Loi sur le travail: la mobilisation s'amplifie

Bien décidés à empêcher le gouvernement de présenter son projet de loi sur le travail au Parlement, des manifestants ont défilé partout en France pour demander le retrait du texte. Selon les organisateurs, plus d'un million de syndicalistes, étudiants et simples citoyens se sont déplacés. Ils donnent déjà rendez-vous les 5 et 9 avril pour de nouveaux défilés.

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 « Le temps est pourri, et la loi travail aussi ! » Scandé à pleins poumons par quelques dizaines de manifestants, drapeau du mouvement des Jeunes communistes en main, le slogan s’élève alors que l’averse qui accompagne les manifestants parisiens depuis le milieu de la journée se mue petit à petit en déluge. Quelques mètres derrière, Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de FO, ouvre le carré de tête officiel de la manifestation cheveux trempés, aux côtés d’un Philippe Martinez, patron de la CGT, engoncé dans une capuche. Et derrière eux, des milliers et des milliers de personnes ont parcouru l’Est parisien pour cette mobilisation prévue par les syndicats depuis plusieurs semaines, et à laquelle tous les opposants à la loi sur le travail se sont invités.

Sur le boulevard de l'Hôpital, à Paris. © D.I. Sur le boulevard de l'Hôpital, à Paris. © D.I.

Malgré le mauvais temps parisien, le cortège a réuni entre 26 000 et 28 000 personnes selon la police, c’est-à-dire autant que pour la première grande manifestation du 9 mars, et bien plus que celles du 17 mars et du 24 mars. Les syndicats voient plus grand : selon leurs décomptes, les manifestants parisiens étaient 100 000. Mais au fond, ce débat importe peu : même en se basant seulement sur les chiffres de la police, la mobilisation totale en France est en hausse par rapport au 9 mars, selon le calcul du Monde.

Les policiers ont compté 20 000 manifestants à Toulouse, 12 000 à Nantes, 11 200 à Marseille, 10 000 à Bordeaux et à Rennes, 7 000 à Grenoble, au Havre et à Montpellier, 6 000 à Rouen, 5 500 à Saint-Nazaire ou encore 5 000 à Clermont-Ferrand. À chaque fois, les organisateurs revendiquent bien sûr plus de monde sur place. En tout, 1,2 million de personnes selon la CGT et FO. La CGT annonce d’ailleurs les prochaines manifestations pour les mercredi 5 et samedi 9 avril, « jusqu'au retrait » du texte.

Un aperçu du rassemblement à Montpellier. © Jean Suignard Un aperçu du rassemblement à Montpellier. © Jean Suignard

Un retrait qui n’est pour l’heure pas du tout envisagé par l’exécutif. Lequel avait prévenu : les défilés du jour ne l’ébranleraient pas, puisqu’il estime avoir déjà accédé à une partie des demandes des opposants au projet de loi. Et le premier ministre a confirmé cette position dans l’après-midi, lors des questions au gouvernement au Sénat, où il a dit « assumer ses différences » avec les manifestants, CGT et FO en tête. « C'est, on le voit bien, une discussion qui traverse les partenaires sociaux et les formations politiques, donc j'assume, assumez cette différence sur cette vision qui est la nôtre de la démocratie sociale », a affirmé Manuel Valls, répondant à la sénatrice communiste Éliane Assassi qui réclame le retrait du texte. À cette occasion, les sénateurs communistes se sont levés pendant la question en brandissant des pancartes rouges clamant : « Loi Travail, non merci. Retrait. »

À ces débats policés faisaient écho les slogans lancés dans les rues de Paris par de jeunes voix fort remontées : « La loi travail, c'est marche ou crève. Qu'est-ce qu'on lui répond ? Grève ! Grève ! Grève ! » ; « Hollande, Valls et Macron, on ne sera jamais de la chair à patrons ! »

À 15 h 45, alors que les premiers rangs du cortège parisien atteignent leur destination, les derniers n’ont pas encore quitté la place d’Italie, lieu de départ de la manifestation. Et le boulevard de l’Hôpital, qui s’étend sur 1,5 kilomètre à partir de la place d’Italie, est bondé sur toute sa longueur. Dans le cortège, on trouve en masse les bataillons de la CGT et de FO, appuyés par des représentants de Solidaires, et de nombreux groupes de lycéens et d’étudiants motivés. Ils sont tous devancés, devant même le carré de tête, par des dizaines de jeunes « autonomes » mêlés à des étudiants et des lycéens.

Des manifestants CGT, boulevard de l'Hôpital à Paris © D.I. Des manifestants CGT, boulevard de l'Hôpital à Paris © D.I.

Tout au long du parcours, les gendarmes mobiles étaient présents en nombre imposant. Ils ont essuyé des moments de forte tension avec ces jeunes en tête du cortège, et ce sont leurs boucliers, brandis pour se protéger des divers projectiles volant régulièrement en leur direction, qui ont de fait régulé la vitesse du défilé pendant une bonne partie du cortège. Comme partout en France, les heurts avec les manifestants se sont multipliés (lire ici notre article).

Pas de mobilisation sans confiance
Pas de confiance sans vérité
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Correction - 1er avril : Nous avons indiqué dans un premier temps que le syndicat Unsa manifestait officiellement à Paris, ce qui n'était pas le cas. En revanche, des représentants de Solidaires étaient bien présents, et nous l'avons ajouté.