Paroles de non-vaccinés : « Je ne suis plus les infos, ni la télé »

Portraits de Français non vaccinés. À la rencontre de leurs hésitations et de leurs doutes, de leurs choix militants ou juste de leur opposition à une politique jugée liberticide.

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Ils sont parfois antivax militant, parfois juste inquiets ou dans le doute, parfois seulement offusqués de la mise en œuvre du passe sanitaire. Alors que les députés ont approuvé vendredi le projet de loi qui l’introduit, instaurant notamment le principe du licenciement d’un salarié non vacciné, l'opposition à un durcissement de la politique vaccinatoire se cristallise dans le pays. En plein été et en dépit d'une météo hasardeuse, la mobilisation se durcit (lire notre reportage à Paris ce samedi). Mediapart a interrogé ses opposants divers au vaccin contre le Covid-19.

  • Tony, 32 ans, cariste au chômage

« Les trois principales sociétés qui ont développé le vaccin ont toutes été condamnées, mais ça, ils n’en parlent pas à la télé ! » Tony lui-même ne saurait en dire davantage, il est pourtant catégorique : il ne se fera pas vacciner. Ce cariste au chômage s’informe principalement « sur Facebook », où il retient quelques titres d’articles avant de les chercher sur Google. « Mais je m’informe surtout en discutant avec mes amis. »

Sur les effets secondaires du vaccin, Tony s’étonne de la rapidité avec laquelle les produits ont été mis sur le marché. « En moins d’un an, ils ont trouvé un vaccin, c’est magique », ironise-t-il, avant de plébisciter Didier Raoult et les « médicaments qui marchent comme la chloroquine » , même si les études disponibles disent le contraire.

Si je postule pour un taf et qu’on me dit que c’est mort si je ne suis pas vacciné, je dirai ciao.

À 32 ans, Tony vit encore dans le logement de sa mère à Bondy (Seine-Saint-Denis), « la seule personne qui [lui] reste ». « On n’est pas daccord sur le fait de se faire vacciner. Elle est moins catégorique que moi, mais elle a aussi peur des effets secondaires. »

Il n’envisage pas, cependant, de participer aux manifestations contre la vaccination obligatoire ou le passe sanitaire, à cause des « flics qui tallument au LBD ou qui te gazent ». 

Le chômeur, qui a grandi dans une cité, n’a pas son bac mais « le permis cariste ». Avec l’extension du passe sanitaire, Tony voit surtout une occasion de « niquer l’économie » : il compte boycotter les établissements le réclamant. « On va leur taper dans le portefeuille. »

« Si je postule demain pour un taf et quon me dit que c’est mort si je ne suis pas vacciné, je dirai ciao. » De toute façon, s’il n’arrive pas à retrouver un job avant la fin de ses indemnités chômage, il y a toujours « l’économie parallèle », glisse-t-il, dans un sourire malicieux.

  • Blandine, 27 ans, membre d’Extinction Rebellion

Début juillet, Blandine réfléchissait encore à la vaccination. Malgré son manque de confiance envers le gouvernement et ses interrogations autour du vaccin, elle était sur le point de se laisser convaincre. Et puis, Emmanuel Macron a annoncé l’extension du passe sanitaire. « Ça m’a tellement choquée que j’ai décidé de ne pas le faire. Je ne vais pas me faire vacciner parce qu’on nous l’impose ! On nous traite comme des enfants. »

La Bretonne, qui travaille dans une collectivité territoriale, l’assure : elle n’est pas antivax mais « contre le régime autoritaire ». Et Blandine ne croit pas trop que la non-vaccination mettrait les autres en danger. Ou alors, « dans ce cas, tous les gens qui ne font rien pour le climat mettent tout le monde en danger. On est en train de foutre l’humanité en l’air et le gouvernement ne fait rien. C’est bien plus grave pour moi ».

Blandine connaît bien les milieux alternatifs bretons et milite pour la cause environnementale depuis deux ans. Membre d’Extinction Rebellion, elle a déjà participé à plusieurs manifestations et s’informe principalement avec Reporterre, Mediapart, Le Monde diplo… « Sinon, je capte les infos quand elles arrivent. Souvent par d’autres personnes parce que je n’ai plus de smartphone et je n’ai pas de télé. C’est en discutant au bistrot du coin que je découvre l’actualité. »

Pour s’informer sur le vaccin, Blandine a quelque peu changé ses habitudes : « J’ai essayé de regarder les infos mainstream, des infos au hasard sur Internet, Réinfo Covid… J’ai surtout parlé avec des amis médecins, je trouve leur opinion très très importante. »

