En soutenant de fait le coup d’État du fils du président Déby, Emmanuel Macron a engagé la France sur un chemin dangereux. Une décision prise dans le huis clos de l’Élysée, dont députés et sénateurs semblent tout ignorer, jusqu’à la légalité.
À l’image de sa gouvernance, l’une des plus troubles du continent, les circonstances du décès du président tchadien, annoncé mardi par l’armée, restent floues. Officiellement, il est mort des suites d’une blessure reçue lors de combats ce week-end.
Mise en cause dans un rapport des Nations unies, la France se dit victime d’une « guerre informationnelle ». Paris affirme que ses forces ont bombardé des djihadistes, et non des civils réunis pour un mariage, le 3 janvier au Mali.
Au pouvoir depuis trente ans grâce au soutien de la France, le président tchadien sortira probablement vainqueur, une fois encore, du scrutin présidentiel de dimanche. Victoire d’autant plus prévisible que ses véritables opposants ont retiré leur candidature pour ne pas cautionner une mascarade électorale acceptée d’avance par Paris.
Une enquête des Nations unies conclut qu’une frappe aérienne conduite par l’armée française au Mali, en janvier, a tué dix-neuf civils réunis pour un mariage, et non pas seulement des djihadistes, comme le dit le gouvernement.
La mission d’information sur l’opération Barkhane auditionne aujourd’hui l’africaniste d’extrême droite Bernard Lugan, référence de nombreux officiers français, en dépit de sa vision racialiste du continent africain. Une enquête de la Revue du Crieur.
Emmanuel Macron devrait annoncer un « ajustement » de la force déployée dans le cadre de l’opération Barkhane lors du G5 Sahel, lundi et mardi. Plus de six ans après le lancement, les certitudes ont laissé place aux interrogations et au doute.
Au-delà de son bilan militaire mitigé, l’opération française Barkhane – dédiée à la lutte contre les groupes djihadistes au Sahel – est le symptôme d’une série d’échecs politiques et diplomatiques qui ne concernent pas que la France.
Près de vingt hommes ont été tués, et plusieurs blessés, dimanche 3 janvier près du village de Bounti, au centre du Mali. L’armée française assure qu’il s’agissait de djihadistes, mais il semble que des civils qui participaient à un mariage ont également été frappés.
Officiellement, un drone de l’armée française a frappé pour la première fois le 21 décembre 2019 au Mali. Depuis, cela ne s’arrête pas. Mais on ne connaît jamais les cibles visées, ni le bilan exact des frappes.
Au Mali, où deux militaires français ont encore été tués, au Niger ou au Burkina Faso, les groupes djihadistes ont revu leurs pratiques en raison de la présence de drones armés par l’armée française. Mais la crainte de ce qui peut venir du ciel affecte aussi les populations civiles.
Au nom du respect des civils victimes de conflits armés, l’armée française se targue de verser des indemnisations financières à ses « dommages collatéraux ». Sauf au Mali, où la France – en guerre depuis 2013 – a choisi de laisser les autorités maliennes réparer les dégâts commis par ses soldats. Mais le système n’a jamais fonctionné.
La pratique est fréquente mais quasi inconnue : les militaires français versent régulièrement des indemnisations financières à leurs « dommages collatéraux » – le plus souvent des civils étrangers. Même les parlementaires n’ont pas de droit de regard sur cet argent public. Il s’agit pourtant du sort que notre pays réserve à ceux qu’il blesse, tue ou prive de ses biens. Mediapart dévoile les coulisses de ces accords amiables.
Après le sommet de Pau de janvier, au cours duquel il a été décidé d’accentuer la pression sur les groupes djihadistes, les armées sahéliennes ont commis une série de tueries. Les organisations des droits de l’homme dénoncent, Paris se tait.
Depuis janvier, la France et ses alliés du G5 Sahel ont décidé de frapper fort dans la guerre contre les groupes djihadistes sahéliens au prix d’exactions contre les civils. Les armées malienne et nigérienne sont pointées du doigt. Tout comme les Français.
Lundi 13 janvier, Emmanuel Macron reçoit les présidents mauritanien, malien, burkinabé, nigérien et tchadien pour un sommet consacré au Sahel et aux « objectifs de l’engagement français ». Mais au Mali, si les militaires français étaient bienvenus 2013, « aujourd’hui, tout le monde s’en méfie ».