Au pays des mamans-poules et des «mères-corbeaux»

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L'Allemagne est notre premier partenaire économique, et l'Union européenne ne pourrait être sans le fameux couple franco-allemand. Mais à part Angela Merkel, Airbus, le football et la bière, à quoi ressemble l'Allemagne? Mediapart vous la fait découvrir. Première étape: Cologne, au nord-ouest du pays. Où l'on découvre que les femmes allemandes, coincées entre le poids de la tradition qui les a assignées au foyer et leur désir de travailler, ont encore bien du mal à concilier vie professionnelle et maternité. Résultat: un des plus bas taux de fécondité d'Europe.

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Birgit Steuer n'ira pas travailler. Deux jours qu'elle est en grève. Dès huit heures du matin, elle et 2000 collègues ont investi la Hans-Böckler Platz, rendez-vous habituel des manifestations à Cologne. Il y a du café, et il est fort. On a apporté des pliants, et les crécelles pour faire du bruit. Birgit est nounou. Elle travaille dans un jardin d'enfants municipal. Comme elle, la plupart des employées des jardins d'enfants municipaux de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (nord-ouest) ont débrayé. A Cologne, à Dortmund, à Aix-la-Chapelle.

 

«Nous valons plus que ça», disent les banderoles. En 2007, les parlementaires de l'Etat régional (Land) de Rhénanie-du-Nord-Westphalie ont voté une loi qui encourage les parents à confier les moins de trois ans aux jardins d'enfants. «Depuis cette loi, c'est l'enfer», raconte Birgit. Les petits affluent, les meubles prévus pour des 3-6 ans ne sont pas adaptés. Les parents exigent toujours plus, des cours d'anglais ou des sessions de «baby-yoga», dit Birgit. Arrêts maladies en cascade. A la tribune, le porte-parole du syndicat des services Ver.di exige des postes, des moyens, plus de reconnaissance.

 

Manif des nounous de Cologne, 18 mai.

 

La mesure était pourtant louable : l'Etat régional (Land) de Rhénanie voulait développer la prise en charge des tout-petits pour permettre à leurs mères de travailler. Actuellement, seuls 7% des moins de trois ans du Land sont pris en charge par des jardins d'enfants publics ou privés, financés par des églises ou des associations de parents — le taux est plus élevé à l'Est, un héritage de la RDA socialiste. Les autres sont gardés par leurs mères, ou confiés à des nourrices privées. Ici, l'école maternelle n'existe pas. A chacun de se débrouiller. A chacune, plutôt : en Allemagne, l'éducation des enfants reste l'affaire des femmes.

 

Les racines du modèle patriarcal sont anciennes. Le réformateur protestant Luther voulait des épouses toutes dévouées à leur foyer, comme des nonnes à Dieu, explique l'historienne Barbara Vinken dans un ouvrage sur la figure tutélaire de la mère allemande. Plus tard, philosophes et pédagogues ont sanctifié la femme discrète, pieuse et mère irréprochable. Jusqu'à l'apogée nazi : le régime d'Hitler s'est évertué à transformer la femme en machine à enfanter au service du Reich.

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Pour l'essentiel les citations proviennent d'un reportage effectué à Cologne, le lundi 18 et le mardi 19 mai. Néanmoins, Dorothea Böhm (Familiennetzwerk), Jutta Hoffritz (journaliste et écrivain), Kathrin Göring-Eckard (vice-présidente du Bundestag, la chambres des députés) ont été interrogés par messagerie électronique, pour des raisons d'agenda.