Sur la scène internationale, le prince héritier Mohammed ben Salmane va d’échec en échec. Sur le plan intérieur, ses mesures libérales s’accompagnent d’une répression terrible. Et son fabuleux projet économique « Vision 2030 » a du plomb dans l’aile. Son avenir est aussi lié à celui de Donald Trump.
Le Canada de Justin Trudeau a vécu au mois d’août un bras de fer diplomatique avec l’Arabie saoudite du prince héritier Mohammed ben Salmane sur la question du respect des droits de l’homme. Dans un malaise international symptomatique, piteux. Et lourd de dangers.
Les Saoudiennes en quête de droits et de liberté sont la cible du prince héritier Mohammed ben Salmane. L’une d’elles, Israa al-Ghomgham, est sous la menace d’une exécution publique.
Outre la guerre au Yémen, la grande décision de politique étrangère du prince héritier saoudien ben Salmane concernait l’isolement du Qatar. Il est désormais acquis qu’il s’agit d’une erreur stratégique grossière, alors que l'émir du Qatar était reçu vendredi 6 juillet à l'Élysée.
Emmanuel Macron est très fier d’avoir obtenu de l’Arabie saoudite la tenue d’une réunion à Paris pour faciliter l’accès humanitaire au Yémen. Pourtant, la France continue d’être impliquée indirectement dans le conflit.
Alors que le royaume saoudien s’apprête à laisser les femmes conduire, il vient d’emprisonner une dizaine de défenseurs des droits humains et des femmes en particulier. Les députés européens ont voté une résolution pour dénoncer cette répression.
Officiellement, l’Élysée ne veut parler que de « partenariat technologique » lors de la visite du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane en France du 8 au 10 avril. Officieusement, l’exécutif est sous pression pour ses ventes d’armes au Royaume, qui alimentent le conflit au Yémen.
Dans la nuit du 25 au 26 mars 2015, une coalition dirigée par l’Arabie saoudite lançait une offensive au Yémen qui se poursuit actuellement, faisant plus de 10 000 morts civils d’après les derniers chiffres connus. Une étude juridique, rendue publique le 20 mars par les ONG Amnesty International et ACAT, interroge la légalité des transferts d’armes de la France dans le cadre de ce conflit.
Accusé de corruption, le richissime prince saoudien Al-Walid Ben Talal, propriétaire de l’hôtel George-V à Paris, est toujours détenu à Riyad. Associé à la Caisse des dépôts et consignations (CDC) dans un fonds d’investissement saoudien, il avait été reçu discrètement début septembre par Emmanuel Macron à l'Élysée. Un conseiller du prince avait soutenu la campagne d’En Marche!.
Le fils du roi Fahd d’Arabie saoudite, le sulfureux prince Abdelaziz ben Fahd, pouvait tout demander à Saad Hariri. Une division « VIP » créée au sein du groupe de BTP de la famille Hariri était chargée des besoins du prince, y compris d’« attirer des femmes sans méfiance » dans sa suite. Un temps donné pour mort en novembre, le prince n’est pas réapparu depuis la purge de Riyad.
Alors que l’ancien président Saleh a été assassiné, le Yémen continue de s’enfoncer dans la guerre. Le principal responsable du conflit aujourd’hui est identifié : l’Arabie saoudite. Mais le royaume est appuyé, au moins indirectement, par les pays occidentaux, dont la France.
Le parlement européen a adopté jeudi, à une large majorité, une résolution non contraignante, qui critique violemment la diplomatie économique de la France vis-à-vis de Riyad.
Avec l’arrestation d’une cinquantaine de personnalités, la démission forcée du premier ministre libanais et les accusations contre l’Iran, le prince Mohammed ben Salmane assoit avec véhémence son pouvoir et son influence internationale.
L’ascension de Mohammed ben Salmane s’est accompagnée d’initiatives tous azimuts. Mais elles peinent à porter leurs fruits, comme le montre l’ajustement au projet « Vision 2030 », qui entend faire sortir l’Arabie saoudite de la rente pétrolière.
Après la demande, ensuite abandonnée, de l'Arabie saoudite et de l'Égypte de faire fermer la télévision qatarie, c'est au tour d'Israël de vouloir se débarrasser du bureau de la chaîne à Jérusalem. Ces exigences soulignent la fébrilité des dirigeants de la région soumis à une situation géopolitique instable.
Alors que le royaume wahhabite entend durcir le blocus imposé au Qatar et affirmer ainsi sa domination sur la région, des militants saoudiens des droits humains dévoilent à Mediapart la vraie nature d’une tyrannie qui décapite au sabre et interdit aux femmes de sortir en public sans tuteur masculin.