat, tardent à se faire sentir. Résultat : le duo exécutif enregistre une chute de popularité dans l’ensemble des baromètres mensuels, mais continue officiellement de s’en moquer.

« Ça m’est totalement égal… Je n’ai jamais commenté. Je ne commente pas les hausses, pas les baisses, a indiqué Emmanuel Macron le 1er mars, lors d’un déplacement à Châlons-en-Champagne (Marne). Il n’en reste rien, des sondages. Il y a des gens qui toute leur vie ont été obsédés par ça, il n’en reste rien. Ce qui compte, c’est le travail en profondeur que vous faites pour le pays. »

Au Salon de l’agriculture, le 24 février. © Reuters Au Salon de l’agriculture, le 24 février. © Reuters

Le premier ministre a lui aussi souvent répété faire peu de cas des courbes de popularité. Sur la mesure du gouvernement visant à limiter la vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires, décriée jusque dans les rangs de la majorité, Édouard Philippe a indiqué très tôt son état d’esprit : « Si pour sauver des vies il faut être impopulaire, j’accepte de l’être », assurait-il au JDD, début janvier.

Voilà pour le message politique. Dans la pratique pourtant, cette fameuse opinion publique est très utile à l’exécutif. Elle lui permet, sur bien des points, d’établir un rapport de force avec les voix contestataires, qu’elles proviennent de la classe politique ou des corps intermédiaires. C’est pourquoi elle est souvent prise à témoin sur l’air du « vous souhaitez que les choses changent, alors qu’eux préfèrent le statu quo ».

Jusqu’ici, le pouvoir s’appuyait sur le fait que les réformes mises en place n’avaient pas à être contestées dès lors qu’elles avaient été annoncées avant la présidentielle et les législatives. Ce fut notamment le cas pour les ordonnances réformant le droit du travail. Ça l’est de nouveau pour la réforme institutionnelle, qui fait actuellement l’objet de concertations à Matignon. Les mesures phares de cette dernière – la réduction du nombre de parlementaires, le non-cumul des mandats dans le temps ou encore l’introduction d’une dose de proportionnelle aux élections législatives – avaient en effet été annoncées par le chef de l’État pendant sa campagne, avant d’être réaffirmées début juillet face au Congrès réuni à Versailles.

Pour contourner les « lignes rouges » posées par le président LR du Sénat, Gérard Larcher, qui estime par exemple que le cumul des mandats dans le temps est un « gadget », l’exécutif a d’ores et déjà annoncé qu’il n’hésiterait pas à passer par la voie référendaire. Cette option n’est pas celle qui est privilégiée à ce jour, mais l’Élysée se veut très clair sur le sujet : si le troisième personnage de l’État s’entête, « il faudra ensuite qu’il parle aux Français ». Or on le sait, la chambre haute a rarement eu bonne presse dans l’opinion publique. « Le Sénat n’est qu’une maison de retraite pour privilégiés de la politique », écrivait dès 1999 l’ancien député écologiste Noël Mamère, dans son ouvrage Ma République (Éd. Seuil).

« Certains élus, au Sénat par exemple, se comportent comme les corps intermédiaires, souligne dans la même veine un proche d’Emmanuel Macron. Ils ne veulent pas que la vie politique évolue. » Le président du groupe La République en marche (LREM) à l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, n’avait pas dit autre chose en déclarant, fin janvier, dans l’émission « Questions d’info » de LCP-Le Point-AFP : « Depuis hier, nous connaissons ce que pense le président du Sénat : grosso modo, c’est “on ne change rien, on continue comme avant et on installe un certain nombre de règles dans le marbre pour l’éternité”. Ça me paraît quand même un tantinet conservateur, donc il va falloir commencer à discuter pour aboutir à une révision constitutionnelle. »

En mettant l’accent sur les « privilèges » et le « conservatisme » des uns et des autres, l’exécutif se pose constamment en garant du mouvement face à l’immobilisme supposé de ceux qui ne sont pas d’accord avec eux. Pour parfaire sa démonstration, il s’appuie sur les sondages qui viennent épauler ses projets, tout en continuant à ignorer ceux qui lui sont défavorables.

Le dernier en date, réalisé par Odoxa-Dentsu Consulting pour France info et Le Figaro, indique que « 82 % des Français jugent utile une réforme constitutionnelle » et valide la plupart des mesures contestées par Gérard Larcher. « On voit que les Français sont d’accord, se réjouit le patron des sénateurs LREM, François Patriat. Le gouvernement a la main forte ! »

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Sauf mention contraire, toutes les personnes citées dans cet article ont été interrogées entre les mois de janvier et de mars. Plusieurs d’entre elles ont accepté de répondre à nos questions à condition de rester anonymes, ce que nous avons respecté.