L’extension de l’utilisation du passe aux salariés des entreprises accueillant du public n’a fait que renforcer ses convictions. « Si je dois perdre mon boulot, je perdrai mon boulot, martèle la jeune femme. C’est une question de liberté. »

  • Gaëlle Picard, 40 ans

Gaëlle Picard est une « gilet jaune » de la première heure. Mère célibataire, elle ne s’est jamais opposée aux vaccins obligatoires pour ses enfants. D’ailleurs, elle ne se dit pas « antivax ». En revanche, elle ne cédera pas au « chantage du président » sur le sérum contre le Covid-19. Si le passe sanitaire avait été la condition sine qua non pour les inscrire à l’école, elle les aurait déscolarisés.

Cette ancienne maître d’hôtel licenciée pour inaptitude après un accident du travail en 2016 a économisé 6 000 euros pour offrir à toute la famille un voyage en Martinique en août. Avec l’entrée en vigueur du passe sanitaire, elle compte tout annuler.

Gaëlle Picard, en manifestation à Paris, samedi 17 juillet 2021. © RLS Gaëlle Picard, en manifestation à Paris, samedi 17 juillet 2021. © RLS
« On devrait faire des tests tout le temps, ou alors ne pas aller au resto, ne rien pouvoir faire, ça n’a plus aucun intérêt, regrette la jeune femme. Mes enfants vont être malheureux mais ils comprendront plus tard que si je ne les vaccine pas, c’est pour leur bien. »

Elle s’inquiète de ces vaccins contre le Covid-19 développés si rapidement « sans qu’on puisse se retourner contre les fabricants en cas de survenue d’effets indésirables. Ça n’inspire pas confiance », estime la gilet jaune, qui se dit « très déterminée ».

Cela se lit sur son visage, qui retrouve pourtant toujours le sourire, entre deux dénonciations parfaitement déroulées. Elle regrette que les non-vaccinés deviennent « des parias qui ne peuvent même plus faire leurs courses, vivre normalement » et que « le président essaie de monter les uns contre les autres ».

Jusqu’alors, elle envisageait une reconversion pour être animatrice pour les personnes âgées. Elle a même débuté une formation… En contact avec ce public vulnérable, elle serait concernée par l’obligation vaccinale. « Tant pis. J’achèterai une grange, on plantera nos légumes et on vivra en autarcie mais je ne me ferai pas vacciner », assure-t-elle.

Intransigeante, toujours, s’agissant de sa mère de 62 ans. « Je lui ai interdit de se faire vacciner. Elle m’écoute car elle sait que si elle se retrouve avec un handicap à cause du gouvernement qui fait le forcing sur le vaccin, il n’y aura plus rien qui me retiendra », lâche avec une certaine fierté cette révoltée des atteintes aux libertés.

La salle d’attente pour les vaccinations avec le vaccin Pfizer dans un centre situé au « 104 » à Paris, en avril 2021. © Photo Amaury Cornu / Hans Lucas via AFP La salle d’attente pour les vaccinations avec le vaccin Pfizer dans un centre situé au « 104 » à Paris, en avril 2021. © Photo Amaury Cornu / Hans Lucas via AFP

  • Stéphane*, 50 ans, pompier 

Stéphane*, 50 ans, n’est pas insensible aux dangers du Covid. Sapeur-pompier professionnel en Moselle, il est mobilisé depuis un an et demi dans l’un des territoires qui, dès le printemps 2020, fut l’un des plus tôt et plus violemment touchés. « Ici, la première vague a fait des ravages », se souvient-il.

Stéphane n’est pas non plus opposé à la vaccination. Dans le cadre de son travail, il s’est jusqu’ici soumis les yeux fermés aux doses obligatoires. Mais Stéphane n’est toujours pas vacciné contre le Covid, et il ne le fera que lorsqu’il y sera contraint. « Les autres vaccins, ils ont prouvé leur efficacité, on a beaucoup de recul », argue-t-il, pour justifier son choix.

