La grande panique des maires ruraux

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Dans le Nord rural, lesmaires s'inquiètent de la suppression de la taxe professionnelle.L'Etat promet de compenser? Un élu fustigel'«Etat menteur». La réforme des collectivités territoriales les plonge dans des abîmes de perplexité. Demain, quedeviendront leurs villages?
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Le foyer rural d'Inchy-Beaumont (Nord) est plein à craquer, on s'embrasse, on se serre la main, bonne année. Vieux briscard, le député (PS) Christian Bataille glisse: «Plus les communes sont petites, plus les habitants se déplacent pour les vœux.» En 2010, c'est une grande première: Inchy (721 habitants) et Beaumont (463), deux villages collés l'un à l'autre au bord de la nationale entre Cambrai et le Cateau, ont organisé une cérémonie commune. Les deux maires sont là, sur l'estrade, se font des politesses, «à toi Jean-Louis», «merci Fabrice».

Ils parlent des travaux de 2009, l'école et la rénovation du Poilu d'Inchy, repeint de toutes les couleurs. Puis le maire d'Inchy, Jean-Louis Caudrelier, prend une mine sévère: «2010 s'annonce sous des auspices moins favorables. Les différentes réformes législatives et fiscales en cours ou à venir laissent planer un doute sur l'autonomie financière et administrative de nos petites communes.» La suppression de la taxe professionnelle nous incite à la «prudence et à la modération» dans les investissements. Comme si cela ne suffisait pas, une vaste réforme des collectivités locales est en cours. Quelles seront les compétences des communes à l'avenir? Que deviendront les maires? Faudra-t-il se marier pour peser? Et que deviendra notre «ruralité» là-dedans? Beaucoup de questions, si peu de réponses...
Ce week-end de janvier, toutes les cérémonies de vœux se ressemblent. De droite comme de gauche, les élus confient à leurs administrés leurs états d'âme sur la suppression de la "TP", qui représentait parfois jusqu'à 50% de leurs ressources...

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Le Cateau-Cambrésis est une petite ville du Nord, 7000 habitants au beau milieu d'un vaste territoire rural marqué par un fort passé textile, industrie en crise. Lille n'est qu'à 70 kilomètres mais cette partie du Nord est très enclavée. A vrai dire, on ne l'entend pas et comme elle ne dit rien, elle reste invisible. Ici, on souffre de l'isolement géographique et d'un cruel problème de mobilité, du chômage, d'un manque général de qualification. Mediapart souhaitait vous raconter la crise depuis un espace rural, au seuil d'une année 2010 où la crise sociale devrait donner toute sa mesure. Or cette zone offre un panel des difficultés du monde rural (l'éloignement, la précarité mais aussi une certaine solidarité, les crises du monde agricole) et des problèmes posés par sa relation aux espaces urbains : ainsi, au nord, le dynamisme de Valenciennes attire des habitants, tandis qu'au sud, les campagnes périclitent. Je me suis donc installé au Cateau du 16 au 21 janvier avec dans l'idée de revenir à la base de mon métier : chercher des histoires à raconter, au gré des rencontres et des surprises.

Le week-end des 16 et 17 janvier,
je me suis rendu avec le député PS Christian Bataille aux vœux des maires de sa circonscription. Le dimanche matin, j'ai rencontré Paul Raoult en mairie. La citation du maire du Cateau est tirée de sa déclaration de vœux distribuée dans les boîtes aux lettres de la ville.