En Guyane, autochtones et écolos se fédèrent contre la Montagne d’or

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Le débat public ouvert au mois de mars en Guyane, concernant le gigantesque projet de mine d’or au cœur de la forêt amazonienne, se termine le 7 juillet. Les documents donnés par le maître d’ouvrage, jugés partiels, voire mensongers, n’ont guère convaincu. Les peuples autochtones, opposés par principe à ce projet, ont eu du mal à se faire entendre.

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Cayenne et Saint-Laurent-du-Maroni (Guyane), de notre envoyé spécial.– Il est 14 h 15, lundi 18 juin à Saint-Laurent-du-Maroni et la pluie vient de cesser. Sur le parking qui jouxte le terrain de football, à l’entrée de la grande ville de l’Ouest guyanais (environ 50 000 habitants), de larges flaques parsèment la terre ocre. Une centaine de manifestants se réfugient à l’ombre de quelques arbres alors que le soleil recommence à briller. Des Blancs, beaucoup, quelques Amérindiens. Un véhicule de gendarmes observe la scène de loin. 

Puis arrive le car de la Jeunesse autochtone de Guyane (JAG), des Amérindiens en tenue traditionnelle en descendent. Le rouge domine. Les grands drapeaux représentant l’ensemble des peuples natifs sont brandis. Un groupe de membres des associations Trop violans (contre les violences) et 500 Frères (contre la délinquance) arrive à son tour. Noirs pour la plupart. Le cortège se met en position : les représentants amérindiens devant, le reste derrière. 

Depuis trois mois maintenant, et jusqu’au 7 juillet, la Compagnie Montagne d'or participe au débat public organisé par la commission du même nom et obtenu par France Nature Environnement après une âpre bataille. Les termes du débat ? La CMO, détenue à 55 % par le russe Nordgold et à 45 % par le canadien Columbus Gold, veut établir au cœur de la forêt amazonienne une immense mine d’or à ciel ouvert. Mais le dossier présenté par l'opérateur est jugé insuffisant par les associations environnementales : que ce soit sur les procédés utilisés pour extraire l'or – la cyanuration –, les mesures prises pour limiter l'impact de la mine sur l'environnement, ou même les conditions du débat, duquel les populations autochtones se sentent mises à l'écart. 

À l’occasion de l’ultime débat public, la manifestation rassemble environ 300 personnes. Peu avant le départ, Christophe Pierre, porte-parole de la JAG, harangue la foule : « Aujourd’hui, j’ai une simple demande à vous faire, de vous munir de courage, de vous munir d’espoir, de vous munir d’amour, parce que c’est ça qui va réussir à briser une multinationale avide de pouvoir, avide d’argent, avide de priver le reste de l’humanité de ce dont ils ont besoin. » Et d’ajouter : « On refuse d’être déplumés pour que d’autres s’enrichissent sur notre dos. Aujourd’hui, on démontre encore une fois que la Guyane est debout. » Longs cheveux noirs, habit rouge, Christophe Pierre a vu son aura considérablement augmenter ces derniers mois, notamment grâce à ses prises de position.

Prise de parole de Christophe Pierre avant le départ de la manifestation. © CG Prise de parole de Christophe Pierre avant le départ de la manifestation. © CG

Le cortège s’ébranle au rythme des tambours. Direction la mairie de Saint-Laurent-du-Maroni, à quelques centaines de mètres. Dans la grande salle de la mairie, le contraste est saisissant. Une dizaine de personnes tout au plus écoutent les orateurs. Cette dernière réunion du débat public n’est pas un débat, et c’est à peine public. Avec le bruit des manifestants, les paroles sont à peine perceptibles. Deux membres de Sud Éducation se partagent leur temps pour conspuer le projet. Le syndicat, avec l’UTG et la FSU, a rejoint récemment le mouvement contre la Montagne d’or. 

Au moment même où Lénaïck Adam, député de la seconde circonscription de Guyane (l’Ouest), diffuse un message enregistré favorable au projet, huées et tambours redoublent au dehors. « Le vrai débat ne devrait pas être pour ou contre la Montagne d’or, la vraie question est ce que ce projet va permettre d’obtenir en termes de retombées économiques, d’emploi pour les Guyanais, et en termes écologiques et environnementaux bien évidemment », lâche le député d’un ton monocorde.

C’est au tour d’Amandine Galima, autre porte-parole des JAG, de parler. « Voilà plus d’un an qu’avec mes sœurs et mes frères nous luttons pour mettre fin à cette absurdité qu’est le projet Montagne d’or », commence la jeune femme. Elle détaille le refus des peuples autochtones : « Autour du site Montagne d’or, il existe quinze montagnes couronnées, sacrées, des vestiges de nos ancêtres, de notre passé, de notre histoire. Nous ne pouvons tolérer qu’un tel sacrilège soit fait sur notre territoire. »

Dans la manifestation contre la Montagne d'or à Saint-Laurent-du-Maroni. © CG Dans la manifestation contre la Montagne d'or à Saint-Laurent-du-Maroni. © CG

Amandine Galima conclut par un message « rempli d’émotion et de sentiments », « car mon cœur est relié à cette terre, cette terre qui souffre des maladies que vous apportez. Les chants de nos ancêtres résonnent à travers nos âmes et le son des tambours murmure qu’il ne faut rien lâcher. Oui, je n’évoque pas les chiffres car le monde n’est pas composé de chiffres mais de différentes formes de vie dépendantes les unes des autres. Je m’appelle Mawalum, qui veut dire la dernière ombre, je suis l’esprit qui réside dans les racines des arbres et je vous mets au défi de nuire à mon pays ». Le contentieux entre les peuples autochtones et la Compagnie Montagne d’Or (CMO) est sans doute le plus périlleux pour l’entreprise, car les premiers se passent d’arguments techniques. 

Si la Guyane a depuis 150 ans sur son sol des chercheurs d’or, ceux-ci se sont concentrés sur l’orpaillage, la recherche du précieux minerai dans les rivières et cours d’eau. Orpaillage légal ou illégal, il s’agissait de petites exploitations. Tel n’est pas le projet de la CMO. 

Selon le maître d’ouvrage, « l’objectif est d’extraire 85 tonnes d’or de réserves déjà définies sur le gisement, soit la production de 6,7 tonnes d’or par an sur 12 ans » (lire le dossier versé au débat public). Pour ce faire, la société va pulvériser des millions de tonnes de roches, creusant une fosse de 2,5 km de long pour environ 400 mètres de large, et qui aura 250 mètres de profondeur. Surtout, de multiples risques environnementaux sont soulignés par les contempteurs de la mine : la déforestation nécessaire aux installations, l’utilisation du cyanure, le risque de remontée de métaux lourds présents naturellement dans le sol, la gestion des déchets miniers et celle de l’après-mine. 

Le site couvrira 800 hectares. Si une partie est déjà défrichée, 374 hectares de forêt primaire vont encore passer à la tronçonneuse, auxquels il faut ajouter 200 hectares pour l’amélioration de la route et le passage d’une ligne électrique haute tension.

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Je me suis rendu en Guyane du 14 au 19 juin. Tous les Guyanais cités ont été rencontrés sur place, à l’exception d’Hélène Sirder, vice-présidente de la CTG, rencontrée à Paris. Cet article est le premier volet d’une enquête en trois parties.