« En fait, ce qui me dérange vraiment, rebondit-il immédiatement, ce sont les méthodes employées par les autorités, pas la vaccination en tant que telle. J’ai toujours été un défenseur des libertés individuelles, c’est absolument fondamental pour moi. Le tracing, ils l’ont mis en place, mais que vont-ils faire de nos données ? »

Stéphane n’a « plus confiance envers le gouvernement », ne supporte plus que les décisions soient imposées par le Conseil de défense et considère que la France n’est « plus une démocratie ». « Les pompiers ont été éjectés de la prime Covid, on n’a rien touché, rappelle-t-il, et maintenant on nous intègre dans la vaccination obligatoire. »

Le pompier estime que le gouvernement « n’anticipe rien ». « On a manqué de tout, de masques, de tenues adaptées à la virologie. Ils ne nous ont jamais écoutés quand par exemple, alors qu’on nous faisait entrer dans les Ehpad, on a expliqué qu’il ne fallait pas qu’on arrête de traverser la cantine et qu’on prenne en charge les patients dans les sas d’entrée. »

À la télé, il y a des médecins qui disent tout et leur contraire.

« Par contre, reprend-il, ils nous ont imposé le rasage intégral », peste-t-il, en référence à cette décision polémique, dans son département, de suspendre en mai 2020 une vingtaine de pompiers portant la barbe.

« Si la gestion avait été plus cohérente depuis le départ, je me serais vacciné plus vite », pense-t-il. Il ne se vaccinera que le jour de la publication du décret l’obligeant à le faire, sous peine de sanctions allant jusqu’au licenciement. Tout en s’étonnant que la France n’agisse pas sur la scène internationale pour libérer les brevets des vaccins.

Le pompier en veut également beaucoup au traitement médiatique de la pandémie. « À la télé, il y a des médecins qui disent tout et leur contraire, indique-t-il, en ciblant les chaînes d’info en continu. Ce n’est pas BFM qui va me dire si je dois me vacciner. »

Lui va chercher l’information sur Internet, sur des portails institutionnels : « Je consulte régulièrement les sites de l’OMS [Organisation mondiale de la santé] et l’ARS [lagence régionale de santé]. Pour le projet de loi [concernant l’obligation vaccinale à laquelle il sera soumis], je suis allé chercher les textes officiels. J’ai vu que la jurisprudence française et européenne dit qu’on ne peut pas imposer un vaccin en phase expérimentale [ce qui n’est plus le cas des vaccins Covid  ndlr]. Je pensais qu’il y aurait plus de censure de la part du Conseil d’État mais bon… »

Stéphane sait que le variant Delta est « plus contagieux » mais explique que, sur son territoire, « des formes graves, on n’en transporte pratiquement pas ». Dans sa caserne, le pompier s’inquiète de certains de ses collègues, « les jeunes », « qui vont être jusqu’au-boutistes » en refusant de se soumettre à l’obligation de se vacciner. « Cela me fait peur car l’opinion publique ne les suivra pas, ces jeunes, car les gens ont peur du virus, même s’ils ne font pas confiance au gouvernement. Et puis, leurs dossiers [administratifs] seront indéfendables… »

Il craint aussi un exode vers le Luxembourg, qui a ouvert, selon lui, « 400 postes » (265 d’ici 2025, selon le Grand-Duché), « mieux rémunérés », alors « qu’en Moselle on est déjà à flux tendu ». Le pompier croit savoir que « c’est pareil à l’hôpital de Metz, déjà en manque d’effectifs, et qui va subir des départs pour le Luxembourg »

Manifestation contre le passe sanitaire et la vaccination obligatoire à Paris, le 17 juillet 2021. © Photo Katia Zhdanova / Hans Lucas via AFP Manifestation contre le passe sanitaire et la vaccination obligatoire à Paris, le 17 juillet 2021. © Photo Katia Zhdanova / Hans Lucas via AFP

  • Martine, 60 ans 

Depuis près d’un an et demi, Martine vit « toute seule », comme en « immersion »« Depuis le Covid, je n’ai pas revu mon père de 84 ans. » Elle souffre d’obésité, de problèmes cardio-vasculaires, elle est en rémission d’un cancer qui l’a touchée en 2013, abîmant l’un de ses poumons. « Pour moi, un état grippal, c’est très grave. Je sais que je suis à risque face au Covid. J’en fais des crises d’angoisse », confie cette ancienne agente administrative à l’hôpital Saint-Anne à Paris.

Mais Martine est convaincue que le vaccin lui est contre-indiqué : « J’ai mal réagi à un vaccin contre la grippe, j’ai fait deux bronchites carabinées. Je fais aussi des allergies aux anti-inflammatoires, à la cortisone. » Et même si elle n’avait rien de tout cela, elle aurait attendu pour être vaccinée, en raison du manque de recul. « On a mal expliqué à la population comment marche exactement ce vaccin », juge-t-elle. 

