Nicolas Sarkozy a inauguré la présidence française de l'Union européenne en tirant à vue sur deux institutions clés du projet européen: la Banque centrale européenne, accusée de négliger la croissance, et la Commission européenne, en la personne du commissaire au commerce, Peter Mandelson, suspect de vouloir brader l'agriculture française dans les négociations à l'OMC. Ebouriffant.
Théoriquement terminée, la session parlementaire a été rallongée d'au moins trois semaines. Le gouvernement accélère et veut profiter de l'été pour faire passer deux lourds projets de loi – sur la modernisation des institutions et le temps de travail. En un an, les députés auront voté 58 textes, dont 19 en urgence ! Alors que Nicolas Sarkozy prétend réhabiliter le Parlement et rééquilibrer la Ve République, sa pratique renforce le poids de l'exécutif.
Paradoxale histoire que celle de Philippe Séguin: hier chef de fil du camp français des hétérodoxes, inlassable partisan de « l'autre politique », il pourchasse désormais les déficits, en ses habits neufs de premier président de la Cour des comptes, comme d'autres pourfendaient autrefois les hérétiques. Avec la foi intolérante des nouveaux convertis.
La commission sur le livre numérique présidée par Bruno Patino vient de remettre son rapport, plus prudent que visionnaire. Le texte s'attache à renforcer (la loi sur le prix unique du livre) et à maintenir (le code de la propriété intellectuelle).
La ministre des finances multiplie les gaffes. Après avoir annoncé un plan de rigueur, aussitôt démenti par François Fillon, puis invité les Français à prendre leur vélo pour faire face au choc pétrolier, la voilà qui se réjouit d'une stabilisation du chômage. Alors qu'en réalité, il repart à la hausse...
Coup sur coup, la Cour des comptes et les commissions de l'Assemblée nationale viennent de publier trois rapports sur le système français des prélèvements dont les conclusions convergent: la France a conduit une politique à marche forcée de baisse des impôts et des cotisations qui menace les équilibres financiers mais tout autant les équilibres sociaux. Trois rapports qui invitent la droite et la gauche à un grand débat: comme le préconise l'économiste Thomas Piketty, ne faut-il pas envisager une véritable « révolution fiscale »?
En décidant de réunir les chaînes publiques et d'en nommer le président, Nicolas Sarkozy renforce encore son emprise sur l'appareil d'Etat. Le même processus est en cours pour les centrales de renseignement, qui passent sous la tutelle de l'Elysée. Cette verticalité du pouvoir est d'autant plus inquiétante qu'elle s'opère sans que les corps constitués et les syndicats, qui composaient autant de contre-pouvoirs, ne voient leur rôle rehaussé. Lire également un parti pris de Sylvain Bourmeau, «Télévision: quand Sarkozy joue le rôle d’un homme de gauche».
En janvier, Nicolas Sarkozy avait surpris en annonçant la suppression de la publicité sur la télévision publique. Il va aujourd'hui beaucoup plus loin en décidant de ponctionner les recettes publicitaires des chaînes privées. Et si, pour la première fois, il pratiquait la seule véritable «ouverture», celle aux idées de gauche ? Lire également un parti pris de Gérard Desportes: le Président, une verticale du pouvoir façon Poutine?
Parue pleine page dans Le Figaro de mercredi, et plusieurs titres de la presse des affaires, cette publicité mérite d'être décryptée. Après les interventions en sous-main de l'Elysée dans l'affaire Eiffage-Sacyr, elle manque d'un sous-titre: «Un grand merci à Nicolas Sarkozy!»
L'un a été condamné pour outrage au président de la République. L'autre passe en jugement vendredi pour outrage à agent. Jean-Jacques Reboux et Romain Dunand viennent de publier une Lettre au garde des sceaux pour la dépénalisation du délit d'outrage. Une question de fond surgit: celle du recours de plus en plus fréquent à la justice par les policiers (pour outrage, rébellion, ou violence). Lire aussi l'interview de la juge Hélène Franco: «L’outrage crée un point de cristallisation très important.»