Missiles, avions, roquettes, torpilles, bombes... Ces pays, dont la France, ont exporté pour 346 millions d’euros d’équipement militaire, selon des données publiques analysées par Investigate Europe. Certaines de ces armes pourraient se trouver sur le front ukrainien en ce moment même.
Pour Charles-Philippe David, spécialiste des études stratégiques et diplomatiques, l’agression russe reflète la persistance du monde « ancien » de la sécurité politico-militaire, au détriment du monde « nouveau » des sécurités humaines. Il voit dans l’événement une accélération du recul des relations internationales. Entretien.
De l’Ukraine au Sahel, les déboires récents Emmanuel Macron s’ajoutent aux déconvenues qui ont jalonné sa présidence. Et assombrissent encore le bilan d’un mandat marqué par la concentration du pouvoir diplomatique à l’Élysée, aux dépens du Quai d’Orsay, menacé par une réforme très contestée.
Le président français a longtemps misé sur sa « relation privilégiée » avec son homologue russe pour obtenir des avancées diplomatiques, parfois même sans consulter ses partenaires européens. Mais lorsque les deux hommes se sont retrouvés à Moscou, début février, tout avait changé. À commencer par le chef du Kremlin.
Alors que la fin de l’opération militaire a été officialisée, jeudi 17 février, présidence et armée française semblent incapables de dresser un bilan sincère de leurs échecs politiques et militaires dans la région. Ils sont pourtant nombreux.
Un militaire néonazi, dont le cas avait été évoqué il y a huit mois par Mediapart, a été interpellé en novembre par des douaniers. L’armée, elle, ne l’avait sanctionné que de vingt jours d’arrêts. Ce cas pose une nouvelle fois la question de la grande tolérance de l’institution vis-à-vis de militaires fascinés par le Troisième Reich. D’autant que Mediapart a encore découvert de nouveaux cas.
Commanditaire de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, le prince héritier saoudien « MBS » était jugé infréquentable par les dirigeants occidentaux. En lui rendant visite, le président français brise sa quarantaine diplomatique, et vend au passage 80 Rafale à son homologue émirati et allié dans la guerre du Yémen, « MBZ ».
Les principales campagnes de promotion, en France, de la « tolérance » des Émirats arabes unis ont été déployées par l’homme d’affaires Elies Ben Chedly, qui est aussi intermédiaire pour l’industrie de l’armement.
À la veille de la tournée dans le Golfe du président français Emmanuel Macron, du 3 au 4 décembre, les preuves s’accumulent sans émouvoir au sommet de l’État. Des armes « made in France » participent à la répression politique dans plusieurs pays, au meurtre de civils dans les pires conflits de la planète, au mépris des valeurs et des engagements internationaux de Paris.
En novembre 2021, nous avons consacré une émission consacrée aux révélations sur la complicité de la France dans les crimes de la dictature égyptienne. Ce sont ces informations qui valent à notre consœur de Disclose Ariane Lavrilleux, également collaboratrice de Mediapart, d’être placée en garde à vue depuis mardi. Elle était notre invitée.
En juillet 2015, l’Égypte a conclu avec la France un accord de coopération qui lui permettait de disposer d’un avion espion français et de son équipage pour lutter contre le terrorisme. En réalité, cette aide a été utilisée par la dictature pour liquider des réseaux de contrebandiers. C’est-à-dire pour tuer de nombreux civils.
Trompé par son aveuglement sur la réalité du régime, déçu de voir se dresser des obstacles imprévus face à sa volonté de tourner la page de la guerre, égaré par les conseils d’une cellule diplomatique omniprésente, le président vient d’ouvrir avec l’Algérie une crise diplomatique sans précédent, qui révèle les tares de sa gouvernance.
Après être montée en puissance durant les années 1990 et 2000, la prétention à (re)construire des États depuis l’extérieur est désormais largement abandonnée. Au-delà des erreurs états-uniennes, le fiasco afghan illustre les failles du principe même de l’importation de l’État-nation occidental.
La France est la victime collatérale de l’alliance entre les États-Unis, l’Australie et la Grande-Bretagne face à la Chine. Mais cette crise transatlantique montre aussi la nécessité d’en finir avec l’héritage écrasant du gaullisme flamboyant.
Depuis une dizaine d’années, le richissime émirat gazier, à la recherche de reconnaissance et de légitimité internationales, est devenu l’intermédiaire incontournable des talibans dans leurs négociations diplomatiques. Avec l’entrée des rebelles à Kaboul et l’instauration de leur régime à l’ensemble de l’Afghanistan, les Qataris ont-ils gagné ou perdu leur pari ?