Martine a engagé la discussion avec son médecin traitant : « Elle a admis que j’étais à risque, que c’était embêtant. Je la revois en août, j’espère obtenir un certificat de contre-indication. » Dans sa petite ville de 2 000 habitants de la Nièvre, qui devient un désert médical, « il y avait quatre médecins avant, nous n’en avons plus qu’un. Elle est débordée, fatiguée ». 

Le passe sanitaire va compliquer ma vie de malade, je n’ai pas choisi ces maladies.

Fin septembre, Martine doit aussi rencontrer son cardiologue, qu’elle n’a pas vu depuis plus d’un an : « Lui aussi est débordé, il n’a pas le temps, ce sera 15 minutes. » En septembre, elle aura aussi un rendez-vous avec son cancérologue, retardé par le confinement. Et elle fera des examens médicaux programmés à l’hôpital, où elle « a très peur d’être contaminée ». Mais avec le passe sanitaire, « on rentre dans notre vie, dans notre liberté » : « Je devrais faire un test PCR ? Le passe sanitaire va compliquer ma vie de malade, je n’ai pas choisi ces maladies. »

Elle s'informe par l’Association internationale pour une médecine scientifique et bienveillante, fondée par le professeur controversé Philippe Even, qui relaie le site France-Soir, de nombreuses thèses antivaccin et promeut le traitement non reconnu à base d’ivermectine et d’azithromycine. Martine est remontée contre la quasi-totalité des médias, « qui ne parlent que de la vaccination, sont sous la coupe du gouvernement ».

Autour d’elle, c’est « vaccins, vaccins, vaccins » : « Mes proches commencent par me parler du vaccin. Et vous aussi, vous êtes dans un objectif de vaccination ! »

Au fond, à 60 ans, elle en a assez « de tous ces professeurs qui racontent n’importe quoi : les vaccins arrêteraient les épidémies, les variants ?! Les médecins qui disent la vérité sont blackboulés ». 

Et les personnes qui doutent, comme elle, « n’ont pas le droit de s’exprimer ». Elle ne croit pas « les autorités sanitaires », « la pharmacovigilance ne s’occupe pas des problèmes : il y a eu le Mediator, le Distilbène, le Levothyrox. Tout ça, ce sont des histoires de pognon avec le lobby pharmaceutique ».

Martine ignore que la pneumologue Irène Frachon, qui a débusqué le scandale du Mediator, s’est déclarée « convaincue de l’efficacité des vaccins ».

  • Antoine*, 30 ans, employé d’un groupe d’hôtellerie, à Aix

Les menaces de son responsable hiérarchique ne l’ont pas fait changer d’avis. Antoine*, 30 ans, employé en hôtellerie à Aix-en-Provence, raconte avoir été convoqué dans le bureau de son directeur pour parler vaccination. « Depuis le mois de juin, il n’arrête pas de nous mettre la pression pour qu’on se fasse vacciner. Et là, il voulait savoir où j’en étais, en me menaçant de me virer si je reste sur ma position. »

Mais pas question de céder, quitte à perdre son emploi. « Je lui ai dit que je n’allais pas changer d’avis, ça ne lui a pas plu, je suis en ce moment en procédure de licenciement. » Une décision qu’Antoine ne comprend pas : « Je m’occupe des réservations. Je fais tout par téléphone et ne suis donc jamais en contact avec les clients. Il est où le risque ? »

Dans son entreprise, Antoine n’est pas le seul à s’opposer aux sérums. « On est trois. L’un est parti, l’autre a fini par céder, et moi, je suis en train de me faire virer à cause de ça », assure-t-il. Son choix, il le justifie par un manque de recul et une méconnaissance des « effets secondaires à long terme des vaccins à ARN messager ». Comment s’informe-t-il ? « Je ne suis plus les infos, ni la télé. Je me suis déconnecté. Pour moi, ça relève surtout du bon sens. »

Et de préciser : « Je me serais bien fait vacciner avec le vaccin Sanofi, car c’est une technique qu’on connaît depuis longtemps. Par contre, les vaccins à ARN messager sont récents. Je sais que sur du court terme, ça va, mais les effets secondaires dans 15 ou 20 ans ? » Lui qui « ne tombe malade qu’une fois tous les six ans ».

Au fond, concède-t-il bien volontiers, il compte sur « tous ceux qui vont se faire vacciner » pour atteindre l’immunité collective et « mettre fin au passe sanitaire et passer entre les mailles du filet ».

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* Les prénoms ayant une astérisque accolée ont été modifiés à la demande des interrogés